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Guerre des vidéos à l'assemblée
Un député qui disserte sur Casimir en plein hémicycle, d'autres qui entonnent la Marseillaise au pied du "perchoir"... et des petits films pour faire circuler au maximum ces images sur le net. Les députés découvrent l'arme du buzz.
Publié le 24/01/2009  Alimenté le 24/01/2009
enquête le 21/01/2009 par Dan Israel

Les députés découvrent l'arme du "buzz" sur internet

Nouvelle mode à l'Assemblée ? Les montages vidéos.

C'était l'information qui occupait toutes les radios du matin. Dans la nuit du mardi 20 janvier, les députés de l'opposition ont claqué la porte de l'hémicycle après de vifs incidents les opposant à l'UMP. Et pour les images, pas besoin d'attendre les JT : les socialistes les avaient obligeamment mises à disposition sur Dailymotion ! Plus de doute, pour les députés, le "buzz" internet est devenu un outil de communication politique comme les autres.

 

Des députés scandant "Démocratie !" au pied du pupitre du président de l'Assemblée Bernard Accoyer, puis entonnant la Marseillaise avant de quitter les débats. Après une semaine de tension, le débat sur la réforme du Parlement a tourné mardi soir à la crise politique. Les incidents se sont déroulés après 23 heures à l'Assemblée. Et dès sept heures du matin, les images étaient disponibles pour les internautes, notamment sur les sites du Figaro et de Libération.

Résumé de la soirée, via un montage pas toujours léché picto


Merci qui ? Les fanas d'actu, qui n'auront pas eu besoin d'attendre les JT pour découvrir ces images étonnantes, et pas vues depuis des décennies dans l'hémicycle, peuvent remercier le groupe socialiste de l'Assemblée nationale. C'est en effet sur l'espace Dailymotion du groupe que la vidéo a été postée aux alentours de sept heures du matin.

Et les socialistes ne sont pas peu fiers de leur coup. "Nous avons travaillé toute la nuit pour que cette vidéo soit prête ce matin, se félicite Thierry Lamaire, l'un des collaborateurs du patron des députés socialistes Jean-Marc Ayrault. Dans la nuit, à l'issue de la séance, nous nous sommes réunis dans le bureau de Jean-Marc Ayrault avec François Brottes, vice-président du groupe en charge de la communication. Nous venions d'assister à un événement majeur, le début d'une crise politique. Et nous nous sommes demandé comment transformer l'essai, en le faisant savoir au public."

L'Assemblée examinait depuis le 13 janvier le projet de loi sur la réforme du travail parlementaire, qui prévoit notamment de limiter le temps de discussion des lois lors des séances publiques de l'Assemblée. Et mardi soir, la tension est montée graduellement au cours de l'examen de l'article 13, le plus controversé, qui prévoit que "les amendements déposés par les membres du Parlement peuvent être mis aux voix sans discussion". C'est-à-dire que les amendements pourraient être validés ou rejetés à toute allure, sans que l'opposition ne puisse exprimer son désaccord ou ses remarques. L'exécutif et la majorité estiment qu'il s'agit de "mieux légiférer" ; l'opposition accuse le chef de l'Etat et sa majorité de vouloir "mater" le Parlement.

La colère de la gauche a éclaté lorsque l'Assemblée a voté la clôture anticipée de la discussion sur l'article 13, à la demande du président UMP de la commission des Lois, Jean-Luc Warsmann. Tous les députés PS inscrits ne s'étaient pas encore exprimés et Ayrault venait de proposer un compromis (autoriser les présidents de groupe parlementaire de dépasser quatre fois par an le "temps programmé" pour l'examen d'un texte). Plusieurs dizaines de socialistes se sont alors rassemblés sous la tribune pour crier leur mécontentement. Imperturbable, le président UMP de l'Assemblée, Bernard Accoyer, a poursuivi la séance comme si de rien n'était, en annulant les amendements qui n'étaient pas défendus par les députés, en train de l'invectiver.

"Système D" et montage jusqu'au petit matin

Au groupe socialiste, on explique le pourquoi de cette vidéo : "Hier soir, hormis l'AFP et Le Monde, il n'y avait presque aucun journaliste dans l'hémicycle. Nous avons donc essayé de témoigner concrètement de l'ambiance, et du travail des députés lors des séances de nuit, en compactant l'ensemble des propos qui se sont tenus dans la soirée." Ce sont le député François Brottes, Thierry Lamaire et Xavier Julien, directeur de la communication du groupe, qui ont monté la vidéo, "jusqu'à 6h30 du matin". D'où les imperfections du montage, étranges bips vidéos (correspondant aux touches de contrôle du volume d'un Mac) et autres images figées.

Et comment ont-ils récupéré les images, qui proviennent de l'Assemblée ? Mystère. Elles ne correspondent ni à celles diffusées sur la chaîne de télé interne, qui comprend beaucoup plus de logos et de mentions à l'écran, et sans doute pas à celles des chaînes de télévision, qui payent pour obtenir le signal en direct. Elles semblent provenir directement de la régie de l'Assemblée. Les socialistes se contentent d'un pudique: "on a fait appel au système D, et c'est vrai qu'on les a peut-être eues un peu avant les autres..."

