En télé, trouver un "bon client" à interroger n'est pas tout. Encore faut-il le présenter correctement, sans oublier de ligne importante de son CV. A cet exercice, France 2 a eu quelques ratés ces derniers jours. Vous ne les avez pas repérés ? @si vous propose de tester vos connaissances avec son grand jeu : "Saurez-vous retrouver le vrai métier de cet interviewé ?"
Rappelez-vous de quoi parlaient les jités lors des fêtes du Nouvel An ? Des feux d'artifice en Australie, de la neige, du conflit à Gaza et ... de la situation des hôpitaux publics français. Le débat avait été suscité par les morts de trois personnes, qui avaient été mal prises en charge (erreur de médicament) ou n'avaient pas pu être traitées à temps.
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Dans son 13 heures, France 2 donne alors la parole à un professionnel de la santé : Philippe Juvin, le "chef de service des urgences à l'hôpital Beaujon", précise Françoise Laborde. Juvin explique, sur le plateau, que ces morts ne sont pas dues à un manque de moyens, contrairement à ce qu'affirme par exemple l'Association des médecins urgentistes de France. Ecoutez-le |
Mise en garde contre "l'utilisation" politique de la mort d'un patient, "manque d'un pilote" pour l'hôpital, défense de la loi Bachelot ... le discours de Juvin ressemble fort à des arguments politiques, tendance UMP. Et en effet, ce sont autant d'arguments déjà développés par Juvin lui-même dans ... un communiqué du parti.
L'urgentiste de France 2 est, à ses heures perdues, secrétaire national de l'UMP, et membre du comité exécutif
du parti. Sans oublier ses mandats de secrétaire départemental adjoint de
l'UMP dans les Hauts-de-Seine, vice-président du Conseil Général des
Hauts-de-Seine, et maire de La Garenne-Colombes, tous ces renseignements étant
mentionnés sur son blog ainsi que sur sa page
Wikipedia. @si vous expliquait déjà cela le 30 décembre.
A aucun moment de l'entretien, même lorsque l'interviewé prend position
sur la loi Bachelot, ces fonctions ne sont
évoquées. Le "synthé" de présentation de France 2 (voir
dans la vidéo ci-dessus) se contente d'indiquer : "Chef de service des
urgence à l'AP-HP Beaujon (Clichy)".
Oubli occasionnel ? Une semaine plus tard, France 2 offre un exemple comparable.
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Nous sommes le 7 janvier, et, entre la neige à Marseille et la maternité heureuse de Rachida Dati, un sujet fait débat : la suppression du juge d'instruction, voulue par Nicolas Sarkozy, qui souhaite le remplacer par un "juge de l'instruction". L'idée ne fait pas l'unanimité : France 2 choisit donc d'interroger, méthodiquement, les "pour" d'un côté et les "contre" de l'autre. Après avoir fait valoir les arguments du chef de l'Etat, le journaliste du 20 heures annonce donc : "A la sortie [du discours du président], entre avocats et magistrats, les avis sont partagés".
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Le préposé à la défense de la réforme s'appelle Thierry Herzog ; il est "avocat", et nous assure que cette suppression sera "un progrès". Toujours sans tricher, saurez-vous retrouver ce qui occupe beaucoup Maître Herzog depuis quelques années ? Herzog, Herzog ... Mais c'est bien sûr ! Il s'agit de l'avocat du justiciable Sarkozy. C'est lui qui a défendu le chef de l'Etat lors de l'affaire Clearstream, l'a défendu encore contre les terrifiantes poupées vaudou, et ... c'est toujours lui qui, aujourd'hui, défend l'air de rien sur France 2 le projet de Sarkozy de supprimer le juge d'instruction.
Pourtant, en d'autres occasions, France 2 n'avait pas oublié de préciser le lien de Thierry Herzog avec la famille Sarkozy. Ci-dessous, à gauche, l'avocat interrogé en février 2008 à propos de l'affaire du scooter de Jean Sarkozy ; ci-dessous à droite, Maître Herzog défendant Nicolas Sarkozy lors de l'affaire du SMS du Nouvel Obs ("Si tu reviens, j'annule tout") :
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De détails oubliés en détails oubliés, on se prend à soupçonner France 2, peut-être plus que de raison. Dernier exemple : une famille des Yvelines qui était invitée, lundi 5 janvier, à donner son avis en direct sur la suppression de la publicité sur France Télévisions. Le duplex, depuis le salon Verdict ? Le père, Bertrand Vinson, est "super content" parce qu'il "déteste la pub", la mère est mitigée (20h35, est-ce bien raisonnable ?), et le fils de 11 ans salive d'avance de longues soirées passées devant le petit écran. |
Question rituelle : quel est le vrai métier du monsieur ?
Le job de Bertrand Vinson c'est ... d'être convaincant. Car lorsqu'il n'est pas parti "boire un coup" pendant une coupure publicitaire, l'homme dirige une entreprise de communication, "Art communication création". Si l'on en croit son cv (sur le site d'une entreprise pour laquelle il est consultant), il est spécialisé dans "la communication orale en situations d'enjeu", et acteur de théâtre à ses heures perdues. Il est également diplômé d'une école de commerce, l'Edhec.
Sans doute grâce à cette expérience, Vinson a tout d'un "bon client". Mais le journaliste qui l'a interrogé, Nicolas Chateauneuf, jure qu'il ne l'a pas choisi en fonction de son métier : "J'ai demandé autour de moi si quelqu'un connaissait une famille qui se prêterait au jeu : une collègue m'a dit qu'elle avait une famille de voisins assez sympa, qui accepteraient peut-être. Effectivement, ils ont dit oui, et c'est seulement en arrivant chez eux que j'ai appris que le père travaillait dans la communication" explique-t-il à @si.
Trop suspicieux, @si ? On ne nous y reprendra plus !
le 04/08/2009
le 31/07/2009
le 08/01/2009



