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Dati, une si belle hystérie
Pendant et après son passage au ministère de la Justice, Rachida Dati a suscité une médiatisation personnelle hystérique, de la part de journalistes aussi prompts à l'adulation qu'au lynchage.
Publié le 12/12/2008  Alimenté le 17/12/2009
observatoire le 11/12/2008 par Justine Brabant

Le Point et Dati : lynchage, mode d'emploi

 

Après la complaisance, le lynchage.

Alors qu'on dit Rachida Dati en mauvaise posture, Le Point lui porte un rude coup, avec un dossier de huit pages entièrement à charge, intitulé "L'extravagante Madame Dati".

La Une de l'hebdomadaire, le 11 décembre 2008 picto

Il fut pourtant un temps, pas si lointain, où l'hebdomadaire se montrait moins caustique.

 

Vous pensiez tout savoir de Rachida Dati ? Vous aviez tort : Le Point du 11 décembre se propose de vous faire découvrir "les coulisses d'un parcours aussi spectaculaire que chaotique".

Vaste programme. Pour mieux montrer ces "coulisses" accablantes, le journaliste Denis Demonpion choisit d'abord de revenir sur plusieurs crises fortement médiatisées, et d'en dévoiler le versant obscur.


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Exemple : le 20 octobre, la ministre invite les syndicats de surveillants de prison à venir discuter au ministère de leurs conditions de travail, mais se fait remplacer au dernier moment par son directeur de cabinet. Le détail avait alors été rapporté dans la presse. Coulisses de cette histoire, racontées par Le Point : "A côté, dans un autre salon lambrissé de la chancellerie, un petit déjeuner l'attendait avec le prince Albert de Monaco. Coutumière de ce type de rencontre au sommet avec les people du show-biz et de la télévision, la ministre avait elle-même organisé l'entrevue princière. La discrétion, jusque-là, a été totale."

Autre exemple : les départs en série de ses collaborateurs. Le Point rappelle un évènement connu, la démission du directeur de cabinet de Dati seulement six semaines après son entrée en fonctions, pour mieux raconter le côté "face" des relations de la ministre avec son cabinet : "« Blaireau », « connard », « j'vais te casser » font partie du vocabulaire ordinaire de la ministre, qui, quand elle est en colère, n'hésite pas à menacer un conseiller. « J'ai le président avec moi », se targue-t-elle souvent dans un claquement de doigts."

Tout cela, si c'est vrai, est intéressant. Mais pourquoi ne l'avoir pas raconté plus tôt ?

Le Point semble avoir attendu aujourd'hui pour "se payer" la ministre, alors qu'elle est en mauvaise posture au gouvernement. Dati a été désavouée publiquement à deux reprises par François Fillon : à propos de l'interpellation controversée de Vittorio de Filippis (elle avait alors parlé d'une "procédure tout à fait régulière"), puis lorsqu'elle a jugé qu' "une sanction pénale à partir de 12 ans sembl[ait] correspondre au bon sens" (citation tronquée dont @si vous a parlé).

Dans ce contexte, l'article du Point ressemble plutôt ... un opportun lynchage. Car Denis Demonpion, davantage que de relever méthodiquement les zones d'ombres du travail de la ministre, en dresse surtout un portrait meurtrier.

Matériau de choix pour le journaliste : les petites phrases lâchées par des adversaires de Rachida Dati. A propos d'un rendez-vous avec des représentants syndicaux : "Elle était stressée" ; lors d'une rencontre avec des magistrats, "elle n'en menait pas large" ; sans compter le "diplomate agacé" qui constate que "[Dati] estime que son rang, ce sont les chefs d'Etat et les Premiers ministres", ou un de ses anciens collaborateurs qui rapporte : "elle a une façon de pourrir les gens qui n'est humainement pas tenable."

Les amabilités ne viennent pas forcément de la bouche de témoins. Le journaliste du Point n'hésite pas à égratigner lui même la ministre, à coup de sous-entendus sur sa compétence ("Les visites se sont multipliées (...), à se demander quand la ministre trouve le temps d'étudier les dossiers") ou sur sa vie privée : "Lors de ses déplacements à l'étranger, y compris privés, comme ce fut le cas au Qatar un endroit où, pour de mystérieuses raisons, Rachida Dati se rend régulièrement –, elle exige que l'ambassadeur l'accueille à sa descente d'avion".

Saillies présentes non seulement dans l'article mais également – et cela est bien révélateur d'un choix éditorial – dans la titraille : légendes, intertitres, ...

Regardez par exemple cette page picto

Une photo montre Dati descendant d'un hélicoptère. A priori, rien à signaler. Qu'à cela ne tienne, la légende grince en imaginant les interrogations de la ministre : "L'ai-je bien descendu ?".

Les intertitres enfoncent le clou : "Elle ne regarde pas à la dépense", repris en rouge, ou le bloc de texte en majuscules : "Mme la ministre a préféré petit-déjeuner avec le Prince de Monaco plutôt que de rencontrer les surveillants de prison."