La stratégie de comm' s'est en tout cas révélée efficace : en douze heures, la vidéo a été visionnée plus de 65 000 fois. Nul doute que les socialistes, ou leurs homologues des autres formations politiques, auront à cœur de renouveler ce "coup". Car les vidéos conçues pour circuler à toute vitesse sur internet sont à la mode chez les représentants du peuple. C'est Jean-François Copé, président du groupe UMP, qui a réellement lancé la tendance, justement pour préparer le débat sur la réforme du travail parlementaire. En décembre, il a demandé à ses collaborateurs d'aller pêcher des images à l'INA et dans les récents débats parlementaires pour réaliser un montage dénonçant "l'obstruction parlementaire", à droite comme à gauche. Dégainée le 12 janvier, la vidéo s'était vue opposer un montage concurrent du PS dès le lendemain.

Nous vous en avions parlé ici. Pour vous rafraîchir la mémoire, revoici les deux vidéos.


 


Bien sûr, l'art de la communication politique n'est pas nouveau.

Déjà en septembre 2006, Jean-Louis Debré, alors titulaire du perchoir, dénonçait l'obstruction socialiste à propos de la fusion GDF-Suez.


picto Ses montagnes de papier avaient alors fait les délices des JT.


Journalistes et public friands de "matches"

Mais avec le net, les moyens de toucher l'électeur potentiel se démultiplient... "Pour préparer le terrain sur l'obstruction, nous voulions faire un truc un peu neuf et un peu marrant, témoigne une responsable de la communication du groupe UMP. On a bien conscience qu'il s'agit d'un moyen de communication ultra-moderne, et nous allons multiplier son utilisation. Pour autant, il n'y a pas de stratégie à proprement parler." Soit. Depuis septembre 2007, le groupe UMP emploie tout de même "une jeune fille, d'abord en stage, puis en CDD" pour aller filmer dans les couloirs tout ce que le Parlement compte d'élus de droite. Leurs courtes interventions sont ensuite mises en ligne sur un espace Dailymotion dédié. On y croise pêle-mêle quelques-uns des morceaux de bravoure des membres de la majorité dans l'hémicycle et des témoignages censés vanter l'action du gouvernement. Par exemple, les interventions des députés Renaud Muselier, Benoist Apparu, Marie-Anne Montchamp ou Philippe Gosselin, qui vantent justement le clip anti-obstruction de Copé.

Las ! Noyées dans la masse, ces vidéos dépassent rarement les 30 visionnages... Explication ? "Nous l'avons constaté, la presse a envie de vivre un match, estime Thierry Lamaire, pour le PS. Lorsqu'on diffuse sur internet une interview classique du député Jean Glavany, auteur d'une proposition de loi contre la torture, cela n'intéresse personne. Les journalistes nous disent que c'est plat, difficilement exploitable et n'en parlent pas. Mais quand il y a un affrontement, cela fonctionne beaucoup mieux."

Les journalistes ne sont pas les seuls gourmands à se régaler devant des "matches". Dernier exemple qui fait le délice des blogs : celui qui a opposé le député UMP Frédéric Lefebvre et les socialistes Jean-Jacques Urvoas et René Dosière dans les couloirs de l'Assemblée.

Alors que le député de droite répondait à une interview de LCI le 16 janvier, il s'est fait gentiment prendre à revers par les deux socialistes, ravis de constater qu'il n'offrait guère de résistance dans cet affrontement devant témoins.

Urvoas et Dosière s'en sont donnés à cœur joie et LCI a aussitôt mis en ligne la séquence picto


Récupérée par un internaute sur Dailymotion, la vidéo dépasse les 70 000 visionnages. Déjà moqué sur la blogosphère pour ses hésitations sur le "web 2.0", Lefebvre aurait sans doute préféré que l'UMP lui offre un montage plus à son avantage.

Mots-clés : amendement, Assemblée nationale, buzz, Dailymotion, députés, Internet, obstruction, outil de communication, Parti Socialiste, réforme, travail parlementaire, UMP, vidéo



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Commentaires
"Je ne regrette pas ma nuit blanche au montage"
Le discours de David Abiker m’a semblé confus, et sur le fond hypocrite. Il faudrait donc pour que le travail parlementaire ...
Par achab
le 24/01/2009
"Je ne regrette pas ma nuit blanche au montage"
Bizarre, j'ai eu l'impression que David Abiker n'était pas réellement convaincu par sa propre thèse. En expert de la com et d...
Par Nathalie
le 23/01/2009
Les députés découvrent l'arme du "buzz" sur internet
de 6' à 6'36 FILLON aujourd'hui à l'assemblée http://www.assemblee-nationale.fr/13/vod/videoquestions/090121.html "...
Par COMPUNET
le 21/01/2009
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