Prison à 12 ans : la Sarkozie et la presse font trébucher Dati...
...avec une citation tronquéeDepuis quelques jours, la plupart des medias répètent que Rachida Dati estime que l'incarcération des mineurs de 12 ans relève du "bon sens". La "totale opposition" du premier ministre François Fillon à cette mesure, affirmée le 5 décembre, est donc naturellement apparue comme un cinglant désaveu de sa ministre.
Or, la citation originelle de Dati est plus nuancée, comme s'est empressé de le préciser le ministère de la Justice...après le désaveu de Fillon.
Pourquoi Dati n'a-t-elle pas rectifié plus tôt ? Pourquoi Fillon, en semblant la condamner, n'a-t-il pas rectifié non plus la citation de sa ministre ? La sarkozie est-elle en train d'instruire le procès de son étoile en disgrâce, sur la base d'une citation tronquée ?
La commission présidée par André Varinard, remet le 3 décembre dernier son rapport sur la réforme l'ordonnance du 2 février 1945, au ministre de la Justice, Rachida Dati. Il y a 70 propositions, mais les médias résument son discours de manière lapidaire : Dati veut mettre en prison les enfants de 12 ans.
| Qu'en est-il ? Le 3 décembre, recevant le rapport, Dati commence par souligner "l’affirmation du caractère exceptionnel de l’incarcération des mineurs." Puis elle indique: "la commission propose de fixer la minorité pénale à 12 ans. C'est le seuil qui a été recommandé en février 2007 par le Comité des droits de l'enfant de l'ONU. Il correspond à la moyenne de ce qu'appliquent nos pays voisins (10 ans en Suisse et en Angleterre, 12 aux Pays-Bas, 14 en Allemagne, Espagne, Italie)." "Dire qu'un mineur d'aujourd'hui peut justifier une sanction pénale à partir de 12 ans me semble correspondre au bon sens. Sanctionner ne veut évidemment pas dire emprisonner et les juges pour mineurs doivent pouvoir disposer d'une palette de réponses adaptées à tous les cas." et elle ajoute "les juges pour mineurs doivent pouvoir disposer d'une palette de réponses adaptées qui vont jusqu'à l'incarcération" |
![]() |
![]() |
A gauche, l'ancienne ministre de la Justice, Marylise Lebranchu (PS), comprend vite la situation dès que les premières réactions tombent, le même jour. Lebranchu, citée par l'AFP affirme que la mention de l'âge va "braquer" les gens contre cette réforme de la justice des mineurs, alors que, selon elle, le rapport "était bien parti", avec "de très bonnes choses dans les 70 mesures". Le ton est donné avec le titre d'une deuxième dépêche AFP diffusée à 15 h 33 : "La prison dès 12 ans: "bon sens" selon Dati, "réactionnaire" pour ses détracteurs". En deux heures, Dati est devenue partisane sans nuances de l'incarcération des enfants. |
Sur TF1 à 20 h, Laurence Ferrari lance en titre "Le durcissement de la répression des mineurs délinquants provoque la polémique. Ils pourront être incarcérés dès l'âge de 12 ans" Journal de 20 h TF1 le 3 décembre 2008 ![]() |
![]() |
Jeudi 4 décembre la polémique enfle.
