Des journalistes payés par Yves Bertrand ?
Mais qui ? L'intrépide (et vaine) investigation d'@siAvis aux lecteurs impatients : il n'y aura pas de
révélations au bout de cet article. Pourtant, plein d'entrain et de fougue
journalistique, nous avons tenté de nous mettre sur la piste des
journalistes qui auraient été payés par l'ex-patron des RG Yves Bertrand. Et nous
avions décidé de vous les révéler. Mais au bout de nos recherches frénétiques,
une conclusion s'impose : rien, absolument rien n'est certain dans cette
ténébreuse histoire.
Récit d'une enquête légèrement foirée, mais néanmoins
instructive. Au moins sur nos états d'âme.
![]() > Cliquez sur l'image pour un gros plan < |
Depuis la publication, le 9 octobre dans Le Point du contenu des fameux carnets d'Yves Bertrand,
c'est la rumeur qui fait les délices -et l'effroi- du petit monde des
journalistes. Dans les "éphémérides" de Bertrand (les agendas où il
notait ses rendez-vous, qui accompagnent les carnets à spirale proprement dits),
on croise "quelques journalistes affidés, qui sont parfois rémunérés,
comme le montrent les sommes d'argent en regard de certains noms". |
Sur son blog, Renaud Revel, le journaliste Médias de L'Express souligne que Bertrand "détaillerait la liste complète de ses
honorables correspondants, certains parmi eux lui ayant rendu, à sa demande,
quelques menus services, sous la forme d'enquêtes journalistiques, parfois
rétribuées, dit-on. Tout cela reste à démontrer." Pour Revel, comme pour plusieurs journalistes familiers des "affaires"
interrogés par @si, " il va de soi que c'est
l'intégralité des écrits d'Yves Bertrand qui devrait se retrouver dans la
presse ou sur des sites d'information en ligne, d'ici peu".
D'ailleurs, selon le Canard enchaîné,
Nicolas Sarkozy se réjouit par avance du bazar que pourrait déclencher la
publication des noms ! Mais pour l'heure, les enquêteurs
qui ont obtenu des copies ou des extraits des carnets se refusent à trahir le
copain d'en face, "au nom d'un esprit peut-être un peu corporatiste", admet l'un d'eux.

C'est bien connu, @rrêt sur images aime
cracher dans la soupe. Et nous nous en voudrions de ne pas partager un sujet de
réjouissance avec le chef de l'Etat. Plus sérieusement, nous estimons surtout
que ce sujet délicat est au cœur de notre réflexion sur les rapports, aussi
tordus soient-ils, entre médias et pouvoirs. N'écoutant que notre courage, nous
avons donc tenté d'être les premiers à sortir ces noms, dont il se murmure
qu'ils correspondent à des plumes parisiennes parfois réputées. Mais pas question de les lancer en pâture
sans avoir des assurances solides. Et c'est là que le bât blesse. Malgré tous les
efforts déployés pendant plusieurs jours, nous n'avons réussi à rassembler que
des... rumeurs. Ou des certitudes pour le moins mouvantes.
Autant le reconnaître, nous sommes peut-être de minables
enquêteurs. Pas capables en tout cas de trouver la dizaine de noms qui, assure-t-on
dans certaines rédactions, composeraient la fameuse liste. Tout juste avons-nous
identifié une poignée de confrères (quatre, selon nos estimations), dont les patronymes
seraient accompagnés de sommes d'argent dans les calepins de "Monsieur
RG". Quatre journalistes dont certains ont fait naguère partie de rédactions assez prestigieuses, mais qui naviguent plutôt aujourd'hui aux marges de cet univers,
et émargent en tant que pigiste ou "journaliste indépendant". L'un aurait été (en vain) sollicité par Bertrand pour rédiger un livre censer compromettre un candidat à la présidentielle. Un autre anime un site d'informations confidentielles. Un troisième...
![]() |
Dans notre chasse, nous avons évidemment appelé ceux que nous pensions concernés. Evidemment, ils ont démenti. Avec plus ou moins de conviction. Certains, tour à tour outrés, goguenards et menaçants ("Si vous avez envie de faire un tour au tribunal...") nous ont fait douter. Peut-être étions-nous tombés à côté. D'autres ont mollement affirmé que certes, ils connaissaient bien Bertrand, voire étaient amis avec lui, mais des sommes d'argent ? Non, vraiment, ils ne voyaient pas. Souci : n'étant pas forcément en bons termes avec le Parquet, qui a demandé récemment une copie intégrale des carnets, nous ne disposons pas de fac-similés. Il fallait donc recouper les noms dont nous disposions. Et dans nos diverses tentatives, nous avons réalisé que les journalistes censément bien informés n'étaient pas tous d'accord entre eux ! L'un a validé sans sourciller un nom que nous lui avons soumis, mais qui s'est révélé faux plus tard ; un autre ignorait qu'un journaliste dont il nous parlait était supposé figurer sur la liste fatidique... Et pas de recoupements probants, pas de révélations ! |
Rigolard, un des dirigeants du Canard enchaîné nous expose
sa version du problème : "Y a-t-il vraiment des sommes d'argent face à
des noms de journalistes ? Jusqu'à preuve du contraire, c'est une rumeur. Et,
connaissant le bonhomme, même s'il a bien écrit ces chiffres dans des calepins,
ça ne sera toujours pas plus qu'une rumeur, exactement comme les saloperies
qu'il a collectées sur les politiques toutes ces années !" Autre
obstacle, et pas des moindres, pour le parfait petit enquêteur : l'intéressé
lui-même a démenti à Rue89 avoir donné des enveloppes à un quelconque journaliste.

Faute de mieux, nous aurions encore pu citer les
journalistes qui fréquentaient assidûment Bertrand entre 1992 et 2004. Mais ils
sont tellement nombreux ! Pourquoi nommer DuponD plutôt que DuponT ? Parce que
sa tête ne nous revient pas ? Parce qu'il assume, du style "Tout le
monde était dans l'antichambre de Bertrand ces années-là, et je peux vous dire
que parfois, on recopiait ce qu'il nous disait sans trop vérifier." ?
Ou au contraire parce qu'il nous déclare, visiblement mal à l'aise : "Mes
méthodes et mon histoire personnelle avec Bertrand ne regardent que moi" ?
Insoluble dilemme. @rrêt sur images a donc décidé qu'il était urgent de
ne rien faire. Et d'attendre, qui sait, le travail de confrères mieux informés que nous. Ce qui pourrait peut-être venir d'un endroit inattendu. Le patron de Bakchich.info Nicolas Beau, qui devait participer à notre plateau pour raconter l'ambiance de ces sympathiques rendez-vous avec Bertrand, a annulé jeudi après-midi, confus,
parce qu'un des journalistes de son site serait "particulièrement concerné". Ce confrère s'apprêterait à porter plainte contre Bertrand, ce qui aura au moins le mérite de lever un premier coin du voile. Ou d'opacifier encore l'affaire.
le 24/10/2008
le 22/10/2008
le 21/10/2008


