Des "mamans blogueuses" à la rescousse d'une mère sans domicile
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Julie Lacoste vit à Paris avec ses deux enfants, mais n'a pas de domicile fixe. Pour raconter sa précarité et sa lassitude, elle tient un blog. Depuis quelques jours, et la publication d'un article du Monde à son sujet, elle est devenue l'objet de beaucoup d'attentions de la part des médias. Mais avant eux, un véritable réseau de "mamans blogueuses" avait tenté d'aider la jeune femme. Un extrait de l'article paru dans Le Monde daté du 15 novembre |
Son premier post, daté du 6 septembre, s'appelle simplement "Présentation". Julie Lacoste y explique : "Je vis seule avec deux enfants de 2 et 6 ans et je suis sans logement depuis plus de sept mois. J'attends depuis quatre ans un logement social de la mairie de Paris qui ne semble jamais vouloir venir. J'ai dû quitter l'appartement que nous occupions en janvier dernier. Depuis, nous avons habité chez des amis et depuis huit jours je trimballe mes enfants de logements d'urgence en appartements de secours."
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Dans ce contexte d'incertitude, la jeune femme décide d'ouvrir un blog.
Intitulé "Un temps de retard", c'est un "petit journal de bord", "pour que tout le monde comprenne ce que ça veut dire concrètement, d'être sans logement aujourd'hui à Paris". Déménagements successifs, démarches administratives, moral de la famille y sont rapportés, semaine après semaine.
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Les premiers commentaires affluent. D'où viennent-ils ? Le bouche à oreille semble opérer dans une partie du net bien particulière : les "blogs de mamans", où des mères de famille racontent leur quotidien. Le 28 septembre, un premier lien, sur "La mare enchantée". Le 24 octobre, "D-day" et "Tous les jours dimanche", plus fréquentés, prennent le relais. Marion Le Hir de Fallois, l'auteur de "Tous les jours dimanche", enjoint ses lecteurs à lire "Un temps de retard" : "Cette jeune femme écrit tellement bien son quotidien qu’il faut d’abord aller la lire. Pour toutes celles qui n’ont même pas de plume pour s’exprimer, pour celles que la gêne étouffe et qui n’osent pas parler."
Non seulement elle invite à aller lire le blog de Julie, mais la blogueuse propose aussi d'envoyer une lettre-type à Daniel Vaillant, député-maire du 18 ème arrondissement, dont Julie a déjà essayé d'attirer l'attention en vain : "Julie m'a donné son accord, alors je vous propose d'envoyer un courrier à son député pour lui demander de la recevoir et d'agir pour elle. Le courrier est rédigé."
La blogueuse explique à @si : "Une lettre, c'était la seule chose que je pouvais faire, et il m'a semblé que c'était une façon un peu élégante d'aider Julie. J'ai été assistante parlementaire, et je me suis dit que si le député recevait beaucoup de lettres, ça risquait d'attirer son attention."
Dans un premier temps, la lettre-type n'est pas publiée telle quelle sur le net pour ne pas révéler l'identité de Julie ; Marion propose de l'envoyer à qui veut sur simple demande. Le week-end suivant la parution de son billet 150 personnes la contactent. Un mail (dont on retrouve la trace là et là) commence bientôt à circuler, avec l'adresse mail personnelle du député-maire Daniel Vaillant, et la lettre-type que voici :

Pourquoi s'arrêter là ? Le 25 octobre, le blog "Au fil des choses" reprend l'idée de Marion Le Hir de Fallois et la complète : "Marion propose d'écrire collectivement aux élus, je propose également de contacter toujours collectivement les médias, en se regroupant ici ou ailleurs, peu importe pourvu que nous fassions quelque chose." Dans les commentaires, on suggère de se tourner vers la presse féminine : "Je pense que ça peut aussi valoir le coup de contacter pour elle, mais avec son accord bien sûr, Elle, ou(et ?) Marie-Claire ou(et ?) encore DS."
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D'un blog à l'autre, la mobilisation prend une ampleur impressionnante.
Sous ce seul post, une cinquantaine de commentatrices se proposent d'envoyer la lettre-type à Daniel Vaillant. Une recherche rapide sur le net, avec pour mots-clés "Julie" et "Un temps de retard" permet de retrouver une vingtaine de blogs (la plupart sur la plate-forme "Canalblog") qui se sont fait écho de la situation de la jeune femme.
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Dans le même temps, Julie Lacoste est convoquée à la permanence de Daniel Vaillant, et raconte sur son blog la déroute de l'attaché parlementaire qui la reçoit : "Il a ressorti mon vieux dossier et il m'a montré toutes les lettres qu'ils ont reçues ces derniers jours. Il m'a proposé d'en lire quelques unes et m'a demandé s'il pouvait regarder le blog. Je lui ai dit bien sûr, je lui expliqué que c'était public et que si j'ai décidé de le faire, c'est aussi pour informer les gens comme lui de la situation des gens comme moi... Je lui ai montré comment le lire. (...) A un moment il m'a demandé : "Mais pourquoi on ne vous a pas donné de logement ?" (...) Je lui ai répondu que c'était précisément pour poser cette question que j'étais là."
