De Bernadette à Carla, l'immuable télé-construction d'une première dame
Musique, jardin, fidélité aux amis show-biz, et in-dé-pen-dance|
"Comme si de rien n'était", documentaire diffusé par France 2 le 1er janvier, et consacré aux activités politico-artistiques de Carla Bruni-Sarkozy, brosse un portrait consensuel de l'épouse du président de la République. En 2000, France 3 avait diffusé "Bernadette Chirac, première dame de France". Au delà des différences de personnalités, la comparaison des deux documentaires permet de mesurer que la construction médiatique d'une "première dame" répond à quelques passages obligés : celle-ci se doit d'apprécier la musique, se passionne pour la botanique élyséenne, et surtout, elle est in-dé-pen-dante. |
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Plus libre, plus affirmée, plus progressiste ... Carla Bruni ne serait pas, nous dit-on, une "première dame" comme les autres.
C'est certainement cette personnalité hors-normes qui a valu à l'épouse de l'actuel chef de l'Etat de faire l'objet d'un documentaire un an seulement après son "entrée en fonction". France 2 a eu la noble tâche de diffuser le documentaire en question, "Carla Bruni, comme si de rien n'était" (projet d'une maison de production anglaise, réalisé par un Ecossais, George Scott), le 1er janvier 2009.
Le film, tourné pendant l'enregistrement du troisième album de Bruni, est surtout l'occasion de retracer sa carrière artistique : les interviews de la première dame et de son entourage sont entrecoupées d'extraits de ses chansons, et ses amis musiciens - Julien Clerc, Marianne Faithfull - reviennent longuement sur ses albums (même si, étrangement, aucun critique musical n'a été sollicité).
Mais surprise : à l'arrivée, l'image de Carla Bruni rappelle en bien des points celle de ... Bernadette Chirac. Passée à la moulinette du portrait-documentaire, la chanteuse devient une "femme de Président" ordinaire.
Les deux documentaires usent des mêmes procédés : la narration est laissée aux épouses des présidents elles-mêmes ainsi qu'à leur entourage proche (Bernadette Chirac et Carla Bruni ont toutes deux accordé de nombreux entretiens aux réalisateurs de leurs portraits respectifs), ces entretiens étant entrecoupés d'images d'archives et, dans le cas de Bruni, d'extraits de chansons.
Au-delà de cette forme, que nous donnent à voir ces portraits ?
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En dépit de tout ce qui oppose les deux femmes, ils racontent la même histoire. Comment est-ce possible ? Regardez L'histoire de "premières dames" dont le statut colle à la peau, d'abord. Le téléspectateur les suit dans les lieux du pouvoir présidentiel, des jardins de l'Elysée aux voyages d'Etat. Ces portraits nous montrent également des femmes en perpétuelle représentation. Il s'agit de "bien présenter" en se vêtant avec goût, mais il est aussi question de valeurs morales : l'épouse du président de la République doit personnifier le dévouement en défendant "des causes". |
L'ambiguïté du rôle qui consiste à avoir tout pour soi et tâcher de se montrer sensible aux personnes dans le besoin n'échappe ni à Chirac ni à Bruni, qui assurent toutes les deux "avoir conscience de leur chance" et faire leur possible pour la partager.
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Une seconde idée vient rapidement en contrepoint : nos première dames s'ingénient à conquérir leur indépendance, à être quelqu'un en dehors de leur titre.
Pour leur redonner cette humanité perdue, rien de tel qu'un retour en arrière, vers des "racines". Appartenance géographique, d'abord : avant d'occuper l'Elysée, Bernadette Chirac vivait "à la campagne", tandis que Carla Bruni a passé une partie de son enfance "au Cap Nègre". Les deux femmes évoquent leur jeunesse avec les mêmes passages obligés : figure des parents, "ambiance" du foyer (dans les deux cas, un milieu musical). |
Les deux documentaires ont également recours aux témoignages d'amis. Mais attention, si la "première dame" est libre au point d'avoir des amis, elle ne doit pas choisir n'importe lesquels : ils viendront donc du show-business. L'acteur Vincent Perez et le chanteur Julien Clerc pour l'une, la chanteuse et actrice Line Renaud et le judoka David Douillet pour l'autre.
Chacune, enfin, consacre à sa manière son image de femme libre : Bernadette Chirac, en affirmant son indépendance ... vestimentaire, et Carla Bruni, en rappelant que son mari l'a encouragée à poursuivre sa carrière d'artiste.
le 07/07/2008
le 07/07/2008
le 12/06/2008


