L'argent-dette, vidéo économico-pédago ...
... qui dénonce une conspiration mondiale des banquiers|
Une vidéo d'animation, réalisée en 2006 par un artiste canadien, connaît un franc succès sur le net depuis la crise financière. Et pour cause : Money as debt explique, de manière très ludique, le mécanisme par lequel les banques privées créent "de l'argent qui n'existe pas". @si vous propose un parcours guidé à travers cette vidéo, et un portrait express de son auteur, Paul Grignon.
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Depuis début octobre, L'argent-dette (Money as debt) séduit sur la toile un public hétéroclite. Pour Agoravox, le film de Paul Grignon est une "vidéo pédagogique incontournable" ; pour Nicolas Cori, journaliste de Libération auteur du blog "Les cordons de la bourse", "on se sent vraiment intelligent" après l'avoir visionné. L'argent-dette est également repris sur le blog de la fédération Nord-Flandres du Front National, fait le bonheur de Dailymotion et Youtube, a droit à sa question sur "Yahoo Questions/Réponses", et interroge Le Post. Enfin, et ça n'est pas la moindre de ses qualités, elle agite les esprits de nombreux @sinautes, qui la mentionnent sur nos forums ou nous interpellent par e-mail. Mais elle n'a pas encore fait l'objet d'un débat critique.
Si vous n'avez pas encore vu ce drôle d'objet médiatique, munissez-vous de 52 minutes et cliquez sur "lecture" :
Cette version de Money as debt est une adaptation française du film original de Paul Grignon, réalisée par Bankster.tv, site qui souhaite le "droit régalien à la création monétaire" pour le "peuple souverain".
La vidéo de Grignon vise donc à expliquer l'idée suivante : dans notre système monétaire contemporain, les banques prêtent de l'argent qu'elles n'ont pas. Elles créent de l'argent à partir de promesses de remboursement, autrement dit, à partir de dettes. "Comment ce « miracle bancaire » est-il possible ?", s'interroge Grignon – et nous avec.
Acte 1 : il etait un vieil orfèvre
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Pour expliquer ce tour de passe-passe, il faut remonter aux origines du système bancaire. La vidéo met en scène un orfèvre médiéval, un vrai. La "petite allégorie historique sur les banques" est présentée pendant une dizaine de minutes (de 03'50 à 11'20). L'orfèvre y est rusé et pingre, les déposants soupçonneux Grignon dépeint, à grands traits, la naissance du capitalisme financier. |
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Acte 2 : Le système monétaire contemporain
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L'auteur nous plonge ensuite dans l'économie d'aujourd'hui. Fondamentalement, le système mis en place grâce à la ruse du vieil orfèvre fonctionne toujours. Mais les banquiers ...
... les banquiers, donc, vont réussir (avec l'appui des politiques) à se débarrasser de l'étalon-or et à affaiblir les régulations du système de "réserve fractionnelle". Conclusion (provisoire) : la création monétaire des banques privées a pour seul borne les limites légales que voudront bien mettre en place les gouvernants. |
Acte 3 : un exemple concret
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Pour mieux démontrer la toute-puissance des banques dans un tel système, Grignon en crée une (dans son film). De 14'40 à 19' 00, on suit les affaires florissantes de ses dirigeants. Dotée par ses investisseurs d'un capital de 1111,12 dollars à sa création, la banque finira par récolter des intérêts sur 100 000 dollars qu'elle n'a jamais possédés. La vidéo en remet une couche : "Quand on signe les papiers d'un emprunt ou d'une hypothèque, la seule chose réelle est notre reconnaissance de dette. Cette reconnaissance est garantie par nos actifs, qui seront confisqués si on ne peut pas payer les remboursements." |
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Acte 4 : En finir avec la "dette perpétuelle"
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A partir de 26' 30, Grignon avertit son public : il faudra toujours des dettes pour payer les dettes précédentes, puisque elles seules sont créatrices d'argent. "Pourquoi les taux sont-ils si bas ? Pourquoi nous donne-t-on des cartes de crédit que nous n'avons pas demandées ?", feint de s'interroger l'auteur. Sa réponse est simple : pour alimenter cette infernale machine à endettements, et éviter l'effondrement de tout le système monétaire.
