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observatoire le 04/03/2009 par la rédaction

Emballement d'anthologie, autour d'un "corbeau", et de ses "menaces"

Palme d'or du n'importe quoi : Aphatie, sur Canal+
Des balles de 9 millimètre ou de calibre 38 envoyées à neuf personnalités de l'UMP, au patron de TF1 et même au président de la République, accompagnées d'un message de menace mal orthographié et un peu confus. Rien dans les courriers ne laisse présager un possible passage à l'acte. La piste d'un déséquilibré est privilégiée... Et pourtant. Il n'en fallait pas plus au système médiatique pour s'emballer. Florilège. Le Parisien - menaces sur Sarkozy et autres


Tout commence par Alain Juppé. Mardi 3 mars au matin, on apprend qu'il a reçu une lettre de menaces contenant une balle de 9 mm. Tout au long de la journée, la liste des destinataires s'allonge : Michèle Alliot-Marie, Rachida Dati, Raymond Couderc, sénateur-maire UMP de Béziers dans l'Hérault, et même Nicolas Sarkozy. Suivront Nonce Paolini, le patron de TF1, la ministre de la Culture Christine Albanel, et même France Télévisions (enveloppe non nominative). Chaque nouvelle "victime" relance la machine. Gros titres, analyses policières, détails balistiques, ouverture des jités, tout y passe.

Pourtant, les sources policières tempèrent l'importance de l'affaire. "Tout cela n'a pas l'air très sérieux", explique dans Le Parisien une source du ministère de l'Intérieur. Le journal rappelle d'ailleurs que le président reçoit de nombreuses lettres de menaces et d'insultes. Cela ne l'empêche pas de consacrer son fait du jour du 4 mars (trois articles, une interview et un encadré) à l'affaire. Libération en fait aussi sa une, contrairement au Figaro qui ne l'évoque que dans ses pages intérieures, dans un article tempéré.

Au 20 heures de TF1 le 3 mars, Antoine Lefevre n'a pas grand chose à dire, car L'Elysée n'a souhaité faire aucun commentaires. Mais comme c'est l'affaire de la journée, il faut broder : "Nicolas Sarkozy ne change rien à ses habitudes et entend le faire savoir", explique-t-il. Il ajoute une information de la plus haute importance : en déplacement dans la Drôme, le président s'est vu offrir... un couteau !


picto Des explications qui nécessitent bien un direct emmitouflé de l'Elysée

 

Mais attention, pas question pour le président d'être stressé par ce courrier : on apprend qu'il est "détendu", a même pris un "bain de foule", et la sécurité présidentielle n'est "pas sur les dents". Pourtant, c'est du sérieux : "On prend quand même au sérieux une menace qui a un précédent spectaculaire. L'attentat contre Chirac le 14 juillet 2002".

Ce jour-là, Maxime Brunerie, membre du groupe d'extrême droite "Unité radicale", avait tenté d'assassiner le chef d'Etat Jacques Chirac lors du traditionnel défilé sur les Champs-Elysées à Paris. Trois spectateurs l'avaient immobilisé au dernier moment, l'empêchant de parvenir à ses fins. La comparaison entre un passage à l'acte et une lettre confuse qui, de surcroit, vise plusieurs personnes et pas seulement le président, semble déplacée. Envoyer une balle par la poste ou en tirer une avec une arme, sont deux choses différentes, qui nécessitent des modes d'organisation...peu comparables.

Il n'est pas le seul à opérer des rapprochements hasardeux. Sur le plateau du Grand journal, Jean-Michel Aphatie a consacré une partie de sa chronique aux terribles "lettres de menaces".

Admirez la palme d'or des amalgames et du n'importe quoi picto

"Il se passe quand même un truc étrange. Des responsables politiques aujourd'hui reçoivent des lettres de menaces anonymes avec des douilles de 9 mm dedans. Ça, ça fait pas rire", commence-t-il.

