@si décrypte "L'argent-dette" pour les internautes de Dailymotion
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Pour la première fois, Dailymotion sollicite un site d'information pour accompagner la diffusion d'une vidéo controversée. Nous avons choisi de nous associer avec la plateforme de diffusion, pour décrypter "L'argent-dette", un film dont nous avons déjà largement parlé ici et là. Que nos abonnés ne s'offusquent pas de retrouver dans cet article les arguments qui ont déjà été développés dans deux contenus et une émission : le temps d'un week-end, ce texte sera accessible à tous les internautes curieux d'en savoir plus sur le film de Paul Grignon. |
Quant aux fondus de Dailymotion qui se retrouvent pour la
première fois sur @si, laissez-nous vous souhaiter la bienvenue. Et une bonne lecture...
Depuis
début octobre, L'argent-dette séduit sur la
toile un public hétéroclite. L'objet de ce film? Expliquer, de
manière très ludique, le mécanisme par lequel les banques privées créent "de
l'argent qui n'existe pas".
Pour "café-croissant", sur Agoravox,
le film de Paul Grignon est une "vidéo pédagogique incontournable"
; pour Nicolas Cori, journaliste de Libération auteur du blog "Les cordons de la bourse", "on se sent
vraiment intelligent" après l'avoir visionné. L'argent-dette a également attiré l'attention de Rue89, site qui prend ses
distances avec cette vidéo considérée comme "conspirationniste" et
tendancieuse.
Pour
y voir plus clair, @rrêtsurimages.net vous propose un parcours guidé à travers
cette vidéo.
L'argent-dette est une adaptation française du film original de Paul Grignon (Money as debt), réalisée par Bankster.tv.
La
vidéo de Grignon vise à expliquer l'idée suivante : dans notre système
monétaire contemporain, les banques prêtent de l'argent qu'elles n'ont pas.
Elles créent de l'argent à partir de promesses de remboursement, autrement dit,
à partir de dettes. "Comment ce « miracle bancaire » est-il possible ?",
s'interroge Grignon.
Acte 1 : Il était un vieil orfèvre
Pour
expliquer ce tour de passe-passe, il faut remonter aux origines du système
bancaire. La vidéo met en scène un orfèvre médiéval, dans une ville qui ressemble à Venise. La "petite allégorie historique sur les
banques" est présentée pendant une dizaine de minutes (de 03'50 à
11'20). Grignon y dépeint, à grands traits, la naissance du capitalisme
financier.
Attention,
tout de même, soulignent les spécialistes: si la vidéo est éclairante,
elle simplifie à l'extrême le processus historique de développement des banques
(comme l'explique l'émission d'@rrêt sur images).
Acte 2 : Le système monétaire contemporain
L'auteur
nous plonge ensuite dans l'économie d'aujourd'hui. Fondamentalement, le système
mis en place grâce à la ruse du vieil orfèvre fonctionne toujours. Mais les
banquiers vont réussir – avec l'appui des politiques, d'après l'auteur du film –
à se débarrasser de l'étalon-or et à contourner les régulations.
Conclusion (provisoire) : la création monétaire des banques privées a pour seul borne les
limites légales que voudront bien mettre en place les gouvernants.
Acte 3 : Un exemple concret
Pour
mieux démontrer la toute-puissance des banques dans un tel système, Grignon
prend "un exemple concret" de banque nouvellement créée. De 14'40 à
19' 00, on suit les affaires florissantes de ses dirigeants. Dotée par ses
investisseurs d'un capital de 1111,12 dollars à sa création, la banque finira
par récolter des intérêts sur 100 000 dollars qu'elle n'a jamais possédés.
La
vidéo insiste sur le point suivant : "Quand on signe les papiers d'un
emprunt ou d'une hypothèque, la seule chose réelle est notre reconnaissance de
dette. Cette reconnaissance est garantie par nos actifs, qui seront confisqués
si on ne peut pas payer les remboursements."
Vrai ?
Faux ? Certains économistes (dont Alexandre Delaigue, du blog Econoclaste,
invité sur le plateau d'@rrêt sur images)
soulignent que le prêt est un service
rendu par les banques, qui permet d'acquérir des biens réels: une
voiture, un logement ... La présence d'un taux d'intérêt se justifie
alors par le service rendu : cette mise à disposition d'argent.
Acte 4 : En finir avec la "dette
perpétuelle"
A
partir de 26' 30, Grignon avertit son public : il faudra toujours des dettes
pour payer les dettes précédentes, puisque elles seules sont créatrices
d'argent. Pour changer ce système destructeur, l'auteur présente une variété d'options, détaillées en
partie dans la vidéo (de 37'38 à 44'05).
Sommes-nous
réellement condamnés à cette "dette perpétuelle", comme le dit
Grignon ?
