"Je ne veux pas de ces miliciens chez moi"
Le gouvernement veut "repérer les leaders d'opinion" sur le Net : les @sinautes partagés![]() |
Sur le sujet, les @sinautes sont partagés. Normal et pas vraiment choquant pour certains, flicage insupportable pour d'autres : voici deux contributions du forum qui nourrissent le débat. |
D'abord, l'avis d'un professionnel de la veille, Jean-Dominique Quien :
"Je suis avec intérêt depuis quelques semaines cette polémique bizarre sur les appels d'offres de l'administration concernant la "surveillance" du net, de la presse, et des médias en général. A rapprocher d'ailleurs avec le coup de projecteur lancé par l'équipe d'@si sur l'abonnement du M. Internet de l'Elysée à notre site préféré.
Je dis que je la suis avec intérêt, parce qu'il se trouve que je dirige une entreprise prestataire de ce genre de services. J'apporte évidemment cette précision par souci de transparence.
Et je la quailfie de bizarre parce que, nonobstant tout intérêt
personnel dans l'affaire, j'ai vraiment du mal à saisir où est le
scandale. Tous ces gens qui écrivent dans la presse, sur Internet, qui
critiquent ou encensent telle ou telle mesure du gouvernement, qui
interpellent, donnent leur avis, vous tous qui écrivez ici, sur le
forum d'@si, vous voudriez que surtout le gouvernement ne vous lise
pas? Que surtout il n'entende pas ce que vous avez à dire ? Vous
aimeriez qu'il n'essaie pas, ce gouvernement, ou tout autre
gouvernement, de traiter les médias en général, et Internet en
particulier, comme une formidable caisse de résonance de l'opinion ? De
s'en servir pour savoir ce que vous pensez ? Mais au fait, dans ce cas,
pourquoi écrivez vous?
Reprocherait-on à DS de scruter de près les forums d'@si pour
tenter de comprendre ce qu'attendent les abonnés et adapter en
conséquence l'offre d'@si? Lui reprocherait-on d'aller surveiller les
sites concurrents pour mieux cerner les raisons qui motivent ceux qui
n'ont pas encore pris un abonnement à @si?
Bref, en soi, l'appel d'offres de l'éducation nationale ne pose à
mon sens aucune difficulté. Il s'agit, à partir de l'observation du
net, de dégager des grandes tendances de l'opinion et d'alerter sur les
thèmes émergents le plus tôt possible afin que l'administration se
laisse le moins possible surprendre par une polémique.
Bien évidemment, je ne suis pas naïf. Je sais bien qu'une telle
pratique peut donner lieu à des dérives importantes. Mais celle-ci est
liée à un unique critère : celui de la personnalisation des
informations. Tant que l'on est sur des tendances, sur du volume, sur
de l'analyse en termes de thématiques, d'opinion, on est là dans une
démarche classique adoptée depuis des lustres aussi bien par
l'administration que par les entreprises, à des échelles variées, dont
les sondages sont un autre avatar. En revanche, si les informations
collectées étaient, d'une manière ou d'une autre, liées à des
individus, afin de documenter ce que untel ou unetelle pense de tel ou
tel sujet, là il y aurait matière à s'inquiéter.
S'exprimer, c'est sortir du bois
Nous n'en sommes pas encore là dans le cadre de ces appels d'offre, mais il est évident que la révolution Internet, en donnant à chacun la possibilité de s'exprimer sous son nom sur un média accessible au plus grand nombre ouvre également de vastes questions en matière de respect de la vie privée. S'exprimer, d'une certaine manière, c'est sortir du bois, et s'exposer à ce que notre expression nous échappe et soit exploitée et utilisée à des fins que nous n'avions pas prévues. Il faut être conscient de cela avant de faire le choix de livrer sur Internet des informations personnelles"
Suite à ce message, un autre @sinaute, Marc Rolland, le renvoie à la présentation des objectifs de l'appel d'offre, qui indique qu'il vise à "Repérer les leaders d’opinion, les lanceurs d’alerte et analyser leur potentiel d’influence et leur capacité à se constituer en réseau". "Il semble donc que nous en soyons bel et bien "là", mon cher Jean-Dominique. A moins que le mot "Repérer" n'inclut pas le nom de la personne décrétée comme "leader", lance Marc Rolland.
Réponse de l'intéressé : "J'entends bien. Cela dit, les leaders d'opinion encore une fois,
assument ce rôle et il s'agit de surveiller leurs écrits publics, leurs
prises de position, leurs interventions. Pas leur vie privée ou les
informations que ces gens ne souhaitent pas rendre publiques. Je ne
vois pas de problème à ce qu'un gouvernement cherche à collecter toutes
les interventions publiques d'un acteur "important" de l'opinion à fin
d'analyse. Cela n'a rien de nouveau et, à mon sens, rien de choquant.
Non, la frontière à ne pas franchir est la démarche qui
consisterait à tenter d'identifier toute personne intervenant de
manière plus ou moins significative sur le net, et à enclencher à
partir de là une démarche de collecte d'informations aussi bien
publiques que privées. Ces appels d'offres n'ont, encore une fois,
absolument rien à voir avec cela. Je ne mettrais pas pour autant ma
main à couper que certains services ne travaillent pas dans ce sens
mais je doute qu'ils publient un jour le moindre appel d'offres à ce
sujet."
L'@sinaute SB, de son côté, remporte les suffrages du forum avec une contribution beaucoup plus méfiante :
"Mais c'est quoi, un gouvernement à la fin ?! Qu'est-ce que ce
gouvernement là ? Une entité, une déité sans visage au même titre que «
la crise » ou « le système »... qu'il faudrait craindre, révérer, servir
? Ou un groupe précis d'individus, faillibles, avec noms,
adresse...Qu'est-ce que ce gouvernement là qui s'intéresserait à la
"surveillance" du net, de la presse, et des médias en général ?
