"Le Monde selon K" : @si arbitre (ou essaie)
Cosmopolitisme, Irak, Bilderberg, France 24, Labévière, etc...![]() |
Le jour J, la contre-attaque est lancée. Au moment ou
sort Le monde selon K de Pierre Péan, le ministre des Affaires
étrangères Bernard Kouchner, cible du livre, réplique. Sur RTL, son avocat Me
Kiejman déclare qu'il va "probablement intenter une action en
diffamation" et sur France Inter, son ami BHL traite Péan de "nain". Kouchner lui-même répond dans une
interview au Nouvel Observateur, puis lors des questions au
gouvernement à l'Assemblée. Dans le camp d'en face, Péan s'explique sur France
Info et sur Marianne2.fr.
Les radios et les télés se sont emparées du débat. Dans cette bataille, arguments et accusations volent. Ainsi que des demi-vérités, et de vrais mensonges. Qui dit quoi? Qui a raison ? @si a lu Le monde selon K. et tente de départager le vrai du faux dans son (petit) domaine d'expertise. |
C'est le premier acte de
la défense de Bernard Kouchner. Pour répondre au livre de Pierre Péan, il donne
une longue interview au Nouvel Obs,
où il égrène ses axes de défense, les journalistes l'interrogeant point par
point sur les sujets qui fâchent avancés dans le livre.
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Le premier sujet abordé
est sans conteste le plus délicat, puisque les journalistes rappellent que dans
son livre, Pierre Péan accuse Kouchner d'être "un «américanolâtre», un
cosmopolite anglo-saxon, qui déteste son pays et qui «rêve d'effacer 50 ans de
politique étrangère indépendante de la France»". Une introduction
idéale pour le ministre, qui s'indigne d'entrée de jeu : "Oui, il a écrit
«cosmopolite», ça vous rappelle quelque chose ? Les bras m'en tombent. Cette
accusation est grotesque et nauséabonde." ... où il s'en prend aux "mots" du livre |
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Entre les lignes, et sans que jamais le mot ne soit
prononcé, Kouchner accuse le livre de charrier des termes antisémites. Sur le
site de Marianne, qui affirme que l'écrivain est "traîné dans la
boue" par le Nouvel Obs et le ministre, la réponse de Péan semble dans un premier temps sans appel : "Je n'ai jamais écrit les mots de «cosmopolitisme» ou
«d'américanolâtre»" (...). Il est étrange et un peu décevant que des
journalistes entament l'interview du ministre par des citations fausses."
Et pourtant. Dans son livre, il a bien utilisé ces deux
termes. Page 274, évoquant l'amitié entre Kouchner et Bernard-Henry Lévy, il
écrit : "Les deux Bernard partagent les mêmes vertiges
américanolâtres." Et deux pages plus loin, il écrit, à propos de
Kouchner, qu'il "ne cesse d'exprimer et de partager avec l'autre
Bernard" la haine "d'une indépendance nationale honnie au nom
d'un cosmopolitisme anglo-saxon, droit-de-l'hommiste et néolibéral, fondements
de l'idéologie néoconservatrice que nos «nouveaux philosophes» ont fini par
rallier."
Mise à jour - 20h45 :Problème de retranscription de l'interview ou remords de l'interviewé ? L'article de Marianne a été modifié dans la journée, pour donner finalement ceci : "Je n'ai jamais dénoncé le « cosmopolitisme anglosaxon » de Bernard Kouchner. J'ai utilisé cette expression à propos de l'idéologie de Bernard-Henri Lévy dont a pu être proche Bernard Kouchner. J'ai évoqué les vertiges américanolâtres des deux Bernard, ce qui me parait qualifier leurs engagements politiques dont ils ne devraient pas avoir à rougir." En quelques heures, le ton a donc considérablement changé !