![]() |
Le lendemain 4 décembre dans les titres du menu du jour de l'AFP : "Prison à 12 ans : remise d'un rapport à Rachida Dati.". Libération ne parle que de cet aspect. Rien sur les 70 mesures proposées. Libération du jeudi 4 décembre 2008 Et la presse régionale ouvre aussi le feu. Exemple avec Rémi Godeau (l'Est Républicain) : "En prison à 12 ans. Comme la lecture de ces mots dérange! Remis hier à la garde des Sceaux, le rapport sur la réforme de la justice des mineurs préconise de porter à 12 ans l'âge de la majorité pénale. (...) A croire que notre pays estime désormais superflu de «sauver certains gosses», pour reprendre l'UMP Jean-François Copé. Inutile de nier une délinquance des mineurs de plus en plus violente, d'ignorer les désastres de l'impunité. Il n'empêche. Le "bon sens" impose de trouver d'autres solutions." En revanche, ce même 4 décembre, Hubert Coudurier (Le Télégramme de Brest) prend la défense de Dati : "Elle ne dit pas qu'il faut les enfermer mais disposer d'une palette de réponses adaptées qui vont jusqu'à l'incarcération. Notons que, parmi les 70 propositions du rapport, cette disposition ne vise qu'à abaisser d'un an un âge déjà fixé à 13 ans. On peut donc s'étonner qu'une telle mesure suscite autant de récriminations, sauf à découvrir que la délinquance des mineurs est en forte augmentation et qu'il faut lui trouver des réponses appropriées. (...) Sans doute parce qu'elle affronte courageusement le "politiquement correct", Rachida Dati est une cible." |
Toujours le 4 décembre, on parle peu de la prise de position de deux députés PS de la commission Varinard, Dominique Raimbourg et Jean-Claude Peyronnet, qui estiment que "cette fixation est une mauvaise idée (...) parce
que le nouveau système préconisé est très défavorable pour les
victimes. En dessous de 12 ans, l'irresponsabilité pénale est désormais
absolue". Bref, pour eux la responsabilité pénale doit descendre en dessous de 12 ans, ils sont sur une ligne plus dure que Rachida Dati.
Vendredi 5 décembre: fillon "totalement hostile"
"Fillon «totalement hostile» à la prison pour mineurs de 12 ans"titre l'AFP (Urgent tombé à 17 h 22 vendredi 5 décembre). La dépêche contient une seule phrase : "Le Premier ministre François Fillon s'est dit vendredi «totalement hostile» à l'emprisonnement des mineurs de 12 ans, proposition contenue dans un rapport remis mercredi à Rachida Dati, qui y avait vu une mesure relevant du "bon sens".
Cette dépêche caricature les propos de Dati. Rappelons-les: "dire qu'un mineur d'aujourd'hui peut justifier une sanction pénale à partir de 12 ans me semble correspondre au bon sens. Sanctionner ne veut évidemment pas dire emprisonner."
Ce vendredi 5 décembre tous les sites d'information citent naturellement Fillon, rappelant tous la version tronquée de la phrase de Dati. Exemples avec 20Minutes.fr (à gauche) et LeFigaro.fr (à droite)
|
|
![]() |
![]() |
Il faut lire le texte du Monde.fr pour trouver une nuance : "En recevant mercredi le rapport Varinard sur la refonte de l'ordonnance de 45 sur la délinquance des mineurs, la ministre de la justice avait semblé envisager retenir une des propositions, la prison dès 12 ans dans certaines affaires criminelles. Elle avait estimé alors que la sanction pénale à partir de cet âge relevait du "bon sens". Cette nuance n'empêche toutefois pas le site de titrer que Fillon "tacle Dati". Il est vrai que le Premier ministre n'a pas rappelé que la phrase de Dati avait été déformée. Peut-être n'en avait-il eu connaissance que par l'AFP. |
![]() |
|
Fillon "tacle" Dati, qui n'a plus la cote, les médias le répètent depuis quelques semaines. Voir la Une de l'Express du 13 novembre et celle du Nouvel Observateur du 30 octobre.
|
![]() |
Depuis quelques mois les titres montrent une dégradation progressive : de la "Face Cachée" pour l'Express le 25 octobre à la "Polémique" pour Le Point le 31 octobre,
![]() |
![]() |
Reste évidemment une question: pourquoi Dati n'a-t-elle pas rectifié le tir avant le désaveu de Fillon, en lisant les premiers compte-rendus déformés de sa phrase ? Question que pose sur son blog Yves Thréard, du Figaro, qui rétablit la citation originelle, et formule une supposition: et si Dati avait été "envoyée au feu" par un Sarkozy qui, "une fois la température prise", aurait fait "marche arrière" ?
le 24/04/2009
le 24/04/2009
le 11/12/2008













