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enquête le 30/12/2008 par la rédaction

Hôpitaux : deux morts, beaucoup de com', et pas mal de mauvaise foi

Un UMP masqué, un urgentiste énervé, une ministre accrochée à sa loi
Hopital - © Julien Rousset - Fotolia.com
En moins d'une semaine, un enfant de trois ans et un homme de 57 ans sont décédés en région parisienne suite à un dysfonctionnement du système hospitalier. Ces deux morts ont fait renaître le débat explosif sur l'organisation et la qualité des soins dans les hôpitaux publics. Face à face : les syndicats médicaux, notamment ceux des médecins urgentistes, et la ministre de la Santé Roselyne Bachelot. Pour défendre ses positions dans les médias, chacun a sorti ses arguments, parfois au mépris de la bonne foi. Tentative de clarification.

Le débat fait périodiquement la une des médias. Il est réouvert : les urgences sont-elles saturées dans les hôpitaux ? C'est ce qu'a affirmé l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf) en braquant les projecteurs, via un communiqué, sur une mort qui aurait peut-être pu être évitée. Le 28 décembre au matin, Jean Lagrange, 57 ans, est décédé six heures après avoir été pris en charge par le Samu de l'Essonne suite à un malaise cardiaque. Pendant plus de quatre heures, le Samu avait cherché, en vain, une place dans un service de réanimation, appelant 24 hôpitaux d'Ile-de-France. A cinq heures du matin, une place s'était finalement libérée à l'hôpital Bichat, à Paris, mais trop tard : l'homme est décédé dans l'ambulance qui l'emmenait réaliser un examen coronaire dans un autre établissement.

L'Amuf est présidée par Patrick Pelloux, très médiatique depuis qu'il a annoncé, le premier, la vague de mortalité déclenchée par la canicule en 2003. Les membres du syndicat sont en grève depuis le 1er décembre pour protester contre les restrictions budgétaires et les fermetures de services. Ils estiment que, faute de moyens, de personnel présent et donc de lits ouverts, "la sécurité des patients n'est plus assurée dans les hôpitaux en Ile-de-France pendant cette période de fêtes". Le président de Samu de France, Marc Giroud, a lancé une "alerte rouge" avant le "double pont du Jour de l'An", demandant "la réouverture des lits de réanimation qui ont été fermés tout à fait à tort pendant cette période de forte activité saisonnière".La Mutualité française, qui fédère les mutuelles santé, a déploré pour sa part "la dégradation de la qualité des soins en France". Et la veuve du patient a porté plainte contre X, pour non assistance à personne en danger.

Les télés ont pu compter sur un homme pour porter la contestation face à ces bruyantes protestations. Il s'agit de Philippe Juvin, chef du service des urgences à l'hôpital Beaujon, à Clichy (Hauts-de-Seine).

C'est du moins ainsi que France 2 et France 3 l'ont présenté. Ecoutez-le.



Juvin estime que l'hôpital ne manque pas de moyens, mais que c'est l'organisation qui est fautive. Mise en garde contre "l'utilisation" politique de la mort d'un patient, constat qu'il manque "un pilote" pour coordonner la répartition des lits, défense de la future "loi Bachelot", qui devrait être présentée au Parlement en janvier... Autant d'arguments qui fleurent bon le discours politique. C'est normal : ils ont déjà été développés dans un communiqué de l'UMP... par Juvin lui-même !

Car le chef de service n'est pas un simple professionnel du milieu hospitalier : il est aussi secrétaire national de l'UMP, et membre du comité exécutif du parti (sans oublier ses mandants de secrétaire départemental adjoint de l'UMP dans les Hauts-de-Seine, vice-président du Conseil Général des Hauts-de-Seine, et maire de La Garenne-Colombes, comme le signale son blog et cette page alimentée par une "jeune UMP"). Mais à la différence de TF1, ni France 2, ni France 3 n'ont mentionné ses responsabilités politiques.


> Cliquez sur l'image pour un gros plan <


Bachelot s'explique bien mal

Il est vrai que Roselyne Bachelot avait bien besoin de renfort dans le concert médiatique. Ses tentatives d'explications face à ceux qui reprochent au gouvernement de ne pas donner assez de moyens à l'hôpital ne sont en effet guère convaincantes. Dans une conférence de presse lundi, la ministre de la Santé a en effet jugé "incompréhensible" que le Samu de l'Essonne n'ait pas trouvé de lit de réanimation pour Lagrange. Pour répondre, par exemple, à Marc Giroud, président du Samu de France qui dénonce les fermetures de lits pendant les fêtes, Bachelot a assuré que "onze lits étaient disponibles en région parisienne à moins de vingt minutes du malade".

