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enquête le 17/12/2008 par Sophie Gindensperger

Delarue fait pleurer les précaires

Et appeler un numéro surtaxé pour un cas...déjà réglé

La précarité et le mal-logement : le service public avait décidé, mardi 16 décembre, de consacrer un prime-time en direct à ces graves sujets de société. Avec, en maître de cérémonie, l'animateur Jean-Luc Delarue, spécialiste des TOC et autres grandes causes. Larmes, pathos, questions graveleuses. Et en prime, l'appel à la solidarité téléphonique surtaxée, pour régler un cas...déjà réglé avant l'émission.


"2008 est une année de crise. En France 7 millions de personnes vivent avec moins de 800 euros par mois et la situation ne semble pas s'améliorer. A travers les témoignages de ses invités, Jean-Luc Delarue se penche sur les nouvelles figures de la précarité", Telle était la promesse de l'émission "Les nouveaux visages de la précarité" diffusée mardi 16 décembre sur France 2.

L'équipe de Réservoir Prod (sa société) avait choisi de présenter plusieurs cas de personnes tombées dans une grande précarité à la suite d'accidents de la vie. Le téléspectateur faisait par exemple connaissance avec Patricia et Marc, qui ont perdu leur appartement après avoir été licenciés, et habitent aujourd'hui une caravane installée dans le jardin de leur fille. Autre exemple, Marjorie, qui a dû démissionner pour s'occuper de son bébé et est aujourd'hui menacée d'expulsion, sans oublier Georges et Laetitia, qui habitent dans leur voiture, leur quatre enfants étant placés en famille d'accueil.


Pour mieux comprendre le ton de la soirée, rien ne vaut un exemple. Le cas de Josette et Amandine, qui ont habité une caravane sans eau ni électricité avant d'être hébergées chez une inconnue a débouché sur une grave crise de larmes.

La jeune fille de 13 ans craque au retour du sujet picto


 

La crise de larmes d'Amandine n'est pas une exception. Toute l'émission n'a été qu'un long torrent de larmes. La plupart des invités se sont montrés très sensibles à la situation des autres, se tamponnant les yeux avant même que leur cas ne soit évoqué.Et au cas où les ralentis et les musiques mélodramatiques des reportages ne suffiraient pas, les questions insistantes de Delarue ont fini d'achever les meilleures volontés. Evidemment, les gros plans sur les yeux rougis ne manquent pas.

picto Regardez ce torrent de larmes

 

Mais attention. Bien plus que dénoncer des situations extrêmes, l'équipe de Delarue s'était aussi érigée en association caritative : tout au long de l'émission, les téléspectateurs étaient encouragés à appeler un numéro de téléphone surtaxé (15 centimes d'euro la minute) pour proposer leur aide aux personne présentes sur le plateau.

A l'image, quatre standardistes en duplex ont été prévues pour prendre les appels. Un emploi, une maison vide, des habits, les propositions n'ont pas tardé à affluer. Plus de 30 000 appels, annonce la standardiste en chef. Un généreux donateur qui souhaitait faire un chèque de 2000 euros à la jeune maman célibataire a même eu le droit d'être en ligne directe avec Delarue en plateau. Euphorique, le présentateur n'a cessé de parler de "solidarité", s'improvisant animateur d'une nouvelle forme de Téléthon pour les pauvres.

Un cas a beaucoup ému les téléspectateurs : celui de Laurence et Saïd, obligés d'habiter dans une chambre d'hôtel de 8 mètres carré avec leurs trois enfants. Mais le téléspectateurs non submergé par les vagues de larmes du plateau comprenait en fin d'émission que Laurence et Saïd ont en fait trouvé un logement...le mois dernier.

 

 

Pourtant, Delarue a laissé les téléspectateurs appeler pour les aider picto


Fidèle à ses habitudes, l'animateur de "Ça se discute" a à plusieurs reprises demandé aux couples présents en plateau s'ils arrivaient, malgré leur précarité, à garder une "intimité". Et si les invités ne comprennent pas la première fois, il n'hésite pas à leur reposer la question, jusqu'à ce qu'ils parlent de "tendresse, mais rien d'autre".

Sur le papier, pourtant, l'émission donnait quand même des gages de sérieux : on trouvait en plateau Christophe Deltombe, Président d'Emmaüs France, qui a pu intervenir deux fois, pour donner quelques chiffres. Mais gare à ne pas s'aventurer sur le terrain politique, Delarue le remet en place : "On peut pas faire comme si on pouvait régler tous les problèmes tout seuls, il est clair que la question politique est au coeur du débat, mais voilà dans la chaîne pour laquelle je travaille et dans toutes les chaînes de télé chacun a un peu sa part de boulot et c'est vrai que moi j'ai plutôt l'habitude de recevoir des gens qui sont dans le coeur de l'action", lui rétorque-t-il.

La présence de Deltombe a sans aucun doute donné une caution de sérieux à cette émission. Celui-ci ne décolère pas. Il explique à @si avoir hésité à partir du plateau. "J'ai été contacté par une journaliste de l'émission, à plusieurs reprises, pour donner des chiffres sur les travailleurs pauvres, les mères célibataires, etc... L'idée était que je sois une personne référente sur le plateau". Il a vite déchanté. "J'ai dû parler quinze secondes. C'est détestable d'être invité dans ces conditions-là. Vous ne pouvez pas parler. Je me sens trompé. Sur le fond, on a assisté à un show médiatique qui marche à fond sur le compassionnel. On donne l'illusion que l'on va régler des problèmes par claquements de doigt et une proximité illusoire. C'est un spectacle indigent, un peu dégradant pour les personnes qu'on présente ainsi", lance-t-il, évoquant une "charité spectacle". Il a prévu d'écrire à Delarue.

Mots-clés : émotion, Delarue, Deltombe, Emmaüs, France2, larmes, précarité, Réservoir Prod



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Commentaires
Delarue fait pleurer les précaires
Je n'ai pas eu le courage de regarder les extraits que vous proposez. J'avais eu cette même réaction lors des articles sur le...
Par Hurluberlu
le 17/12/2008
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