Que faire pour changer ce système destructeur ? Il existe "une variété d'options", détaillées en partie dans la vidéo (de 37'38 à 44'05). |
Acte 5 : les présidents assassinés
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Dans cette dernière partie, Grignon délaisse l'économie et la pédagogie. Il entend dénoncer et dévoiler. Qui, quoi ? Le "pouvoir invisible" qui nous trompe : "ce qu'on appelle démocratie et liberté sont devenus en réalité une forme ingénieuse et invisible de dictature économique." Aujourd'hui, "presque tout le monde sur la planète est enchaîné à un dette grandissante", constate Grignon, juste avant de se poser la question ultime : "Est-ce que tout cela serait arrivé purement par accident, ou est-ce qu'il y aurait ... conspiration ?" S'ensuivent des citations de présidents américains dénonçant le pouvoir des banques (et "morts assassinés", précise le film). La dernière citation du film défile sur fond noir et musique anxiogène : "Seuls les petits secrets ont besoin d'être protégés. Les grands sont tenus secrets par l'incrédulité du public." (McLuhan, théoricien de la communication) |
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Qui est Paul Grignon, qui décortique clairement l'histoire du système monétaire, avant de sortir de son chapeau une théorie du complot ?
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L'homme se présente sur son site.
Ce Canadien de 60 ans dit être devenu "suspicieux" à propos du système monétaire en découvrant la fonction logarithmique lors de ses études. Routard, proche de la nature, Grignon a vécu plusieurs années avec sa compagne sous une tente, sur l'île Gabriola (au large du Canada), faute de revenus suffisants pour acquérir une maison. En 1997, il s'établit comme vidéaste indépendant. Il crée son studio ("Moonfire Studio"), et produit ses premiers films.
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Il édite des documentaires sur la politique étrangère des Etats-Unis, mais aussi un film plus surprenant. Grignon est l'auteur, avec William Thomas (un "journaliste alternatif"), de Chemtrails - Mystery Lines in the Sky, un film qui dénonce un complot climatique mondial. La présentation du film sur le site de "Moonfire Studio" Pour Thomas et Grignon, les chemtrails (ces trainées laissées par les avions dans le ciel) sont des produits toxiques lâchés par les pouvoirs politiques pour enrayer le réchauffement de la planète.
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En 2002, une organisation de défense des consommateurs (United Financial Consumers - UFC) commande à Grignon une vidéo sur les systèmes de prêts bancaires, qui sera diffusée lors d'un séminaire. La première version de Money as debt est née. Elle sera reprise sur le site du Canadian Action Party, un parti politique canadien qui milite pour une "réforme monétaire", puis améliorée et complétée à la demande de l'American Monetary Institute, une organisation non lucrative pour "l'étude de l'histoire, la théorie et la réforme monétaire". En 2006, la version finale de Money as debt est sur pied.
En France, elle est rapidement sous-titrée par certains internautes, avant que Bankster.tv n'en édite une version française.
L'argent-dette est-il un simple enfonçage de portes ouvertes sur l'histoire des banques, à la sauce conspirationniste ? La démonstration est-elle viciée, et sur quel point ? Le film révèle-t-il le mécanisme occulté du fonctionnement bancaire dans l'économie néo-libérale ? A vous d'entamer sur le forum l'expertise du film, sur laquelle nous reviendrons la semaine prochaine.
BONUS
Dans la série des vidéos de vulgarisation économique, connaissez-vous celle de la Banque Centrale européenne sur l'inflation ?
Elle offre plusieurs similitudes graphiques avec celle de Grignon.
Pour comprendre les mécanismes bancaires, on renvoie les protagonistes quelques siècles en arrière, faire leurs emplettes chez un barbu :
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Capture de "C'est quoi l'inflation ?" (vidéo éducative par la BCE) |
Capture de "Money as debt" (Paul Grignon) |
Et un monstre économique finit fatalement par surgir. Chez la BCE, c'est le monstre de l'inflation ; chez Paul Grignon, c'est le monstre de la dette :
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Capture de "C'est quoi l'inflation ?" (vidéo éducative par la BCE) |
Capture de "Money as debt" (Paul Grignon) |
Mise à jour, 20 octobre
Détail qui avait échappé à l'attention d'@si lors d'un premier visionnage (et repéré par Pascal Riché, de Rue89) : la ressemblance entre l'orfèvre de Grignon et Shylock, personnage de Shakespeare interprété au cinéma par Al Pacino.
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| Al Pacino interprète Shylock dans The Merchant of Venice (2004, réal. : M. Radford - photo : IMDb) |
L'orfèvre dans L'argent-dette |
Pour mémoire, dans Le Marchand de Venise de Shakespeare, Shylock est un usurier juif qui exige "une livre de chair" de Bassanio, jeune homme désargenté qui n'arrive pas à rembourser ses dettes.
le 18/10/2008
le 11/10/2008
le 02/10/2008