Il y avait une demande ? Il y avait aussi "une offre" picto





Pourtant, le 30 décembre, Nicolas Briole, directeur du Smur 91, répète sa version à 20minutes.fr : "Généralement, tout se règle très vite. Mais cette fois, il n'y avait pas de place, nous avons pourtant appelé jusqu'à l'hôpital de Chartres (à environ 65 km de là, ndlr)." La ministre a demandé à l'Inspection générale des affaires sociales d'éclairer les "zones grises dans cette affaire". Mais il n'y a sans doute guère besoin d'enquête approfondie pour comprendre pourquoi la défense de la ministre ne tient pas. Selon plusieurs syndicats hospitaliers, il est très possible que les onze lits officiellement disponibles aient été refusés à Jean Lagrange.

"Il est possible que ces onze lits aient été situés dans des hôpitaux ne disposant pas d'un gros bloc opératoire ou du matériel pour réaliser une coronographie, qui auraient pu être nécessaires pour soigner au mieux le patient", explique Marie-Christine Fararik, de Sud-Santé. Autre explication, de Thierry Amouroux, de la CFE-CGC : "Un hôpital a tout à fait le droit de refuser un de ses lits à un patient pris en charge par le Samu ! Quand très peu de lits sont disponibles, les hôpitaux préfèrent en garder quelques-uns de libres, pour pouvoir traiter un patient déjà soigné chez eux qui en aurait subitement besoin. C'est très fréquent, surtout en début de nuit. En fin de nuit, s'ils voient que leurs services ne sont pas complets, les hôpitaux acceptent ensuite des patients de l'extérieur."

Cette explication, seule France 3 l'a donné, rapidement, le 26 décembre, au coeur d'un reportage. Or, elle est très intéressante, puisque l'immense majorité des professionnels s'accordent pour dire que les services de réanimation tournent presque au maximum de leurs capacités, notamment lorsqu'une partie du personnel prend des congés pendant les fêtes... Bachelot l'a reconnu, en période normale, "une trentaine de lits" sont disponibles en Ile-de-France. Si cela avait été le cas, un établissement aurait sans doute admis Jean Lagrange plus rapidement.


Mais l'indignation de Pelloux n'est pas toujours légitime

"Il n'y a pas de dysfonctionnement structurel", assure Bachelot, qui ne diagnostique qu'"un problème de régulation". Un argument qui lui sert justement à promouvoir la réforme de l'hôpital qu'elle devrait proposer au Parlement dans quelques jours : la loi "Patient, santé, territoire", censée permettre une meilleure régulation, grâce à "un pilotage régional unifié", géré par des "agences régionales de Santé".

Mais il n'y a pas que le discours de la ministre qui est conditionné par des motivations non avouées. Dans le premier cas qui a agité le milieu hospitalier, c'est Pelloux qui s'est laissé emporter. Le 24 décembre, Ilyès, 3 ans, est mort après la perfusion par erreur d'un produit à l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul, à Paris. Il avait été admis dans l'après-midi pour une angine aggravée et l'infirmière de garde a remplacé par erreur sa perfusion de glucose par une poche de chlorure de magnésium, un banal sel minéral, mais qui peut conduire à l'arrêt cardiaque à forte dose.

Après une garde à vue, l'infirmière, qui a reconnu une erreur, a été mise en examen pour homicide involontaire. Aussitôt, Pelloux a pris sa défense, dans son registre habituel. Regrettant que "les lampistes" trinquent alors que "depuis quelque temps, nous avons des problèmes considérables pour avoir du personnel en nombre", il a estimé que le sous-effectif était une des raisons expliquant l'erreur de l'infirmière.


"On veut bien travailler dans la difficulté, mais lorsque la ministre (...) nous accuse et ne prend pas, je dirais, les nuances sur la présomption d'innocence, ça commence à bien faire. Je crois que Roselyne Bachelot doit démissionner", a-t-il carrément estimé sur France Info le 25 décembre.



picto Il a récidivé le lendemain sur France 2.


Un coup de gueule face à la ministre, c'est toujours télégénique. Problème : Pelloux, médecin urgentiste, n'a pas vraiment de légitimité pour expliquer les circonstances de la mort d'Ilyès, survenue dans un service de pédiatrie. Et aucun salarié de Saint-Vincent-de-Paul n'a jamais officiellement affirmé que ce service tournait en sous-effectif. Selon l'AP-HP, "l'encadrement médical et paramédical du service de pédiatrie générale était parfaitement adapté" : "pour 11 patients à 19 heures dans le service, étaient présents un cadre puéricultrice, 3 infirmières dont une infirmière puéricultrice, 3 aides-soignantes et un agent hospitalier".

Mots-clés : Amuf, Bachelot, décès, dysfonctionnements, Giroud, hôpital, Ilyès, Juvin, Pelloux, Samu, système hospitalier, UMP, urgences



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Commentaires
Hôpitaux : deux morts, beaucoup de com', et pas mal de mauvaise foi
Les candidats aux urgences sont priés de démontrer qu'ils ont une chance de s'en sortir. Ce Jean Lagrange se moque du monde. ...
Par Camille Payet
le 31/12/2008
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