"La fausse route d'Alain Korkos"
Le directeur de la rédaction de l'Huma répond à notre chroniqueAprès la "lettre ouverte à Pierre Laurent" publiée sur le site le 10 janvier par notre chroniqueur Alain Korkos, et qui protestait contre la publication à la Une de l'Humanité d'une photo d'un visage de fillette palestinienne émergeant de gravats, nous avons reçu la réponse suivante de Patrick Apel-Muller, directeur de la rédaction de l'Humanité.
(Précisons que Alain Korkos avait adressé sa lettre à Pierre Laurent, ancien titulaire du poste, sur la foi de l'ours de l'Huma, qui n'a pas encore pris acte de son départ, le 22 décembre dernier).
Alain Korkos se trompe de débat comme il s'est trompé de destinataire à sa Lettre ouverte. Sur le forum qui a suivi sa publication, la plupart des intervenants ont formulé les objections majeures à son point de vue. |
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La photo de presse a, bien entendu, une fonction de témoignage historique et peut réveiller des consciences assoupies. Des exemples ont été donnés: la petite fille nue et en flamme sur cette route du Vietnam, les images des camps de concentration... On pourrait y ajouter les effroyables clichés de famine au Biafra ou en Ethiopie qui ont mobilisé l'opinion internationale, les images de la guerre en Irak qui ont conduit un journaliste titulaire du Prix Pulitzer dans les geôles de l'armée américaine, les photos de l'armée israélienne défaite et de ses soldats blessés lors de la guerre du Liban. L'histoire de L'Humanité , de la mission qui lui a été assignée par Jaurès jusqu'à ses numéros dont les articles en blanc étaient censurés durant la guerre d'Algérie, s'inscrit sur ce versant de la presse, qu'on en partage ou non les engagements. La comparaison avec Paris Match, l'accusation d'avoir voulu "vendre du papier", le parallèle avec la petite Colombienne n'ont donc de place que dans une opération de basse polémique.
Cette "Une" de l'Humanité a recueilli un tel écho - Alain Korkos ne s'est-il pas lui-même fendu de ce libelle ? - qu'on chercherait en vain une "anesthésie" des lecteurs. La "surenchère de l'horreur" n'étant pas le genre de la maison, le choix - explicité par un éditorial - de cette photo a été reçu par les lecteurs comme une alarme contre un épouvantable crime de guerre.
Le vrai débat n'est-il pas, au fond: est-ce légitime de mettre en cause les frappes de l'armée israélienne sur la population de Gaza (notre journal avait fait de même à sa Une concernant les attentats suicides contre les civils israéliens) ? A-t-on raison d'interpeller le "chaland" qui pourrait se sentir "accusé du crime de passivité face aux images et aux évènements dont il n'est pas en vérité responsable" ? C'est la thèse d'Alain Korkos qui juge bien bas les lecteurs de journaux, qui en la matière traite l'information comme une marchandise de confort et réduit la citoyenneté au rôle du "voyeur" ou du spectateur. Les photos pas plus que la presse ne peuvent seules mettre fin aux guerres, mais si les militaires sont à ce point soucieux d'empêcher la présence des journalistes sur leurs théâtres d'opération, c'est bien que leurs témoignages peuvent faire de l'opinion un acte essentiel.
Patrick Apel-Muller
Directeur de la rédaction de l'Humanité
le 14/01/2009
le 10/01/2009
le 07/01/2009