Oui, si l'économie continue de se donner pour finalité la
croissance. Pour sortir de l'engrenage de la dette perpétuelle, une
solution à ses yeux: opter pour la croissance zéro, ou même la
décroissance. Partisan de la décroissance, Grignon
insiste sur ce point. D'autres économistes, dont la plupart des
libéraux, soulignent que la
dette est nécessaire à la création de richesse. Parallèlement, à leurs
yeux, la
croissance (le "gâteau qui grossit") permet de "remettre les
compteurs à zéro" et justifie la création d'argent (tout en rendant la
dette indolore).
Acte 5 : les présidents assassinés
Dans
cette dernière partie, Grignon délaisse l'économie et la pédagogie. Il entend
dénoncer et dévoiler. Qui, quoi ? Le "pouvoir invisible" qui
nous trompe : "ce qu'on appelle démocratie et liberté sont devenus en
réalité une forme ingénieuse et invisible de dictature économique."
Aujourd'hui,
"presque tout le monde sur la planète est enchaîné à un dette
grandissante", constate Grignon, avant de poser la question
ultime : "Est-ce que tout cela serait arrivé purement par accident, ou
est-ce qu'il y aurait ... conspiration ?"
La
dernière citation du film défile sur fond noir et musique inquiétante : "Seuls
les petits secrets ont besoin d'être protégés. Les grands sont tenus secrets
par l'incrédulité du public." (McLuhan, théoricien de la
communication)
Cette
dernière partie de la vidéo pose plusieurs questions.
D'abord
autour du ton "complotiste" de Paul Grignon. Deux des dernières
citations du film sont des citations de présidents américains qui ont dénoncé
le pouvoir des banques et sont "morts assassinés", précise
le film. Exposer ainsi les choses laisse penser (en n'apportant aucune preuve)
que leur assassinat a pu être commandité par des membres du milieu bancaire et
financier.
Deuxième
point qui fait débat: les connotations (supposées) antisémites de cette
vidéo. Pascal Riché, sur
Rue89, commente: "La représentation de la pieuvre portant ses
tentacules sur le monde (voir plus bas), est inspirée d'une bien laide
iconographie", explique-t-il, citant trois images où la pieuvre
porte l'étoile de David ou le nom Rotschild (symboles Juifs), et étend ses
tentacules sur le monde. "Le commentaire qui accompagne l'image est à
l'avenant: «peu de gens savent aujourd'hui que l'histoire des Etats-Unis
depuis la révolution de 1776 fut une lutte épique pour se libérer du contrôle
des banques mondiales dominées par les Rothschild». Et pendant que cette
voix douce nous sussure cela, des mots défilent rapidement : «dépression,
inflation, paniques bancaires, infiltrations, assassinats, possession de
médias, tromperies des masses...»", note aussi Riché.
André Gunthert, chercheur en histoire visuelle à l'EHESS, réfute ce lien entre image de pieuvre et antisémitisme sur son blog, où il montre que la pieuvre a certes été associée à l'image des Juifs, mais qu'elle a également représenté la franc-maçonnerie, la puissance des Etats-Unis, ou encore la Russie bolchévique.
Autre détail : la ressemblance frappante de l'orfèvre du film avec
Shylock, personnage – peu sympathique – d'usurier juif inventé par
Shakespeare dans... Le marchand de Venise et incarné au cinéma par Al Pacino.
Quelques mots enfin sur Paul Grignon, l'auteur de
l'Argent-dette
L'homme
se présente sur son site.
Ce
Canadien de 60 ans dit être devenu "suspicieux" à propos du
système monétaire "en découvrant la fonction logarithmique" lors de ses études.
Routard, proche de la nature, Grignon a vécu plusieurs années avec sa compagne
sous une tente, sur l'île Gabriola (au large du Canada), faute de revenus
suffisants pour acquérir une maison. En 1997, il s'établit comme vidéaste
indépendant. Il crée son studio ("Moonfire Studio"), et produit ses
premiers films.
Il
édite des documentaires sur la politique étrangère des Etats-Unis, mais aussi
un film plus surprenant. Grignon est l'auteur, avec William Thomas (un
"journaliste alternatif"), de Chemtrails - Mystery Lines in the
Sky, un film qui dénonce un complot climatique mondial. Pour Thomas et
Grignon, certaines chemtrails (ces trainées laissées par les avions dans le ciel)
sont des produits toxiques lâchés par les pouvoirs politiques pour enrayer le
réchauffement de la planète.
En
2002, une organisation de défense des consommateurs (United Financial Consumers
- UFC) commande à Grignon une vidéo sur les systèmes de prêts bancaires, qui
sera diffusée lors d'un séminaire. La première version de Money as debt est née. Elle sera reprise sur le site du Canadian Action Party, un parti politique
canadien qui milite pour une "réforme monétaire", puis
améliorée et complétée à la demande de l'American Monetary Institute, une
organisation non lucrative pour "l'étude de l'histoire, la théorie et
la réforme monétaire". En 2006, la version finale de Money as
debt est sur pied.
En France, elle est rapidement sous-titrée par
certains internautes, avant que Bankster.tv n'en édite une version française.
le 18/10/2008
le 11/10/2008
le 02/10/2008