Méfiance exagérée ? On se prend aussi à voir une pointe de sexisme dans l'article du Point. La légende de la première page dit Dati "charmeuse" lorsqu'elle entame une "séquence séduction" auprès d'homologues lors d'un conseil à Bruxelles. Quand elle ne se rend pas à la rentrée solennelle des avocats du barreau de Paris, elle "boude" ; et lorsqu'elle tente d'améliorer ses relations avec les magistrats, elle les "cajole" et entame une nouvelle "opération séduction".


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picto Trois pages plus loin, la colonne de gauche accroche l'oeil

Il s'agit d'une compilation de citations controversées, intitulée "Quand Dati met le feu".

Le titre de l'encadré en bas à droite, qui évoque son mandat de maire du 7e arrondissement de Paris, a été muni de guillemets ravageurs : "A Paris, Rachida Dati «s'implique»".

En plus de ces piques, distillées tout au long de son long article, Demonpion attaque aussi Dati de manière frontale. "Se poser en victime est devenu un mode de gestion politique de Rachida Dati, qui, à la moindre critique, oppose à la fois ses origines arabes et le fait d'être une femme", juge-t-il.

Il assure plus loin que Dati est "persuadée qu'elle a l'opinion pour elle", qu'elle "apprécie se produire devant un public qui lui est acquis sur le mode «vu à la télé»".

 

Dati, prête à faire chanter Sarkozy ?

La chute de ces huit pages se veut mystérieuse - et dévastatrice. Le Point sous-entend que Dati serait prête à "sortir" certaines histoires pas très propres à propos de Nicolas Sarkozy (le journal évoque les Hauts-de-Seine, où Sarkozy a officié en tant que président du conseil général) pour garder sa place : "Des âmes charitables affirment qu'à l'heure de la curée, Rachida Dati, qui connaît les histoires de famille et du département des Hauts-de-Seine pour s'être occupée pendant quelque temps, en 2005, du secteur sensible des marchés publics, saura, le cas échéant, se rappeler aux bons soins de son protecteur."

Pourquoi cet article, ou plutôt, cette attaque en règle, semble-t-elle opportuniste de la part du Point ?

Car il y a plusieurs mois, lorsque la ministre était encore en odeur de sainteté à l'Elysée, les articles de l'hebdomadaire consacrés à Rachida Dati sentaient plutôt la complaisance.

Contraste des unes, d'abord. A gauche, une couverture datée de juin 2007 ; à droite, notre une du 11 décembre 2008:

une du point juin 2007

 

le point - decembre 2008

Contraste du ton, ensuite. Voilà comment Christophe Ono-dit-Biot, journaliste du Point, parlait de la ministre en juin 2007 :

"Cheveux noirs brillants, yeux idem sous de longs cils. Regard de biche, bouche rouge, corps énergique et frêle sur escarpins bondissants. C'est elle, Rachida Dati. Révélation de la campagne, nouvel astre de la galaxie Sarko, messie médiatique du renouvellement social et générationnel. Un nom, une silhouette, un parcours, un symbole. Un quadruple symbole : « Jeune, arabe, femme, milieu défavorisé » , lance un proche. Inconnue il y a huit mois, superstar aujourd'hui."

Et Ono-dit-Biot n'était pas le seul à s'émerveiller. En septembre 2008 encore, Sylvie-Pierre Brossolette s'interrogeait, admirative, sur le "mystère Dati" :

"Cette femme est un cas. Du genre indestructible. Symbole de la sarkozie triomphante il y a un an, elle a traversé les épreuves et les attaques avec un aplomb d'acier. Tour à tour adulée et décriée, elle est passée à travers les orages tel un roseau que l'on n'abat pas."

Mais cela n'est rien en comparaison de la prose d'Anna Bitton. C'était - aussi - en septembre 2008, Dati n'était pas "L'extravagante" mais "L'affranchie", et Le Point nous racontait dans un doux frémissement :

"Avant l’été encore, il n’était pas rare de surprendre sur son charmant visage émacié des moues apeurées de petit garçon serrant les dents, le coeur et le reste pour combattre la mise à distance (relative) de Nicolas Sarkozy. Fin août, dans son grand bureau, Rachida Dati, 42 ans, a retrouvé bien plus que sa féminité d’égérie Dior des soirées mondaines et des séances photos glamour. Une féminité nouvelle. Plus sobre. Plus paisible. Pour un peu, on la dirait rajeunie. Les traits se sont détendus, adoucis, arrondis. Le corps aussi. Assez pour compliquer joliment la tâche des boutonnières de son chemisier ivoire. (...) Elle sourit, elle blague, comme toujours. L’humour est sa plus exquise défense. Son paravent de prédilection. (...) Attachante et libre. Libre avant tout. De rompre, de partir, de s’extraire. Dati est une affranchie."

Mots-clés : Dati, Le Point, lynchage



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Commentaires
Le rire de Dati, image fausse qui dit vrai
"C'est tellement plus drôle quand c'est une femme qui est bête." Ah oui, tiens, ça manquait : évidemment, moquer Dati, c'...
Par Nonosse
le 24/04/2009
Le rire de Dati, image fausse qui dit vrai
Je commence a être plus que las du degré zero de cette course à l'indignation, à chaque fois sur de faux pretextes, en ...
Par psam
le 24/04/2009
Le Point et Dati : lynchage, mode d'emploi
Bon tout ça c'est bien beau mais c'est qui le père ?!!
Par christianfact
le 11/12/2008
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