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L'Etat, c'est Nous
Interventions directes dans les affaires qui le concernent, ou concernent les amis, acharnement contre les adversaires, comme Dominique de Villepin: sur l'appropriation de l'Etat par Nicolas Sarkozy, de Clavier à Pérol, en passant par Nicole Choubrac, @si vous dit tout.
Publié le 26/11/2008  Alimenté le 29/01/2010
observatoire le 26/11/2008 par Justine Brabant

Villepin en correctionnelle : silence médiatique sur le décret providentiel

La confrontation entre Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin dans le cadre de l'affaire Clearstream a tout pour faire parler d'elle : elle va voir s'opposer, dans un prétoire, un président de la République partie civile, à un prévenu ancien Premier ministre.

Malgré l'enjeu, un élément d'importance a été peu relevé par les médias : un très opportun décret signé par Nicolas Sarkozy, qui a permis à l'instruction d'aboutir.

Un renvoi en correctionnelle inattendu, qui hypothèque sérieusement l'avenir politique de Dominique de Villepin : c'est, globalement, ce que le téléspectateur ordinaire aura retenu des conclusions de l'enquête sur l'affaire Clearstream.

Ecoutez par exemple le sujet diffusé sur TF1 le 19 novembre picto

Sur France 2, qui consacrait également un sujet au renvoi en correctionnelle de l'ancien Premier ministre, même son de cloche. "Il y aura bien un procès, et Dominique de Villepin en sera un des prévenus", souligne Pujadas, avant de lancer une rétrospective qui insiste sur le caractère inattendu de la décision et la rivalité qui oppose les deux têtes d'affiches du procès à venir.

Car, comme le souligne François Bayrou dans le sujet de TF1, il pèse un "lourd parfum de règlements de comptes" dans cette affaire. Et un élément, que les jités n'ont pas mentionné, aurait été particulièrement à même de l'illustrer. Il s'agit de la petite histoire d'un décret présidentiel ... très opportun (Daniel Schneidermann le relevait ici).

Pour bien comprendre, il faut revenir quelques semaines en arrière. Le 7 octobre, à l'issue de l'enquête des juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons, le parquet de Paris requiert un renvoi en correctionnelle de Dominique de Villepin pour "complicité de dénonciation calomnieuse" dans l'affaire Clearstream. Le parquet estime notamment que Villepin a eu connaissance du "caractère fallacieux" des listings bancaires adressés par "le Corbeau" Jean-Louis Gergorin (un proche de Villepin) à la justice en 2004.

Mais ce n'est pas le parquet qui décide du renvoi en correctionnelle : celui-ci doit être notifié par une ordonnance de renvoi, signée des juges saisis (ici, d'Huy et Pons). Cette ordonnance ne peut intervenir qu'un mois après les réquisitions du parquet, afin de laisser aux parties un délai pour formuler d'éventuelles "informations complémentaires". Autrement dit, dans l'affaire qui nous concerne : d'Huy et Pons, sous réserve qu'ils confirment le renvoi en correctionnelle (ce qui a effectivement eu lieu), ne peuvent le faire avant le 7 novembre.

Quel rapport avec un décret signé par Sarkozy ? Il se trouve que, le 7 novembre, Pons n'aurait pu, sans intervention présidentielle, continuer à occuper ses fonctions de juge dans l'affaire Clearstream. Et pour cause : il a été décidé, courant août, de sa nomination à la cour d'appel de Montpellier, où il devait prendre son poste ... le 3 novembre. Patatras : à quelques jours près, il ne lui est plus possible de signer l'ordonnance de renvoi de Villepin. Légalement, d'Huy peut signer seul l'ordonnance en tant que "premier saisi", mais on voit mal le tandem de magistrats instructeurs se désintégrer dans le sprint final.

C'est sans compter un décret présidentiel – providentiel ?. Paru le 1er novembre au Journal Officiel, le texte, signé de la main de Nicolas Sarkozy, prolonge de 17 jours les fonctions de Pons ... qui peut ainsi signer, le 18 novembre, avec son collègue d'Huy l'ordonnance de renvoi (ordonnance qui sera donc à l'origine des sujets de journaux télévisés sus-cités).

Comment réagit l'ancien Premier ministre à ce petit stratagème ? Comme on peut l'imaginer, il y goûte peu. Villepin dénonce "l'instrumentalisation de la justice" par Sarkozy, et décide le 7 novembre de saisir le Conseil d'Etat pour réclamer l'annulation du décret prolongeant Pons dans ses fonctions. Son avocat, Yves Richard, considère que "les circonstances de cette prolongation de fonctions, à quelques jours de l'échéance de la procédure, ne peuvent qu'affecter la sérénité et l'indépendance de l'institution judiciaire", et juge que "l'engagement actif, personnel et public de la partie civile dans l'affaire Clearstream simultané à l'usage de pouvoirs présidentiels dans la même procédure" constitue "un détournement de pouvoirs".

 

Qu'ont retenu les médias de cette accusation de détournement de pouvoir ?

Les journaux télévisés se sont plongés dans un profond mutisme, à l'exception de TF1, où Claire Chazal s'est fendue d'une brève, le 7 novembre.

picto 12 secondes, montre en main

"Dominique de Villepin a saisi aujourd'hui le Conseil d'Etat pour obtenir l'annulation d'un décret présidentiel reportant la nomination à Montpellier d'un juge de l'affaire Clearstream dans laquelle Nicolas Sarkozy est partie civile" : on salue le sens de la synthèse de la présentatrice, mais on imagine le scepticisme du téléspectateur non initié.

La presse écrite a été un peu plus loquace : le 8 novembre, Libération et Le Figaro signalent la saisine du Conseil d'Etat par Villepin, et évoquent à nouveau le sujet le 24 novembre, lorsque celui-ci produit un mémoire pour étayer ses accusations.

Mais, à l'image du Figaro ...

qui consacrait le 20 novembre une Une à la carrière compromise de l'ancien Premier ministre picto

... la presse a globalement préféré traiter du renvoi en correctionnelle en lui-même (et de ses conséquences pour Villepin), que de l'utilisation par Nicolas Sarkozy de ses prérogatives présidentielles pour intervenir dans une affaire où il est partie civile.


> Cliquez sur l'image pour un gros plan <

Mise à jour, 26 novembre 2008, 18 heures

Suite à une - judicieuse - remarque sur nos forums, nous vous signalons l'article de de Mediapart, publié le 4 novembre : "Affaire Clearstream : Villepin attaque le providentiel décret présidentiel".

Mots-clés : détournement de pouvoir, Sarkozy, vengeance, Villepin



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Commentaires
"L'Etat, c'est nous" : pourquoi un nouveau dossier
"Que peut-il ? Tout. Qu'a-t-il fait ? Rien. Avec cette pleine puissance, en huit mois un homme de génie eût changé la face de...
Par COMPUNET
le 26/11/2008
Villepin, et le décret providentiel
j'ai complètement oublié les décorations pour Desmarais et son demi frère chez Carlyle... j'ai zappé l'enterrement première...
Par To
le 20/11/2008
Villepin, et le décret providentiel
en même temps je ne comprends toujours pas que personne ne se soit jamais ému de la présence absurde du candidat sarkozy au ...
Par To
le 20/11/2008
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