Il enchaîne : "Les policiers sont un peu perdus, ils se demandent si c'est un inividu isolé ou si c'est un groupe plus organisé. Et s'il se posent la question de savoir si c'est un groupe organisé, c'est parce que d'autres faits récents dans la démocratie française, et qui n'ont absoument pas été élucidés, peuvent être rattachés à ce type de situation." "Sans qu'il y ait automatiquement un lien", ajoute-t-il. Trop tard ! Le lien, il vient de le faire.

Et de citer AZF, du nom de ce groupe, qui, en 2004, avait envoyé plusieurs lettres au ministère de l'Intérieur, menaçant la France d'actes terroristes si leurs exigences financières (4 millions de dollars et 2 millions d'euros) n'étaient pas satisfaites. La police et le groupe terroriste avaient communiqué par le biais des petites annonces de Libération sous les pseudonymes de "Suzy" et "gros loup". Le 24 mars 2004, un engin explosif avait été découvert sur la ligne Paris-Bâle. Le lendemain, le groupe avait annoncé une "trêve".

Encore cités par Aphatie : les fers à béton installés sur les caténaires de voies ferrées, et qui ont paralysé plusieurs lignes de TGV en novembre dernier. Un groupe d'ultra-gauche, "anarcho-autonomes" selon le ministère de l'Intérieur, est suspecté. L'un de leurs membres, Julien Coupat est toujours en prison.

Pour faire bonne mesure, et nourrir la chronique, Aphatie s'est aussi souvenu des explosifs retrouvés au Printemps Haussman à Paris, le 16 décembre 2008. Cinq pains d’explosifs avaient alors été trouvés dans une chasse d'eau des toilettes du grand magasin, sans qu'aucune présence d’un dispositif de mise à feu n’ait été constatée. Un groupe appelé le "Front révolutionnaire afghan" avait revendiqué cet embryon d'attentat, signalant la présence des explosifs à l'AFP. Les spécialistes du terrorisme afghan n'avaient jusqu'alors jamais eu connaissance de l'existence de ce mouvement, et avaient accordé peu de crédibilité à ce groupe. Cela n'avait pas empêché, à l'époque, un joli emballement.

"Des faits qui sont porteurs de quelque chose d'horrible", continue Aphatie. Sans aucun élément, répétons-le, qui lie ces différentes affaires, ni permette d'étayer la théorie d'un groupe organisé.

L'explication ? La crise, evidemment !

Bien que les circonstances de l'envoi des lettres restent encore floues, Le Parisien décide d'en chercher les explications. "La crise favorise les comportements déviants !" lit-on en titre d'une interview de Xavier Raufer, criminologue. "Les périodes de crise favorisent les comportements déviants, en échauffant les esprits, générant des angoisses nouvelles". Lui aussi invoque le sabotage des lignes SNCF, mais aussi la pratique de "l'autoréduction", revendiquée par ces groupes qui font des descentes dans les supermarchés, partent sans payer et redistribuent la nourriture.

Vers un épilogue de l'affaire ? Mercredi 4 mars, un suspect 47 ans a été interpellé à Montpellier. Pour rappel, les premiers envois avaient visé deux élus du Sud, Jacques Blanc, sénateur UMP et maire de La Canourgue (Lozère), et Raymond Couderc, maire UMP de Béziers (Hérault).Selon lefigaro.fr, L'homme, informaticien et militaire de réserve, aurait été dénoncé par son ex-compagne. Celle-ci "aurait alerté la police car il aurait employé pour la menacer des termes proches de ceux utilisés dans les lettres" du corbeau, selon une source policière.

Rebondissement de dernière minute: un Vannetais vient de découvrir une bombe factice dans son pot de Nutella. Quelqu'un a-t-il pensé à prévenir Aphatie ?

(Avec Ken Tan)

Mots-clés : Aphatie, Canal +, Lefevre, menaces, TF1



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Commentaires
Emballement d'anthologie, autour d'un "corbeau", et de ses "menaces"
Tout cela révèle avant tout la très relative compétence des journalistes, du moins ceux sévissant sur les grandes écoutes. ...
Par Pablo le berger
le 04/03/2009
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