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Gaza : Israël mène la bataille de l'image
Depuis les débuts de l'Intifada, Israël incarne le Goliath qui écrase les enfants lanceurs de pierres. Dans son offensive contre le Hamas à Gaza, l'Etat hébreu semble cette fois décidé à gagner la bataille de l'image.
Publié le 05/01/2009  Alimenté le 03/02/2010
enquête le 06/01/2009 par Justine Brabant

Victimes contre victimes : les jités français équitables à Gaza ?

6 reportages contre 2. Mais...

Partiaux ! Comme lors de chaque embrasement proche-oriental, les médias français sont accusés par les partisans de chaque camp de privilégier les victimes et la version du camp adverse.

Dans les faits, les victimes de chaque camp sont-elles présentées équitablement ? Comment les chaînes de télévision françaises traitent-elles le sujet sans être présentes à Gaza ?

 

explosion gaza

Pour certains partisans de la politique israélienne, "les reportages télévisés (...) ont atteint un niveau sans précédent de manipulation coordonnée de l’opinion publique internationale" : "Les chaînes TV ne couvrent pas la bataille de Gaza; toutes les images qu’elles présentent (...) tournent autour d’un seul sujet: la situation humanitaire exécrable des civils à Gaza" écrit ainsi – comme lors de chaque embrasement israélo-palestinien – l'agence Metula News Agency (voir, sur le site de l'agence, l'article intitulé "Les médias ont choisi leur camp").

A l'inverse (non moins rituellement), des défenseurs de la cause palestinienne jugent que les médias français "cachent la vérité", diffusent "des images sans émotion", édulcorant la vérité des massacres à Gaza (voir ce montage mis en ligne sur Youtube). Une tribune postée sur Oumma.com condamne "la propagande sournoise des médias occidentaux dans cette bataille qui vise à asservir les esprits et à prévenir tout mouvement de solidarité avec le peuple palestinien en lutte pour ses droits nationaux légitimes."

Que nous donnent à voir, dans les faits, les journaux télévisés français ?

Même si la disproportion des bilans (1) complique toute appréciation de l'équité des traitements, @si a effectué son propre décompte des sujets consacrés au conflit. Du 27 décembre 2008 au 5 janvier 2009, 50 sujets (les brèves de moins de trente secondes ne sont pas comptabilisées) ont été consacrés à la situation par les journaux télévisés du soir de TF1, France 2 et France 3. Une quarantaine de ces sujets sont des synthèses, construites sur le modèle suivant : un commentaire de journaliste reprenant les informations des agences de presse, illustré par des images de bombardements, de bâtiments détruits, de mouvements de chars israéliens et de brefs plans de victimes palestiniennes transportées vers les hôpitaux.

En plus de ces synthèses, les chaînes ont diffusé des reportages sur les civils qui vivent à proximité des zones de combats. On compte six reportages entièrement consacrés à des civils israéliens, et deux entièrement consacrés à des civils palestiniens.

Côté israélien, la ville la plus fréquentée par les reporters est sans conteste Sderot, située à quelques kilomètres au Nord de la bande de Gaza, à portée des tirs de roquettes du Hamas.

Pour le seul 4 janvier, les journaux télévisés des trois premières chaînes françaises (TF1, France 2, France 3) ont tous consacré un sujet à Sderot et à ses habitants.

picto Habitations détruites, témoignages d'habitants, et même alertes en direct : le spectateur avait un aperçu détaillé de la situation sur place.

Ces images sont nombreuses et complètes : il faut dire que l'armée israélienne a tout fait pour que le cas de ces victimes civiles soit médiatisé. Contrairement à Gaza, les journalistes occidentaux sont libres d'aller et venir à Sderot et on leur propose même les coordonnées détaillées des habitants touchés, comme l'a relevé Gilles Klein.

Le cas des palestiniens bombardés à Gaza est illustré différemment. Les médias occidentaux ont grand-peine à parler d'eux, et pour cause : la petite bande de terre où se massent 1, 5 million de palestiniens leur est inaccessible.

