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enquête le 25/02/2009 par Justine Brabant

Une journaliste poursuivie pour avoir filmé l'automutilation d'un adolescent

Filmer un jeune qui se mutile, est-ce se rendre complice de violences ? Une journaliste de TAC Presse est poursuivie en justice pour avoir filmé pour "Zone Interdite" (M6) un mineur pratiquant la "suspension", une forme de mutilation particulièrement spectaculaire.

Une photo de suspension diffusée sur M6 picto

Elle a été renvoyée en correctionnelle par le Parquet de Toulouse pour "complicité de violences", et risque 5 ans de prison et 75.000 euros d'amende.

 

Extrait du reportage d'Envoyé Spécial sur les "modifications corporelles" - 8 octobre 2006

Le "marquage de la peau" chez les jeunes, du simple tatouage à la scarification : c'était l'objet d'un reportage de l'agence TAC Presse, diffusé le 8 octobre 2006 lors d'un numéro de Zone Interdite (M6) consacré aux comportements à risques de certains adolescents. La journaliste, Isabelle Cottenceau, s'est attardée sur de nombreux cas de figures : elle a suivi deux jeunes filles adeptes de piercings et de tatouages, et interviewé le rappeur français Lord Kossity, lui aussi tatoué. Elle a également rencontré Guillaume, une jeune homme de 19 ans qui se fait scarifier dans un salon de tatouage pour des "raisons esthétiques" (ses cicatrices représentent des motifs asiatiques), et s'est rendue dans un centre bordelais qui accueille des adolescents suicidaires qui pratiquent l'automutilation.

Mais les images de ce reportage qui ont le plus retenu l'attention sont celles de la "suspension" de Benjamin, âgé de 17 ans. Quézaco ? La "suspension" est une pratique spectaculaire, qui consiste à être maintenu en l'air par plusieurs crochets directement plantés dans la peau du dos, et éventuellement, de l'arrière des jambes. L'équipe de TAC Presse a suivi Benjamin pendant plusieurs jours, du salon de tatouage où il travaille occasionnellement à l'appartement où s'est déroulée sa "suspension". Cette dernière n'a pas été filmée en détails, mais certaines images sont tout de même impressionnantes.

Sensibles, s'abstenir picto

 

Suite à la diffusion de ce reportage, le parquet de Toulouse a ouvert une information judiciaire pour "violences en réunion avec armes", et mis en examen le pierceur dénommé Toro qui apparaît dans le sujet. En octobre 2007, la journaliste Isabelle Cottenceau a été mise en examen à son tour pour "complicité de violence" par le Parquet, qui a décidé de son renvoi en correctionnelle. Elle sera jugée fin mars.

Que lui reproche-t-on exactement ? Me Georges Catala défend les intérêts de Benjamin, l'adolescent "suspendu", et de son père. D'après lui, l'équipe de TAC Presse a "contribué" à ce que le jeune homme franchisse le pas : "Benjamin considère qu'il a été poussé à faire cela. La personne qui faisait l'émission cherchait un mineur, et lorsqu'elle a trouvé Benjamin, il y a eu insistance pour qu'il passe à l'acte." Quelle forme a pris cette insistance ? L'avocat ne souhaite pas répondre plus précisément, mais s'interroge : "Un jeune immature a-t-il de quoi résister à la pression de caméras de télévision ? Je ne connais pas l'auteure du reportage personnellement, mais pour moi, il y a un problème de déontologie."

Me Richard Malka, qui défend la journaliste de TAC Presse, dépeint un tableau sensiblement différent : "Benjamin est partie civile non pas parce qu'il regrette de l'avoir fait, mais parce qu'il considère que le reportage a montré une image péjorative de la suspension !" Qui dit vrai ? Le jeune homme a-t-il été influencé d'une manière quelconque par la présence de la journaliste ?

La principale intéressée, Isabelle Cottenceau, jointe par @si, s'en défend : "Benjamin avait ce projet avant mon reportage. Nous ne l'avons pas incité, et nous n'avons pas voulu glorifier ces pratiques. " Elle détaille la manière dont elle est entrée en contact avec le jeune homme : "J'étais dans un premier temps en contact avec Toro. C'est lui qui m'a présenté Benjamin, il m'a dit que c'était un garçon intéressant qui avait des choses à dire sur la modification corporelle, et qui souhaitait faire une "suspension" depuis qu'il [Toro] lui avait fait la démonstration." La journaliste ajoute que la mère de Benjamin était d'accord pour que son fils se prête à cette expérience, ce qui apparaît effectivement dans le reportage.

Mais pourquoi, s'il n'a pas de regrets, Benjamin s'est-il constitué partie civile ? La journaliste avance l'argument familial : "Je ne sais pas quelle a pu être l'influence de son père [partie civile également, ndlr] dans cette histoire."

La question sera peut-être éclaircie lors du procès, qui se tiendra dans un mois. Pourquoi, d'ailleurs, l'affaire ressurgit-elle aujourd'hui (via notamment une dépêche AFP), alors que les poursuites judiciaires ont été entamées en 2006 ? Dans un premier temps, Isabelle Cottenteau n'a pas souhaité médiatiser cette histoire. Mais Me Malka concède l'avoir convaincue de le faire, afin que "les choses ne se déroulent pas dans l'obscurité". A quelques semaines du jugement, la défense tente donc le tout pour le tout en mettant en branle la machine médiatique.

Mise à jour, 12 mai 2009, 11h30

La journaliste Isabelle Cottenceau, poursuivie en justice pour "complicité de violences" après avoir filmé en 2006 un jeune réalisant une "suspension" (autrement dit, se suspendant par la peau du dos grâce à de gros piercings), a été relaxée ce matin par le tribunal correctionnel de Toulouse, d'après le site Ozap.com.

D'après le site, "la journaliste a été relaxée ce matin. Le Tribunal correctionnel de Toulouse avait requis six mois de prison avec sursis contre la journaliste ainsi qu'une amende de plusieurs milliers d'euros. La vice-procureure avait estimé qu'elle avait «provoqué cette infraction par besoin professionnel»."

Isabelle Cottenceau s'est déclarée "heureuse" et "soulagée" par le verdict. Les autres personnes poursuivies dans le cadre de cette affaire (dont le pierceur Toro) ont également été relaxées.

Mots-clés : journaliste, M6, Parquet de Toulouse, TAC Presse, Zone Interdite



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Commentaires
Une journaliste poursuivie pour avoir filmé l'automutilation d'un adolescent
Message 3/5max du 25/02/09. Je ne vous comprends absolument pas, car, une info portant directement sur la déontologie ...
Par yannick G
le 25/02/2009
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