Je ne
travaille pas dans les médias et pourtant j'ai conscience que cette
question de surveillance des médias me concerne désormais également
encore plus qu'avant, ne serait-ce que parce que la manière dont
l'armée des ombres, des anonymes, des inconnus, des « petits de ce
monde » va lutter dans les années à venir pour défendre sa liberté
d'expression sur ce nouveau terrain qu'est Internet va influencer très
directement la liberté de la presse et des médias, lesquels m'ont parut
si long à vouloir du web, puis exagérément comme si les places
s'offraient à peu d'élus, enfin s'interrogeant sur un gratuit néfaste
que j'ai peu vu en ce qui me concerne, ma connexion, mes services web
étant payants... J'ai conscience également que si la presse télé,
écrite, web... ne veut pas défendre sa liberté, que ce soit par peur ou
en se laissant acheter, les anonymes auront à défendre leur liberté
d'expression plus chèrement sur le web.
Si j'écris sur le web, c'est bien plus que pour être lu, vu,
entendu... pour communiquer avec mes semblables - car je sais que l'on
ne peut rien accomplir seul - et non pour acquérir ou maintenir un
pouvoir forcément exorbitant s'il est privilège, pas non plus pour
fournir à un gouvernement des pistes, des idées... à titre gracieux (!)
et qui pourraient lui permettre de conserver un pouvoir sans trop se
fatiguer avant je ne sais quoi, ses prochaines vacances au ski,
peut-être.
Si j'écris sur le web, c'est qu'il y est souvent question de
mes propres conditions de vie et non de vagues débats dans lesquels il
s'agit de briller intellectuellement pour mieux servir sa carrière.
Ainsi comment les médias ont-ils pu reprendre et si souvent, sans
plutôt le hurler et s'y arrêter en ayant enfin compris qu'ils tenaient
là quelque chose qui méritait ce temps donné, le terme de « travailleur
pauvre » ? Et quand est-ce que les citoyens pourront être consultés
pour ce qui les concernent autrement que par des sondages quant il
s'agit de nos droits parfois les plus élémentaires et pas de notre
marque de chips préférée. Personnellement, je ne veux pas sous prétexte
de voir « moderniser les règles du travail » (sic-entendu à la télé)
voir reculer des droits chèrement acquis par des générations
précédentes, soit je ne veux pas avoir la « liberté » de travailler «
plus », que ce soit plus longtemps, plus souvent, pour pouvoir à
nouveau vivre d'un travail qui en fait vivre d'autres d'ores et déjà,
mais à qui pose-t-on la question ? Et qui la pose, cette question ?
Un douteux besoin de contrôle
Je
ne suis pas payée pour communiquer sur le web mais je communique sur le
web. Je ne suis pas payée pour communiquer sur le web, je paye pour le
faire. Je n'ai pas pour profession de m'exprimer mais je m'exprime. Je
tiens très peu de place mais j'existe tout de même. C'est peut-être
déjà trop mais c'est ainsi. Une mise sous surveillance, d'autorité, me
paraît sans naïveté être un douteux besoin de contrôle, vu que moi
comme des milliers d'autres gens, je ne surveille personne. Alors qui
surveille qui ? Qui surveille quoi ? Qui finance quoi ? Qui a discuté
de cela et avec qui ? J'espère qu'il ne m'en coûtera rien de le dire
car il faut que ce soit ainsi, je n'ai pas voté pour ce président là et
ne le ferais certainement pas à l'avenir si le choix m'était à nouveau
posé. Dois-je en passant saluer tout un terrier ?
Aussi et à moins que mes écrits démontrent que j'ai l'intention de
faire sauter la Tour Eiffel pour lui faire payer son allure d'antenne,
évoquant enfin cette menace terroriste qui justifie tout et n'importe
quoi, je ne veux pas de ces miliciens chez moi, de ces grandes oreilles
de lapins, ma maison n'est pas un clapier. Je refuse absolument de
sur-financer une milice sous prétexte qu'elle existait avant, une
police forcément politique puisque faisant suite à une élection et
servant un gouvernement en l'occurrence, sans aucune ambiguïté, de
droite. Les fonctions et les individus sont deux choses différentes, à
ceux qui les incarnent de les rendre respectables par leur propre
comportement et propos car aucune surveillance ne m'empêchera, moi, de
les siffler si le cœur m'en dit, ces lièvres là après les avoir
débusqués. Tout comme de refuser de me lever le matin pour financer ce
soit disant service public qui n'est au service que de lui-même quand
il contrôlerait avant tout ce qui se dit sur lui.
Je n'ai pas pour profession d'écrire sur le web mais j'écris sur le web. Je n'ai pas pour profession de m'exprimer mais je m'exprime. Je n'ai pas pour profession d'avoir des droits mais je n'ai pas l'intention de les céder à des gens qui ne représentent pas grand chose à force de se sentir eux-mêmes si éloignés de moi qu'ils me surveillent, me fichent.... Drôle comme la liberté me va bien, à moi, tellement bien que je la garde et que je serais prête à la défendre bec et griffes. Je ne confondrais jamais contrôle et sécurité, j'aurais plutôt tendance et parce que je préfère réfléchir plutôt qu'obéir, à confondre contrôle et pouvoir. Il y a tant de mots qui évoquent la sécurité, la « confiance » par exemple, confiance que je me ferais un plaisir de refuser à ceux là qui oseraient vérifier la mienne en permanence, faute de la mériter."
le 22/11/2008
le 12/11/2008
le 11/11/2008

