Anti-drogue : des gendarmes accusés de rudoyer des élèves dans le Gers
Echos sur le Net et dans la presse locale; surdité de la presse nationale![]() |
Alors que la presse nationale et les politiques s'embrasaient sur l'interpellation brutale de Vittorio de Filippis, le Net propageait des témoignages d'interventions brutales de gendarmes, accompagnés de maîtres-chiens à la recherche de drogue, dans deux établissements scolaires du Gers. Des témoignages ignorés pendant dix jours par les médias nationaux. |
L'interpellation de l'ancien PDG de Libération Vittorio de Fillipis a déclenché une série de réactions indignées de la part d'associations ou d'hommes politiques (par exemple, à l'Assemblée nationale le 1er décembre, voir notre liveblogging). Parmi elles, celle de la Ligue des Droits de l'homme, qui estime "urgent de réagir contre des dérives de plus en plus inacceptables de pratiques judiciaires et policières qui deviennent incompatibles avec l'Etat de droit". La LDH rapproche aussi cette affaire de deux autres: l'interpellation de "quelques villageois en Limousin" (ndlr, Tarnac en Corrèze où ont été arrêtées des personnes soupçonnées d'avoir commis des sabotages sur des lignes de la SNCF) et celles de "quelques dizaines de collégiens dans le Gers", soupçonnés de trafic de drogue et interpellés en pleine classe par la gendarmerie dans le collège de Marciac, cite l'AFP.
Mais si les deux premiers cas (Fillipis et Tarnac) sont bien identifiés, il est plus difficile de comprendre à quoi la LDH fait référence pour Marciac. Vous ne savez pas de quoi il s'agit ? C'est que vous avez manqué le témoignage de Zoé, élève de quatrième, témoignage qui se propage de blogs en blogs, jusqu'à atterrir, comme souvent, dans la boîte de réception d'@si.
En voici la teneur (orthographe inchangée). L'intervention de gendarmerie se situe le 19 novembre.
"(...) Soudain ,
la porte s'est ouverte, laissant entrer deux gendarmes... Enfin non, pas
exactement !!! Il y avait un monsieur chauve habillé en militaire ( le dresseur
de chien en fait !) et un gendarme très gros.
Le chauve nous a dit : « Nous allons
faire entrer un chien ! Mettez vos mains sur les tables, restez droit, ne le
regardez pas ! Quand il mord, ça pique ! » Enfin il a dit ça, à peu près... Je me
rappelle surtout du « Quand il mord, ça pique ! »
Le chien s'appelait Bigo. Bigo s'est acharné sur plusieurs sacs, en
mordant et arrachant tout ce qui dépassait. Quand à la prof, elle restait
derrière son bureau bouche bée. Le chien s'est attaqué au sac de mon
amie, à coté de moi. Le dresseur a claqué des doigts en disant : « Sortez
mademoiselle, avec toutes vos affaires ! » Elle a rangé son sac, s'est levée et
s'est apprêtée à sortir mais le dresseur l'a repris vite : « Et ton manteau ! »
Elle a rougi et emporté aussi son blouson.
Le chien vient alors sentir mon sac. Voyant que le chien ne
scotchait pas, que rien ne le retenait là, le dresseur lui a fait sentir mon
corps avant de s'empresser de me faire sortir. Dehors m'attendait une petite
troupe de gendarmes...
Me voyant arriver, ils se dépêchèrent de
finir de fouiller une autre fille. (...) Quand ils eurent fini, ils s'emparèrent de mon sac et le vidèrent sur
le sol. Un gendarme me fit vider les poches du devant de mon sac. Il vérifia
après moi. Je n'étais pas la seule élève. Avec moi, il y avait une autre fille
qui se faisait fouiller les poches par une gendarme. Ils étaient deux gendarmes
hommes à la regarder faire. Le Gendarme qui fouillait mon sac vida ma trousse,
dévissa mes stylos, mes surligneurs et cherchait dans mes doublures.
C'était à mon tour ! La fouilleuse me fit
enlever mon sweat sous le regards des deux autres gendarmes.....