Voici les deux versions de la question : la seconde est la version "corrigée"
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Péan n'aime pas ceux qui n'aiment pas la france
Kouchner proche des faucons anglo-saxons et de leur pensée :
l'accusation revient à plusieurs reprises dans le livre. A propos de la femme
de Kouchner, il écrit : "Christine Ockrent a en effet une vision du
monde à la fois élitiste et mondialiste très "néocons",
pro-américaine, on ne peut plus ressemblante à celle de son mari." Pour
ce qui est de la "détestation" de la France, Péan ouvre son livre sur
une anecdote, "un pied de nez symobolique" qu'il juge
significatif : regardant un match de rugby France-Angleterre dans un
restaurant, Kouchner se serait levé "tel un automate jaillissant
brutalement de sa boîte" aux premières notes de l'hymne anglais et
serait resté "la main droite sur le cœur", "figé,
l'air grave" durant tout l'hymne, alors qu'il se serait rassis durant
la Marseillaise. L'auteur s'interroge : "Pitrerie ? Provocation ?
Bernard est-il vraiment ce type altruiste, généreux (...), capable, en cet
instant de chauvinisme exacerbé qu'est un match de rugby, de trouver les
ressources morales pour penser d'abord à l'adversaire du jour et lui rendre
hommage ? Faut-il voir au contraire dans cette attitude une forme de «haine de
soi»?"
On ne retrouve en aucun cas ces interrogations et ces formulations
à chaque page du livre, loin de là. Mais l'idée parcourt l'ouvrage. Et il est
permis de s'interroger sur les tournures utilisées par l'auteur. Ainsi
lorsqu'il évoque le "Comité Bilderberg", autour duquel a gravité
Ockrent en 2008. Qu'est-ce que "le Bilderberg" ? Si l'on en croit les
quelques articles qui lui ont été consacrés par Libération en 2003, le New
York Times en 2004 ou Rue89 en 2008, il s'agit d'un "club de réflexion" rassemblant une centaines
de personnalités de très haut vol, dont la liste est tenue secrète, qui se
réunissent une fois par an, loin des caméras, des micros et des appareils photo...
Etranges manières pour des gens qui se présentent comme le "fin du
fin", et qui alimentent donc toutes les suspicions sur internet : le
Bilderberg est un des sujets favoris des amateurs de complot mondial.
Chacun se fera son opinion en lisant les articles listés plus
haut, mais il est clair que Péan a son avis sur la question. Et qu'il ne prend
aucune pincette pour le faire savoir :

Reconnaissons que ces quelques lignes maladroites ont pu nourrir
les allusions de Kouchner aux "nostalgiques des années 30 ou 40".
Péan n'a jamais accusé Kouchner d'avoir commis des actes illégaux
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Mais sur le fond du livre, il est aussi des arguments du ministre qui ne tiennent pas la route. Notamment lorsqu'il tente de répondre aux soupçons de conflit d'intérêt concernant ses activités de consultant pour les régimes congolais ou gabonais. "Mais enfin de quoi m'accuse-t-on ? J'ai toujours agi dans la légalité et la transparence, déclaré mes revenus, payé mes impôts. Je n'ai jamais signé un seul contrat avec un Etat africain", fait mine de s'indigner le ministre. Or, Péan ne l'a jamais accusé de quoi que ce soit d'illégal. Sur ce point, sa position est donc solide.
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Notons par ailleurs que, concernant ce dossier des "factures
africaines", le site Bakchich a mené l'enquête de son côté, et que ses conclusions rejoignent
celles de Péan.
Autre point sur lequel la ligne de défense du ministre est fragile :
l'Irak. Lorsque le Nouvel Obs lui indique que "le livre [lui] reproche notamment
d'avoir été favorable à la guerre américaine en Irak", il réplique : "Je
conseille à l'auteur de relire mon article dans Le Monde à l'époque "Non à la guerre, non à
Saddam". J'y écrivais très clairement : il ne faut pas suivre les
Américains, ils nous mentent sur les armes de destruction massives. Il faut
passer par le système des Nations Unies. Amis, alliés, pas alignés !"
Problème
pour Kouchner : Péan raconte justement que BHL lui a conseillé de se ranger sur
une ligne "Ni Saddam, ni la guerre". Rien de mensonger dans le
livre, donc. Mais l'auteur cite ensuite un article de la revue Diplomatic
News d'avril-juin 2003 (publié deux mois après l'article du Monde) dans lequel le (futur) ministre affirme qu'on ne peut pas gagner une guerre "sans
morts" et que les Européens doivent comprendre que "les
Irakiens souffraient d'une dictature monstrueuse." Mais Péan n'a manifestement pas jugé le sujet important : dans le livre, il est expédié en moins d'une page.