Le Monde s'en mêle
Une lettre – encore une – va faire avancer la situation de la mère SDF. Une internaute qui vit en Angola, Tiphaine Oliveira Reis, a la bonne idée de contacter Le Monde, auquel elle est abonnée, pour recommander la lecture de "Un temps de retard". Les journalistes du quotidien suivent ce conseil, et après avoir lu le blog, décident de contacter Julie. Résultat : le vendredi 14 novembre, un pavé est lâché dans la mare médiatique. "Moi, Julie, mère SDF et blogueuse", un long article de Béatrice Gurrey, raconte l'histoire de la jeune femme en page 3 du quotidien.
Le reportage draine un nombre impressionnant d'internautes sur le blog de Julie. Son dernier billet est suivi de 250 commentaires. Dans leur grande majorité, ce sont des manifestations de soutien, voire des propositions d'aide matérielle.
Mais dans le lot, on trouve aussi des messages de journalistes souhaitant entrer en contact avec elle. Deux d'entre eux proviennent de chaînes de télévision, France 2 et M6, qui souhaitent faire des reportages :
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Un troisième journaliste laisse un commentaire vendredi dans la soirée. Il travaille pour le service télévision de l'AFP, et explique : "Je viens de lire tout votre blog et bcp des commentaires, l'article du Monde aussi, c'est vrai que votre combat et toute la solidarité qu'il suscite sont très touchants."
Lui aussi souhaite rencontrer Julie "dans le but de faire un petit reportage"
Les commentaires sont publics, mais tous les journalistes laissent leur numéro de téléphone. |
Avalanche de sollicitations
Ces trois messages sont seulement une petite partie des sollicitations reçues par Julie Lacoste à la suite de l'article du Monde. La jeune femme, qui a accepté de rencontrer @si, raconte cet impressionnant déferlement :
"J'ai reçu énormément de mails, de nombreux commentaires sur mon blog. Ce qui m'a le plus surprise, c'est que d'autres journalistes proposent de me rencontrer." Et pour cause : depuis la parution de l'article, France 2, France 3, M6, France Inter, le service télévision de l'AFP, 20 minutes et Paris-Match ont souhaité faire un reportage sur Julie. Sans compter Libération, qui l'a contactée au moment où l'article du Monde était en préparation, ainsi que "plusieurs éditeurs" intéressés par son histoire. Julie a pour l'instant décliné toutes ces propositions : "Je ne veux pas m'afficher, explique-t-elle, ça me fait plutôt peur. Déjà pour l'article du Monde, je ne voulais pas que la photo soit un gros portrait. Je travaille dans une bibliothèque, et j'imaginais déjà les étudiants ouvrir le journal, puis lever la tête et me regarder ..."
Cette ébullition médiatique est d'autant plus surprenante pour la jeune femme que "la blogosphère" lui était encore inconnue il y a quelques mois : "Au départ, je souhaitais juste écrire chaque semaine (sans la rendre publique) une lettre à Daniel Vaillant, pour lui raconter ce que je vivais. Je voulais changer des lettres purement administratives ; j'avais l'impression que de toutes façons elles terminaient sur un tas de dossiers." C'est alors que son frère lui suggère d'ouvrir un blog. Julie est sceptique : "Je n'étais pas sure de vouloir que tout le monde puisse lire ma vie. Et puis je ne voyais pas comment les gens pourraient tomber dessus ... je n'ai toujours pas compris d'ailleurs."
Lorsque, grâce au bouche à oreille, Le Monde a vent de son histoire et lui propose un article, Julie se dit que cela pourrait l'aider. "C'est un grand quotidien, et puis c'est le plus politique aussi." Politique ? "Oui, précise-t-elle, il est lu par les politiques, les élites."
De fait, l'article a attiré l'attention de quelques organisations : "J'ai eu un message de l'université [dont dépend la bibliothèque où elle travaille, ndlr], et puis de syndicats de la fac qui m'ont dit qu'ils pouvaient essayer de faire avancer les choses." "Parmi les réactions, il y a aussi eu certaines personnes qui m'ont conseillé de me faire porte-parole des gens dans mon cas, ajoute Julie, mais je n'en ai ni le temps ni l'envie. Ca n'est pas dans mon tempérament."
Pour l'heure, la blogueuse n'a pas eu de nouvelles supplémentaires concernant son dossier de logement.
le 20/11/2008