Les premiers jours, TF1 et France 2 sont parvenus à faire des reportages sur la vie de certains Gazaouis, avec l'aide de correspondants locaux.

Le 29 décembre, on découvrait ainsi la vie quotidienne de deux familles francophones : attente, écoute des nouvelles à la radio, ravitaillement difficile.

Ce sont les premières séquences de notre montage picto

Mais depuis début janvier et l'intensification des attaques israéliennes, le traitement du cas des victimes palestiniennes a, semble-t-il, connu un tournant (illustré par la deuxième partie de notre montage). Les reportages ne montrent plus de familles dans leur vie quotidienne ou d'interviews recueillies par les correspondants des chaînes françaises, mais diffusent en boucle les scènes de bombardements, de bâtiments détruits, ainsi que quelques images de Palestiniens blessés ou morts, tournées dans des hôpitaux.

 

En cause ? Le blocus - médiatique - de l'armée israélienne, qui interdit l'accès à la bande de Gaza aux journalistes occidentaux sous prétexte que leur sécurité n'y serait pas assurée.

Dans l'impossibilité de couvrir les évènements eux-mêmes, les journaux télévisés sont contraints de se reporter sur les systèmes internationaux d'échanges d'images (EVN), qui "font remonter" jusqu'aux rédactions françaises les images tournées par les journalistes palestiniens et les télévisions arabes présentes à Gaza.

Alain Rodier, le chef du service étranger de la rédaction nationale de France 3, explique à @si : "Pour notre part, nous avons une correspondante en Israël, Caroline Sinz, qui fait des reportages à la frontière, en Cisjordanie ou dans les villes israéliennes. Mais l'essentiel de notre couverture de ce qui se passe à Gaza passe par les EVN." Tandis qu'il nous répond par téléphone, Rodier garde d'ailleurs un oeil sur les images "qui tombent" sur le réseau : "Chaque jour on attend fébrilement d'avoir des images. Là, par exemple, j'aperçois l'interview d'un responsable d'hôpital suédois. Il ne faut pas croire que rien ne sort de Gaza."

Pour autant, ce "matériau" ne satisfait pas France 3 : "On a des images par les EVN, mais c'est très insuffisant. Nous en faisons la meilleure exploitation possible mais ça ne remplace jamais le fait d'avoir un correspondant sur place."


> Cliquez sur l'image pour un gros plan <

En ultime recours, France 3 peut solliciter le correspondant de France 24 à Gaza, Radjaa Abou Dagga. Malgré les difficiles conditions matérielles, ce dernier réussit à travailler pour la télévision française : il fait quelques reportages pour France 24 (visibles sur le site du la chaîne) et est intervenu en direct du journal de France 3 le 30 décembre.

picto Radjaa Abou Dagga sur France 3

"Sur place, c'est un peu le régime de la débrouille. Mais il trouve tout de même de quoi alimenter un camion satellite, en passant par des générateurs par exemple", explique Alain Rodier. Car d'après une ONG israélienne citée par le Monde, 75% de l'électricité serait coupée à Gaza.

Les journalistes comme Radjaa Abou Dagga, présents sur les lieux du conflit, sont des perles rares pour les médias français ; le reporter de France 24, en plus d'intervenir occasionnellement sur France 3, est par ailleurs correspondant pour le journal Ouest France. Sur Ouest-france.fr, il livre d'ailleurs un témoignage de première main sur l'attaque par des chars israéliens d'une école de l'ONU dans laquelle s'étaient réfugiés des villageois des environs, attaque à laquelle il a assisté en quasi-direct alors qu'il suivait des ambulanciers pour un de ses reportages.


(1) : On dénombre – pour la période du 27 décembre 2008 au 6 janvier 2009 – 10 morts côté israélien (dont 3 civils) d'après le gouvernement israélien et "au moins 635" morts palestiniens, d'après les services d'urgences palestiniens.

Mots-clés : France 24, France2, France3, Gaza, Jités, partialité, Radjaa Abou Dagga, Rodier, Sderot, TF1



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