Répartition des dividendes : la lancinante gesticulation de Sarkozy
Journalistes ou ministres, personne n'a compris ce qu'il souhaite vraiment
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Mais que demande-t-il vraiment ? Le gel de ces dividendes dans les entreprises aidées par l'Etat ? Une plus juste répartition ? Nul ne l'a compris. Ni les journalistes, ni ses ministres. Sans doute parce que Sarkozy ne l'a jamais énoncé clairement. |
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Le feuilleton des dividendes débute le 15 janvier à Vesoul. Lors de ses voeux aux forces économiques,
Nicolas Sarkozy justifie sa politique de sauvetage des banques,
mais réclame des contreparties : "Cet
argent nous l'avons prêté, il est rémunéré et pour le contribuable, ce
sera, à la fin de l'année, 800 millions d'euros de recettes. Je mets au
défi quiconque de voir qu'il y a un cadeau", commence-t-il, avant de continuer "Mais les banques ont pris
et doivent prendre des engagements sur les dividendes à verser, sur la rémunération des dirigeants et sur les
bonus. Il ne peut pas y avoir des efforts en bas et aucun effort en
haut. Chacun est devant ses responsabilités, il en va de l'image de
l'institution qu'il préside."
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"Des engagement sur les dividendes à verser": mais quels sont-ils exactement ? "S'agissant des dividendes, lorsque l'Etat
interviendra pour renforcer les banques, ces entreprises et leurs
actionnaires doivent naturellement adopter de nouvelles pratiques en termes de distribution des résultats ou de rachat d'actions."
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Le journal Libération y voit les prémices d'une annonce du "gel" des dividendes (qui a été décrété en Angleterre et en Allemagne pour les entreprises aidées), bien que ce mot n'ait pas été prononcé. Libé commence, du coup, à en faire son cheval de bataille.
Autre annonce phare de ce discours, la demande faite aux dirigeants des banques de renoncer à leurs bonus : " Alors que les banques ont traversé la pire crise depuis des décennies, que l’Etat les a soutenues, que leurs clients subissent les conséquences de la situation du crédit, je demande aux banques de prendre de nouvelles initiatives. Suspendre en 2009 les parts variables des principaux cadres dirigeants sur le résultat 2008 est bien le minimum que nous attendons d’elles."
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Sur ce terrain-là, le Président peut se prévaloir d'avoir réussi : le 20 janvier, hourra, les dirigeants de banques ont officiellement renoncé à leur bonus. La nouvelle est annoncée en grande pompe à la sortie de l'Elysée, et commentée en direct dans les jités
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Pour les médias, ils ne passent pas à la trappe. Dans les jours suivants, les ministres venus défendre le plan de sauvetage des banques doivent affronter la question fatidique des dividendes, notamment face à Jean-Jacques Bourdin sur BFM-TV. Alors, les dividendes, gelés ou pas ? Ecoutez les réponses embarrassées des ministres repérées par la rubrique desintox de Libération.fr.
Manifestement, ils ne brûlent pas de répondre à la question.
Luc Chatel le 26 janvier |
Eric Woerth le 29 janvier |
De son côté, le président de la Fédération bancaire française (FBF), Georges
Pauget, met son veto au gel des dividendes dès le 26 janvier. Il estime qu'il n'envisage pas de ne pas verser de
dividendes aux actionnaires, même si cela se ferait "de façon mesurée". "Il ne serait pas logique dans une période de crise et au moment où
les actionnaires ont soutenu les banques, qu'ils soient complètement
privés de rémunérations."
Le sujet finit par s'éteindre tout seul. Et pour cause : les annonces des dividendes versées aux actionnaires des banques ne sont tombées que ces derniers jours. A la Société générale, les actionnaires voient leur bénéfice augmenter en 2008 par rapport à 2007. Le dividende proposé par la Société générale sera ainsi de 1,2 euro par action, contre 0,9 euro l’année précédente. Au final, le groupe affiche un bénéfice de 2 milliards d’euros sur l’année, indique lefigaro.fr le 18 février. BNP Paribas, qui a vu son bénéfice annuel divisé par deux et demi par rapport à l'année précédente, versera cette année à ses actionnaires un dividende d'un euro par action, contre 3,35 euros l'an passé.
Nicolas Cori, journaliste spécialisé dans la finance, du journal Libération, analyse ces chiffres sur son blog : "Lors des résultats, Baudoin Prot, le directeur général de BNP Paribas, a argumenté que le dividende était en baisse: de 60% (il était de 3,35 euros l'année dernière) et que le taux de distribution (la part distribuée par rapport au bénéfice réalisé) était de 33%. Ce qui fait que "deux tiers du résultat seront utilisés pour renforcer les fonds propres et investir" (phrase qu'avait prononcé à l'identique hier Frédéric Oudéa, son homologue de la Société générale). "Il s'agît d'une politique de distribution responsable", a ajouté Prot.