"On dirait qu'elle n'a pas de hasch, mais avec sa tête, mieux vaut bien vérifier"
Je décris : Un gendarme à terre
disséquait mes stylos, un autre le surveillait, un autre qui regardait la
fouilleuse qui me fouillait et le reste de la troupe dehors. Ne trouvant rien
dans ma veste, elle me fit enlever mes chaussures et déplier mes ourlets de
pantalon. Elle cherche dans mes chaussettes et mes chaussures. Le gars qui nous
regardait, dit à l'intention de l'autre gendarme : « On dirait qu'elle n'a pas
de hash mais avec sa tête mieux vaut très bien vérifier ! On ne sait jamais... » (Le père de Zoé a expliqué à @si qu'elle est coiffée avec "une petite tresse colorée" et "un petit piercing dans le nez", ndlr) Ils ont souri et la fouilleuse chercha de plus belle ! Elle cherche dans les
replis de mon pantalon, dans les doublures de mon tee shirt sans bien sûr rien
trouver. Elle fouilla alors dans mon soutif et chercha en passant ses mains sur
ma culotte ! Les gendarmes n'exprimèrent aucune surprise face à ce geste mais
ce ne fut pas mon cas !!!!!! Je dis à l'intention de tous « C'est bon arrêtez,
je n'ai rien !!!! » La fouilleuse s'est arrêtée, j'ai remis mon sweat et mon
fouilleur de sac m'a dit : « tu peux ranger ! ». J'ai rebouché mes stylos et
remis le tout dans mon sac et suis repartie en classe après avoir donner le nom
du village où j'habite."
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Le témoignage, écrit sur un ton spontané, a été envoyé par le père de Zoé à tout son carnet d'adresse ainsi qu'à des associations de parents d'élèves, des syndicats et au Canard enchaîné. La mayonnaise a pris très vite : de très nombreux blogs ont relayé l'information (comme le montre cette recherche sur google blogs).
Exemple, le blog "effraie" relaie le témoignage et s'interroge : "A partir de quel moment doit-on considérer que l'on vit dans un régime policier" ?
Concernant la drogue dans le collège, les gendarmes ont fait chou blanc. |
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Sur le net, le témoignage de Zoé est souvent associé à un autre: celui d'un professeur. Même département, autre établissement : c'est à l'école des métiers d'Auch, un centre de formation des apprentis, que des gendarmes ont effectué la semaine dernière un contrôle, là aussi accompagnés de maîtres-chiens.
Là aussi, un témoignage tourne sur les blogs. Il s'agit de celui d'un professeur de l'établissement, Patrick Poumireau. Quelques extraits:
"Je fais cours quand, tout à coup, sans prévenir, font irruption dans
le lieu clos de mon travail quatre gendarmes décidés, accompagnés d'un
maître-chien affublé de son animal. Personne ne dit bonjour, personne
ne se présente. Sans préambule, le chien est lancé à travers la classe. (...) Les jeunes sont choqués, l'ambiance est lourde, menaçante,
j'ouvre une fenêtre qu'un gendarme, sans rien dire, referme
immédiatement, péremptoirement. Le chien court partout, mord le sac
d'un jeune à qui l'on demande de sortir, le chien bave sur les jambes
d'un autre terrorisé, sur des casquettes, sur des vêtements. (...) Des sacs sont vidés dans le couloir, on fait
ouvrir les portefeuilles, des allusions d'une ironie douteuse fusent.
Ces intrusions auront lieu dans plus de dix classes et dureront plus
d'une heure. Une trentaine d'élèves suspects sont envoyés dans une
salle pour compléter la fouille. Certains sont obligés de se déchausser
et d'enlever leurs chaussettes, l'un d'eux se retrouve en caleçon.
Parmi les jeunes, il y a des mineurs. Dans une classe de BTS, le chien
fait voler un sac, l'élève en ressort un ordinateur endommagé, on lui
dit en riant qu'il peut toujours porter plainte. (...) Ce qui m'a frappé, au-delà de
l'aspect légal ou illégal de la démarche, c'est l'attitude des
gendarmes: impolis, désagréables, menaçants, ironiques, agressifs,
méprisants, sortant d'une classe de BTS froid-climatisation en disant:
«Salut les filles! » alors que, bien sûr il n'y a que des garçons,
les félicitant d'avoir bien «caché leur came et abusé leur chien ».
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A l'école des métiers d'Auch, les gendarmes ont découvert 39 grammes de résine de cannabis, dont 32 sur un seul élève. Selon une journaliste de la Dépêche contactée par @si, c'était le 25e contrôle de ce type depuis le début de l'année.
Dans les deux cas, le comportement des gendarmes est mis en cause. Mais contrairement à l'interpellation musclée de Filippis, et malgré une forte mobilisation d'internet, ces événements sont passés au travers des mailles des médias nationaux jusqu'au 2 décembre. Leur publication dans L'Humanité a alors notamment été reprise dans la revue de presse de France Info. Trop anodins ? Situés trop loin des rédactions parisiennes ?
le 02/12/2008






Article de la dépêche du midi du 20 novembre 2008