La vidéo de Sarkozy qui a enflammé les enseignants-chercheurs
Pas vu à la télé, son discours est critiqué et détourné sur le net
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C'est un discours, prononcé par Nicolas Sarkozy fin janvier, qui n'a pas vraiment intéressé les médias, mais qui a irrité les universitaires. Le chef de l'Etat s'y montrait peu amène envers les chercheurs français. Magie d'internet : la vidéo, abondamment reprise, parodiée et commentée, connaît une seconde vie sur la toile. Le discours du Président, visible sur Elysee.fr Un discours "méprisant", "mensonger", "insultant" ... Les enseignants-chercheurs et leurs syndicats ne mâchent pas leurs mots à propos du discours prononcé par le chef de l'Etat à l'occasion du "lancement de la réflexion pour une Stratégie Nationale de Recherche et d'Innovation", le 22 janvier 2009. |
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Devant un parterre d'universitaires, de scientifiques et de chefs d'entreprise, Nicolas Sarkozy y avait dressé un tableau sombre : celui d'une recherche française aux "résultats médiocres", au système "infantilisant et paralysant", où les organismes "diluent les moyens, les responsabilités, (...) et gaspillent temps et argent". Le Président a également des mots durs pour l'évaluation des chercheurs par leurs pairs, qu'il juge trop "confortable" : "Nulle part dans les grands pays, sauf chez nous, on n’observe que des organismes de recherche sont à la fois acteurs et évaluateurs de leur propre action. Je vois que cela peut être confortable. Je pourrais en tirer quelques conclusions pour moi-même. C’est un système assez génial d’ailleurs, celui qui agit est en même temps celui qui s’évalue. Cela peut provoquer un certain confort, un confort illusoire du moment parce que l’on voit bien les limites de l’exercice."
Des assertions formulées dans un contexte tendu, alors que le monde de l'enseignement est mobilisé contre plusieurs réformes : celle du statut des enseignants-chercheurs, qui aura pour effet de transférer aux présidents d'université la gestion des carrières des personnels, et celle de la réforme de la formation des enseignants, qui devront être titulaires d'un bac + 5 pour pouvoir passer le concours des Instituts Universitaires de Formation des Maîtres (IUFM).
Malgré cela, le discours du 22 janvier n'a pas eu l'honneur de reprises dans les médias traditionnels. La rubrique "éducation" des journaux télévisés comportait ce jour là le déjeuner à l'Elysée de lycéens de Basse-Normandie, l'annonce par Xavier Darcos de la création de postes de "médiateurs de la réussite scolaire", et l'agression d'une enseignante par l'un de ses élèves en Moselle ; mais de discours présidentiel, point. Qu'à cela ne tienne : les chercheurs sont allés...chercher la vidéo de l'interview et sa version écrite sur le site de l'Elysée, et les ont fait abondamment circuler, accompagnées de commentaires souvent très critiques.
Premier type de réaction, plutôt traditionnel : les communiqués syndicaux et institutionnels. Ainsi, le syndicat national de l'enseignement supérieur (SNESUP) dénonce un discours qui "manifeste une ignorance ou un mépris pour le travail des dizaines de milliers de chercheurs et d’enseignants-chercheurs", tandis que le conseil scientifique du CNRS "s’indigne de l’énoncé de contre-vérités manifestes appuyées sur des éléments partiels et des erreurs concernant la recherche française". À cela s'ajoutent les réactions de diverses figures du monde de l'enseignement supérieur, qui circulent de site en site, comme celle de Danièle Hervieu-Léger, présidente de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (reprise par le journaliste de Libération Sylvestre Huet sur son blog).
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D'autres internautes prennent le parti de reprendre point par point les éléments du discours du chef de l'Etat pour les réfuter. C'est le cas de Henri Audier, sur SauvonsLaRecherche.fr, ou des blogueurs du "Grand Barnum". Dans un registre plus graphique, quelques universitaires se sont essayés au montage photo. On recense à ce jour une photo de manifestants assortie du commentaire : "Sarko ici c'est pas chauffé mais on vient quand même", référence à une phrase du discours du Président ("Je vous remercie d’être venus, il y a de la lumière, c’est chauffé") ...
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Mais la technique virale la plus efficace semble être de réfuter les propos présidentiels grâce à des montages vidéo postés sur Youtube ou Dailymotion. C'est le choix d'une équipe de scientifiques marseillais, auteurs d'une version "amendée" et raccourcie du discours de Sarkozy.
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Sobrement intitulée "Sarkozy et la Recherche", leur montage a été vu plus de 200.000 fois depuis le 4 février, date où il a été posté sur Youtube Les extraits de discours alternent avec des panneaux noirs apportant des réfutations chiffrées, ainsi qu'une petite compilation des mots les plus durs du chef de l'Etat : "un système infantilisant", "faible", "des résultats médiocres", ... Pour rallier un maximum de personnes à leur cause, les chercheurs ont même mis en ligne une version anglophone de leur vidéo. |
Un autre montage - un peu plus long - en deux parties, réalisé par une militante de Sauvons la Recherche (SLR) Paris, reprend la même technique en faisant alterner extraits de discours et panneaux de texte (inspirés de deux articles postés sur le site de Sauvons la Recherche : celui d'Henri Audier, mentionné plus haut, ainsi que celui d'Alain Trautmann).
Une fois ces "contre-expertises" amplement diffusées, comment faire fructifier le capital de mécontents ? Toujours via Internet, une pétition, au titre on ne peut plus clair, a été lancée le 6 février : "Nous, chercheurs et enseignants-chercheurs, demandons des excuses du Président de la République à la suite de son discours du 22 janvier 2009". Elle a été signée (au 10 février 2009), par environ 7.200 chercheurs.
le 11/04/2009
le 08/04/2009
le 06/04/2009