Ockrent pas seule responsable des licenciements à RFI et France 24
Parmi les douze chapitres du livre, un seul ne concerne pas
Bernard Kouchner lui-même. Il est consacré à Christine Ockrent. Pierre Péan
commence d'abord par égrener l'impressionnante liste des "ménages"
auxquels Ockrent s'est livrée lorsqu'elle travaillait à France 3 : en plus de
son travail à la rédaction, elle a accepté à de nombreuses reprises d'animer
des conférences ou des séminaires, contre rémunération. Une pratique contraire
à tout code de déontologie des journalistes... @rrêt sur images avait évoqué le
sujet ici, à
propos d'un débat animé par la journaliste lors de l'université d'été du Medef
en août 2007. Le livre cite de nombreux autres employeurs ponctuels de la
"Reine Christine" : Caisse des dépôts, Microsoft, SFR, Carrefour,
Fédération internationale de la presse périodique, Women's Forum...
A l'époque, la société des journalistes et la direction de
France 3 s'étaient
émues de ces pratiques, mais Ockrent n'avait pas souhaité répondre à nos
questions. Kouchner n'aura pas eu besoin de justifier la conduite
professionnelle de sa femme, puisque la question est absente de l'interview
mise en ligne par le Nouvel Obs.
Le ministre s'est néanmoins exprimé sur "le risque
de conflit d'intérêts" que représente son couple, Ockrent ayant été
nommée en février Directrice générale de la holding chapeautant l'audiovisuel
extérieur français (TV5, France 24 et RFI). Nous parlions ici des remous
provoqués par son arrivée en tandem avec Alain de Pouzilhac, président de la
holding. A Péan qui cite Ouest France s'indignant de "petits
arrangements népotiques de république bananière", il rétorque qu'en
cas de conflit d'intérêts, il quitterait son poste. Ce qui ne risque pas
d'arriver sur le papier, puisqu'à l'automne dernier, la tutelle de
l'audiovisuel extérieur a été transférée du ministère des Affaires étrangères
au ministère de la Culture...
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Il est tout aussi facile pour lui de se dépêtrer des accusations d'interventionnisme dans les affaires internes de RFI et France 24 : en quelques pages bien senties, Péan décrit une RFI à l'ambiance très pesante depuis qu'elle a été prise en main par Ockrent et Pouzilhac. Il cite en exemple le licenciement d'un "ami", Richard Labévière, avec qui il a écrit un livre. Or, notre enquête à l'occasion de son licenciement avait établi que la position de Labévière était tellement complexe et controversée au sein de la radio qu'il était difficile d'attribuer la responsabilité de son départ aux seuls époux Kouchner. |
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Passant de la radio à la télévision, Péan parle également des licenciements coup sur coup de Grégoire Deniau, de Bertrand Coq et d'Ulysse Gosset, trois dirigeants de France 24. Il y voit la main d'Ockrent, et suggère que Kouchner y est peut-être pour quelque chose dans au moins deux cas : Coq avait écrit un livre anti-Kouchner en 1993 et, pour avoir diffusé un portait un peu insolent du ministre, Gosset avait subi ses foudres lors d'une émission de France 24 en août 2008. Petit rappel
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Malheureusement pour Péan, et comme nous l'avions écrit, le licenciement de Coq n'est pas dû à la seule vendetta personnelle. Quant à Gosset, il a publiquement dédouané Kouchner dans une interview à Libération le 18 décembre 2008.
Mais en défendant sa femme, Kouchner va un peu loin lorsqu'il affirme au Nouvel Obs que "France 24 n'est pas encore sous l'autorité de Christine Ockrent". Certes, il est vrai que France 24 ne fait pas encore partie de la holding dont Ockrent est directrice : aussi longtemps que TF1 détient des parts de la chaîne, elle ne peut pas intégrer une structure publique. Et bien que la Une ait accepté de se dégager, "le processus de rachat des actions de TF1 n'est pas encore finalisé", fait-on savoir à France 24. Sur le papier, Ockrent ne dirige donc pas la chaîne, c'est son voisin de bureau Alain de Pouzilhac qui le fait.
le 07/02/2009
le 07/02/2009
le 07/02/2009





Et il n'a aucun mal à la défendre sur France Info.