La Banque Centrale et le poulpe
Vos critiques de "l'argent-dette"|
Plus de 260 commentaires en trois jours : "L'argent-dette", la vidéo économico-pédago de Paul Grignon, a fait plancher nos forumeurs ce week-end. Si vous n'avez pas le temps de tout lire, petit condensé – tout à fait subjectif – des discussions.
|
|
D'entrée de jeu, Batiste
Kolenc note ce que d'aucuns n'osaient probablement pas souligner à propos de "L'argent-dette" : "Il faut vraiment qu'ils la refassent avec de meilleures
animations, c'est d'une laideur effrayante." Voilà qui est dit.
Trève de lèse-vidéaste, quid du fond ? Quelques posts après celui de Batiste, Gwenn Boussard exprime un
sentiment qui sera celui de plusieurs contributeurs : "On commence par
une partie très pédagogique, puis quelques approximations, puis des erreurs, et
enfin une théorie du complot farfelue."
L'intérêt pédagogique, d'abord. C'est, pour certains
@sinautes, la qualité essentielle du film de Grignon. Joanny Maire développe :
"Cette vidéo a un mérite, celui d'expliquer le système capitaliste qui
permet de financer l'industrie grâce à des promesses d'être plus riche plus
tard. C'est pour cela que le système capitaliste s'effondre (dépression) et se
développe à nouveau (croissance) cycliquement." Anthropia souligne
également le mérite de Money as debt, malgré des réserves sur "l'ambiance"
de la vidéo : "Oui ce film est
économico-pédago... et on n'a pas besoin de l'ambiance théorie du complot pour
suivre cette lente séparation entre la valeur en réserve et la valeur créée.
Donc, la démonstration est réussie, malgré quelques petits sauts de
raisonnement et cette odeur de souffre, ajoutée à chaque étape sur la
psychologie des banquiers, puis leur esprit retors."
Où sont donc les "approximations" et les
"erreurs" pointées par Gwenn Boussard ?
|
|
Ben-Hur Marcel pointe le caractère évasif de la
démonstration de Grignon concernant l'usage que font les banques des intérêts
qu'elles perçoivent : "On a l'impression que « les banques » sont des entreprises appartenant à quelques particuliers qui sont les seuls à
retirer un bénéfice sur leurs activités. Comme si les banques n'avaient pas de
clients réalisant des placements, ni d'activités en dehors du crédit, ni
d'employés à payer, tout comme le serait un fonctionnaire de la « Banque
de l'Etat »." |
Autre pan du système qui n'est pas évoqué par le vidéaste
canadien : la question des Banques Centrales. Qu'à cela ne tienne, David
Toledano corrige l'oubli : "Le film decrit et vulgarise proprement le mecanisme de
creation de la monnaie bancaire, puis rentre dans un enchainement de
consequences logiques qui reposent sur une hypothese fausse : le systeme n'est
pas regule et les banques privees pretent autant qu'elles veulent. Or le
systeme est fortement regule par l'autorite centrale qui fixe les taux
d'interet (...) Le role d'une banque centrale, qui en a les moyens, est
justement de reguler la quantite de monnaie ainsi creee, c'est a dire de
determiner quel est ce "bon niveau".
Notre @sinaute résume en trois phrases l'objectif, les
outils et le rôle d'une banque centrale. Non-initiés ou phobiques des
maths, n'ayez crainte, pas d'obstacle majeur à signaler dans ce post
remarquable de concision : "[La Banque Centrale] definit, calcule, ce
qu'est le potentiel de croissance non inflationniste. (...) Ensuite, la banque
centrale definit les taux d'interet de maniere a faire creer par les banques la
quantite de monnaie qu'elle juge necessaire a l'atteinte de ce potentiel. Elle
mesure son efficacite au taux d'inflation, qui doit etre legerement positif si
on a atteint la croissance potentielle. (...) Etant donne cet objectif
(croissance du PIB), et cette mesure de la performance (l'inflation), le
systeme est pilote et decentralise: la banque centrale fixe le niveau global du
credit, et les banques (qui peuvent etre nationalisees d'ailleurs) se chargent
sur le terrain de sa distribution." Facile, non ? Pour être tout à
fait juste, il nous faut signaler que David signale quelques limites à ce
système : pour relire son post, c'est par là.
Toujours sur les questions purement économiques, plusieurs
@sinautes soulèvent un troisième "vice" de raisonnement chez Grignon : la non-mention des "biens", bien réels eux, que les crédits
permettent aux ménages d'acquérir. Cette fois, c'est Tristan Le Gall qui s'y
colle :
"Je rajoute, puisque beaucoup se demandent "ou
est l'erreur dans la démonstration?", que l'erreur est bien en évidence,
dans la phrase « quand un banquier vous accorde un prêt, la seule chose qui est
réelle, c'est votre reconnaissance de dette ».
C'est faux. Il y a quelque chose d'autre qui est réel, c'est le bien que vous
allez acheter avec cet argent. Et la vidéo, qui insiste lourdement sur «
l'argent qui n'existe pas » passe sous silence la question « à quoi sert
l'argent? ». Peut-être parce que tout le monde connait la réponse à cette
deuxième question : l'agent permet l'échange de biens et de services beaucoup
plus efficacement que le troc.
Mais c'est en répondant à cette question que l'on comprend le rôle social des
banques: ce que fait une banque, lorsqu'elle vous accorde un prêt, c'est de
garantir que celui qui va vous vendre une voiture, une maison ou autre
obtiendra quelque chose de valable en échange du bien qu'il vous cède. Après,
que vous soyez solvable ou non, ce n'est plus le problème du vendeur. Si vous
n'êtes pas solvable, si vous n'arrivez pas à payer vos dettes, le vendeur n'a
pas à s'en soucier. C'est une question qui se règlera entre la banque et vous."
|
J M résume : "Sans le banquier, le gentil déposant ne pourrait pas s'acheter une voiture, une maison, ou tout autre bien ayant une valeur vaguement égale a plusieurs années de labeur en brut, une demi vie (voire plus) en net." Argument nuancé par Ptilou, qui rappelle J M à quelques réalités : "Le banquier n'est pas "gentil" parce qu'il vous prête de l'argent pour acheter votre maison et votre voiture ! Mais c'est parce que vous avez une situation solide et des garanties (apports initiaux, emploi CDI, jeune, ...) que le banquier est prêt à vous avancer de l'argent, parce qu'il sait qu'il le récupérera ou avec un risque réduit (et encore, il vous pousse à vous assurer pour le lui garantir...)."
|
|
|
|
Le film de Grignon ouvre enfin un - inattendu - débat sémiologique : quid de la symbolique de la pieuvre ? Car pour certains, la représentation n'est pas anodine : "L'image de la pieuvre est une des images favorites de l'antisémitisme (qu'il soit d'extrême gauche ou d'extrême droite) pour dénoncer le complot sioniste", avance David. Pas convaincu, Djinneo, qui à l'issue d'un raisonnement imparable, interroge : "Je m'étonne d'ailleurs encore de ne pas voir de poulpes morts sur les parking de Darty ?"Nous enquêtons. |
le 18/10/2008
le 11/10/2008
le 02/10/2008




