Bienvenue à "l'Army Academy"
Web-TV et téléréalité pour le recrutement de l'armée de terreIls sont six. Ils sont jeunes, beaux, et veulent prouver ce qu'ils valent devant les caméras qui les suivent toute la journée. Mais Cindy, Samir ou William ne sont pas les dernières recrues d'un vulgaire télé-crochet ou d'une quelconque île de la séduction cathodique. Ils sont les héros de la téléréalité de... l'armée de terre.
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L'armée a un but : faire comprendre que l'époque du sergent instructeur bête et méchant est révolue, et attirer des jeunes recrues motivées et capables. Son objectif étant d'en recruter environ 15 000 par an, tous les moyens sont bons, y compris les plus originaux. C'est ce que prouve le concept "Mode Immersion". Et ça marche ? C'est vous qui décidez ! |
Pour l'occasion, la cellule communication-recrutement de l'armée de terre a ouvert un site spécialement conçu pour attirer le jeune chaland, "Mode Immersion", véritable web tv qui n'a pas grand-chose à envier aux sites des émissions du type "Secret Story" (TF1).
Ainsi, chaque candidat est présenté, à coups de "ce qu'il aime" et de "ce qu'il n'aime pas". Le vocabulaire est étudié : comme à la "Star Academy", chacun explique pourquoi il veut "tenter l'aventure".
Entre autres révélations, on apprend de Cindy qu'"elle aime le rap et le r&b, en particulier Sefyu qu'elle a mis en sonnerie de téléphone" et que ce qui révolte Gaël, "c'est la violence et la discrimination".
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Quant au texte de présentation, il doit être plus familier aux habitués des blogs d'ados qu'aux réguliers des sites d'analyse de l'actualité :
Pour les non initiés, le visiteur est ici invité à "laisser un commentaire", dans la terminologie officielle des "Skyblogs". Et ça tombe bien. Pour son opération, l'armée s'est justement appuyée sur la radio Skyrock, dont la plate-forme internet fédère plusieurs centaines de milliers de blogs, rédigés pour une grande majorité par de jeunes internautes. "Nous communiquons sur internet depuis plus de cinq ans, et nous organisons tous les deux ans un partenariat avec une radio. Mais nous avons constaté que nos campagnes manquaient un peu de fond, explique le lieutenant-colonel Desgrées du Lou, chef du bureau Information communication recrutement de l'armée de terre. Nous cherchions un moyen d'apporter du fond, et Skyrock nous a proposé ce concept, qui m'a rapidement plu." |
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C'est ce partenaire de choix qui a lancé un appel à casting pour trouver des candidats, et c'est lui qui assure la promotion de l'opération sur sa plate-forme. Fin novembre, le site a été "habillé" aux couleurs de l'armée pendant une journée, et au hasard du surf sur les blogs Skyrock, on découvre encore des bandeaux de pub ou des petites vidéos renvoyant au site conçu par l'armée. Un exemple, pris au hasard : le bandeau de pub est en haut |
"Notre cible prioritaire sont les 17-24 ans, le vocabulaire et le ton sont donc volontairement orientés vers les jeunes, assume un membre de la cellule de communication chargée du dossier. Avec ce site, notre but est le même que lorsque nous accueillons des futurs soldats lors des préparations militaires : on sait que les jeunes ont souvent une fausse image de l'armée, avec une vision trop héroïque. Nous souhaitons faire prendre conscience que l'armée, c'est bien sûr un vrai métier et une cohésion rare, mais aussi le froid et la fatigue lorsqu'on dort en bivouac dans la forêt. Il est inutile de recruter des candidats qui se trompent sur ce que nous sommes..."
Voilà pour le discours officiel. Mais s'il est vrai que la vie dans "l'Army Academy" ne paraît pas toujours rose, le produit est idéalement calibré pour que l'internaute moyen puisse s'identifier à l'un ou l'autre des "personnages". Du 24 au 28 novembre, 35 courtes vidéos, de 1 à 2 minutes 30, ont été postées sur le site. Elles racontent le quotidien des six jeunes, qui ont été suivis de 6h30 à 22h30 dans leur vie à la caserne du 152e régiment d'infanterie à Colmar (Haut-Rhin), du 27 au 31 octobre. Les mini-films resteront visibles jusqu'à la fin de l'année. Diffusés sur YouTube, ils sont bien sûr conçus pour se répandre sur le réseau.
Et tous les codes de la téléréalité y sont : vie quotidienne, portraits des candidats, épreuves, "confessionnal" où l'on raconte sa journée, ses coups de cœur et ses coups de gueule... Le tout sur fond de Famas, de véhicules blindés et de rigueur toute militaire. Le clairon, lui, a été remplacé par une bande-son plus entraînante. |
"Les quatre cadreurs qui suivaient les apprentis soldats avaient clairement pour mission de créer un «effet téléréalité»", détaille Louis-Paul Ordonneau, le producteur des films. Sa société, Long Play, spécialisée dans les pubs et les clips musicaux pour internet, a remporté l'appel d'offre du ministère. "Mais j'ai aussi engagé deux réalisateurs spécialisés dans les reportages sur le terrain pour l'un, et habitué des images patriotiques et héroïques pour l'autre, indique le producteur. Je tiens à préciser que l'armée n'a rien censuré. Et pour le casting, les officiers ont tout de suite accepté que, sur les quarante candidats, nous rejetions les petits soldats bien formatés et prenions quelques candidats plutôt hostiles à l'armée."
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Images léchées, personnages aisément identifiables, mélange de scènes d'action et de vie quotidienne, baignant dans une musique rock... Les films de "Mode Immersion" correspondent d'ailleurs assez bien au cahier des charges des spots de pub diffusés récemment par l'armée de terre pour booster son recrutement. En voici un exemple, diffusé fin 2007 |
Pas de doute, l'armée est sur le chemin de la modernisation. Au point d'accepter le cœur léger de dépenser "environ 200 000 euros" dans la téléréalité ? "Il a fallu convaincre et dédramatiser en interne, reconnaît Desgrées du Lou. L'armée et les jeunes internautes sont encore deux mondes qui ne se connaissent pas, et qui ont beaucoup de préjugés les uns envers les autres. Mais il faut savoir ce qu'on veut. Pour recruter des jeunes, il faut leur parler et savoir les toucher."
"Ce projet a été mené à bien grâce à la volonté d'un tout petit groupe de personnes en charge de la communication recrutement, corrobore Ordonneau. Aujourd'hui, nous recevons des félicitations de toute part, mais je sais que les plus hautes autorités étaient très inquiètes au départ. L'armée avait peur du fantôme de «La Première compagnie»".Dans cette émission, diffusée sur TF1 en 2005 et dans laquelle l'armée n'est pas intervenue, douze semi-people jouaient à vivre dans un camp militaire de pacotille. Ils n'avaient sans doute pas fait exploser les statistiques des centres de recrutement.
le 04/12/2008





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