De Gaza à Sderot, tranches de vie sur le Web
Prof de kung fu, épicier, apprentie comédienne, et si loin du 20 Heures !| Peut-on parler du Proche-Orient autrement ? Le site d'Arte a décidé de répondre par une forme nouvelle : le Webdocumentaire. Gaza-Sderot, la vie malgré tout, propose aux internautes de suivre la vie quotidienne de part et d'autre de la frontière entre Gaza et Israël. Fou-rires, rêves de gloire, scènes de famille: ça change du 20 Heures ! |
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Il y a Ahmed, le professeur de Kung-fu de Gaza qui, à 20 ans, est cité dans le livre Guiness des records pour ses pompes à deux doigts. Il y a Sason, 57 ans, l'épicier candidat aux municipales de Sderot. Et puis il ya aussi Daniele, 16 ans et demi, qui à Sderot veut devenir comédienne. En tout, ils sont douze, six de chaque côté, à avoir été suivis par les caméras du projet Gaza-Sderot. Leur quotidien, leurs espoirs et leurs peurs sont visionnables en ligne par tranches de deux minutes.
Dix semaines durant, entre le 26 octobre et le 23 décembre, les internautes d'Arte.tv ont pu suivre ces protagonistes, avec chaque jour une nouvelle vidéo ajoutée pour chacun des deux lieux. Tournées et montées par des équipes sur place, les séquences mettent sur le conflit israélo-palestinien des visages et des mots. Pour se faire une idée du format, un exemple : le 4 décembre 2008, ces deux vidéos étaient mises en ligne. A gauche, Amjad Dawahidy, pharmacien à Gaza et, à droite, Aviv Ben Abu, artiste plasticien né à Sderot :
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Mais c'est surtout l'alternance des lieux et des personnages qui fait la richesse du documentaire.
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Comment ce projet a-t-il pu voir le jour ? Serge Gordey, le producteur
délégué du Web-documentaire, a expliqué à @si que l'idée était venue
d'une discussion entre des personnes de l'unité actualité, société et géopolitique d'Arte et des producteurs israéliens et palestiniens. "Ils
se sont demandé comment traiter de ce conflit autrement . Sachant qu'il
y a cette espèce de fatigue du Moyen-Orient, toujours la même histoire.
Quand vous êtes documentariste et que vous arrivez dans une chaîne, on
va vous dire "Pas encore un film sur la Palestine"... On a alors eu
l'idée de faire quelque chose de spécifique au net."
C'est ainsi que deux équipes, l'une palestinienne (Ramattan
Studios), l'autre israélienne (Alma Films/Trabelsi Productions), se
sont retrouvées à travailler ensemble. Puis, la maison de
production documentaire Bo Travail!, pour qui travaille Serge Gordey, est entrée en jeu. "Pour que des Israéliens et des Palestiniens puissent
travailler sur un projet, il faut qu'il y ait un tiers. Il ne peuvent
pas travailler ensemble, à la fois d'un point de vue logistique et
politique."
Pour naviguer entre toutes ces vidéos, c'est l'agence de production Upian.com (auteur notamment du webdocumentaire Thanatorama) qui a conçu le site, avec l'idée d'offrir plusieurs points d'accès aux images. On peut choisir de s'arrêter sur une date précise, ou suivre un personnage, un thème en particulier.
Une fois le choix de ces deux villes emblématiques arrêté, "celui des personnes suivies a été assez strict", explique encore le producteur. "Il fallait retrouver les mêmes personnages dans la vie quotidienne, pas des porte-parole mais des gens qui ne représentent qu'eux-même." Il explique avoir tout fait pour que le projet évite l'écueil de la comparaison directe : "On ne voulait pas, le même jour, de chaque côté, une petite fille qui va à l'école. C'était une volonté très stricte, car on ne voulait pas laisser penser que les deux situations sont sur le même plan."
L'ironie de l'histoire a voulu que le 23 décembre, jour de la fin du projet, a quasiment coïncidé avec le début des attaques aériennes israéliennes sur Gaza. Ce qui, aujourd'hui, encourage l'équipe à continuer. Le 29 décembre, sur le blog du projet, Serge Gordey écrivait : "Nous sommes certains que par delà les déclarations militaires et
politiques, les démonstrations de force, les images de massacres et de
guerre, notre rôle est de donner à voir et entendre comment hommes,
femmes et enfants résistent à cette situation, comment ils cherchent à
survivre. Maintenant plus que jamais. Comment remplir notre mission
dans ces circonstances ? Nous cherchons à nous donner les moyens
d’aller plus loin."
Une tâche qui s'avère aujourd'hui difficile. Car si le producteur a pu avoir des nouvelles des protagonistes gazaouïtes par le biais du producteur palestinien, les retrouver et les filmer s'avère plus compliqué. "La
préoccupation première de tous est de s'abriter des « dommages
collatéraux » des frappes aériennes, m'a-t-il expliqué. : quand on vit
dans la ville de Gaza, il y a de fortes chances que l'on habite à côté
d'un commissariat de police, d'une administration, d'installations
militaires, de locaux gouvernementaux, d'institutions culturelles
dirigées ou influencées par le régime en place. En ce cas, on risque
fort d'essuyer les conséquences d'un bombardement qui s'était donné
d'autres cibles. Résultat : notre équipe se trouve dispersée : tous nos
camarades ont cherché à s'abriter ainsi que leurs familles en d'autres
lieux, par exemple à la campagne, chez des amis ou des parents. De
plus, les systèmes de communication ne fonctionnent plus, du fait des
coupures d'électricité qui sont plus éprouvantes que jamais. Ce n'est
pas tout : on ne se déplace guère en ville, pour éviter de se retrouver
victime d'un bombardement."
L'équipe de Sderot, elle, a pu recommencer à tourner des images, a confié le producteur à @si. A suivre.
le 14/01/2009
le 10/01/2009
le 07/01/2009