"Mais ce que s'est bien gardé de dire le patron de BNP Paribas", ajoute Cori, "c'est
que le taux de distribution était en fait dans la norme de la banque de
ces dernières années. En 2000, il était de 24,5%. Ensuite il a
progressé régulièrement pour atteindre 40,3% en 2006. En 2007, petite
baisse à 39,8%. Pour 2008, la baisse est donc d'à peine six points. Pas
énorme pour un exercice qui s'est déroulé lors de pire année pour la
finance depuis la crise de 1929."
De la contrepartie à la meilleure distribution des profits
Mais entre-temps, Sarkozy a changé son fusil d'épaule et a donné à cette question une envergure plus importante. Le 5 février, lors de son interview télévisée, il évoque une "meilleure répartition" des profits, et ce pour toutes les entreprises.
"Je veux que le 18 février nous discutions d'un sujet essentiel en France qui est le partage du profit", a déclaré le chef de l'Etat, évoquant le "sentiment d'injustice majeur" suscité dans cette crise par "le comportement d'un certain nombre de dirigeants d'institutions bancaires".
"Comment on arbitre entre le souhait légitime des actionnaires de gagner de l'argent avec les entreprises, et la demande des salariés d'être associés aux bénéfices des entreprises dont ils ont contribué à créer la richesse?", s'est-il interrogé, jugeant qu'en la matière "le compte n'y est pas".
Invitant les partenaires sociaux à discuter de ce sujet, le
président a prévenu: "soit ils arrivent à quelque chose, soit l'Etat
prendra ses responsabilités". "Par la loi", a-t-il précisé. Pour lui, la répartition idéale répond à "la règle des trois tiers": un tiers des bénéfices aux salariés, un tiers aux actionnaires sous forme de dividendes et un tiers réinvesti dans l'entreprise "pour financer son développement". "Mais avec souplesse", précise-t-il. Les dividendes reviennent sur la table |
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Du coup, au lendemain de cette intervention, on voit fleurir dans les jités les sujets sur la règle des trois tiers, comme ici ou ici.
Vient enfin la réunion du 18 février. Pourtant, le soir venu, dans son allocution de conclusion, la question d'une meilleure redistribution n'est pas réglée.
"Partout, il faut continuer à revaloriser le travail qui est la clé de tout et il faut inscrire cette perspective dans le grand chantier de la moralisation indispensable et de la refondation tellement nécessaire du capitalisme", commence le président. "On ne peut pas y parvenir si les salariés sont oubliés dans le partage
de la valeur ajoutée et des profits. Nous devons nous réjouir que nos
grandes entreprises gagnent de l'argent", continue-t-il.
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"Mais quand les entreprises du
CAC 40 prévoient de distribuer près de cinquante milliards d'euros de
dividendes pour 2008, il est normal -et c'est mon rôle de chef de l'Etat
de le dire- qu'une part revienne aux salariés, parce que ces salariés
ont permis par leur travail que leurs entreprises deviennent aussi
rentables. Je le dis comme je le pense. Le statu quo n'est pas tenable.
Cette question du partage sera débattue entre les partenaires sociaux
et si des progrès ne sont pas réalisés rapidement, l'Etat prendra ses
responsabilités."
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La seule avancée sur ce terrain, c'est que Nicolas Sarkozy a confié au directeur général de l'Insee, Jean-Philippe
Cotis, une mission d'étude "sur le partage de la valeur ajoutée et son
évolution, tant pour le secteur privé que pour les entreprises
publiques". Cette étude, qui sera remise dans deux mois, doit permettre
aux partenaires sociaux "d'engager des discussions sur les thèmes du
partage de la valeur et du partage du profit".
Mais de toute façon, de son côté, la présidente du Medef Laurence Parisot a très vite apporté une fin de non-recevoir à cette proposition : "Les profits distribuables se décomposent en deux : en dividendes qui doivent être versés à l'actionnaire, et en auto-financement qui sert soit à l'investissement, soit pour renforcer les fonds propres", a-t-elle déclaré le 17 février. "Des discussions ont lieu chaque année dans l'entreprise. Chaque année, quand il y a une négociation salariale annuelle, et il y en a dans quasiment toutes les entreprises, on discute du partage de la valeur ajoutée. Mais il ne saurait y avoir de discussion avec les organisations syndicales sur le sujet au niveau national", a-t-elle estimé.
Autant dire que l'on s'achemine vers une nécessaire "prise de responsabilité de l'Etat", selon ce qu'a annoncé le président. Reste à voir si, dans deux mois, quand ce rapport sera remis, le président sera toujours en mesure de gesticuler sur la question des dividendes.
(Avec Aurélia Hillaire)
le 26/09/2009
le 26/09/2009
le 20/02/2009


