Où s'informer sur la crise ? @si a pris son sac à dos...
...et décerne ses "krachs d'or" à la presse et aux blogs
D'où vient la crise financière ? De quand date-t-elle ? Comment s'est-elle propagée ? Y a-t-il des responsables, ou bien est-ce tout un système qui est responsable ? Ni les jités, soir après soir, ni les quotidiens, ne permettent toujours aux non-spécialistes de comprendre les mécanismes de la crise, au jour le jour.
Est-on mieux informé par les médias traditionnels, ou les nouveaux médias ?
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Ne reculant devant aucun sacrifice pour ses lecteurs, @rrêt sur images s'est lancé dans une balade au coeur de la jungle de l'information économico-financière, et a décerné ses "krachs d'or", en fonction de l'accessibilité et de la qualité des informations disponibles. (Merci au Nouvel Observateur, à qui nous avons emprunté ce logo). Trois krachs d'or: site ou article incontournable. Deux krachs d'or: vaut la visite. Un krach d'or: visite possible. |
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Ce guide est parfaitement et volontairement subjectif. Il ne demande qu'à être
complété par vos trouvailles. A vos claviers !
La
crise, niveau débutant
LES DECRYPTAGES DE RUE 89
Vous n'y connaissez rien en économie ? Vous avez du mal à
suivre les chutes de banques en cascade et les termes "effet de
levier" ou "titrisation" vous sont parfaitement inconnus ?
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Une seule solution, retrouvez de toute urgence la drôlissime BD repérée dès le 18 septembre par Rue 89. A l'aide de cinq personnages bâtons affreusement dessinés et de longs dialogues iconoclastes, ce comic strip démonte tout le mécanisme de la crise financière qui trouve son origine dans les subprimes. De l'acquéreur de maison américain sans le sou au fonds de pension norvégien, tous les rouages sont méthodiquement exposés en une quarantaine de planches. La vulgarisation à son zénith. |
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Et pour ceux que les dessins bâclés rebutent, le site d'info
propose aussi un démontage assez complet et plutôt clair de la crise par un trader, affublé du sobriquet éloquent de "Mr.
Greed" ("M. Cupidité"). Point commun des deux approches : pointer la
responsabilité des banquiers peu scrupuleux, ravis de refourguer leurs créances
douteuses à d'autres investisseurs.
LES DOSSIERS DU NOUVEL OBSERVATEUR
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Pendant deux semaines, Le Nouvel Obs a pris ses lecteurs par la main pour leur raconter le capitalisme financier. L'article du numéro du 25 septembre, qui donne "dix
clés pour comprendre la crise" ,
est un modèle de clarté (c'est en le lisant, que notre déco-réalisateur François Rose a enfin tout compris, et qu'il a tout expliqué à l'équipe ébahie, lundi matin). Cinq pages, dix questions, les journalistes de
l'hebdomadaire ont accouché sur la longueur Michel Aglietta, professeur d'éco à
l'université Paris-X. |
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LES DOUBLES PAGES DE LIBÉ
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"Aux origines du choc". Le 19 Septembre, Libération a tenté de s'extraire du flot quotidien d'informations déboulant de la planète
finance, pour reprendre toutes ses explications de zéro. Résultat ? Une double
page aérée, bien mise en page et illustrée de manière impeccable, qui détaille "le
système", "la crise" et "l'enchaînement" qui frappe les banques. (Nous vous mettons à disposition les articles en taille réelle, les liens de Libe.fr étant "cassés" jusqu'à la fin de la semaine.)
Après le constat, les solutions ? La semaine suivante, le 24 septembre, une double page équivalente se penchait sur "les pistes pour éviter la crise".
Six économistes et politiques y lançaient leurs idées our lutter contre "l'argent fou" que dénonçait le journal en couverture le même jour : créer un bonus-malus pour les traders, réformer les normes comptables ou créer des agences de notation publiques.
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LE BLOG "LES CORDONS DE LA BOURSE"
Sur son blog, le journaliste de Libé Nicolas Cori
pointe en quelques phrases bien senties les enjeux cachées derrière les
discours ou les petites phrases des hommes politiques.
| Le 15 septembre, après la mise en faillite de la banque
Lehman brothers, il souligne que "la politique de Paulson, le secrétaire américain au Trésor, n'est
pas constante : un coup, il nationalise (Fannie Mae et freddie Mac), l'autre,
il laisse faire faillite. (...) Mais pourquoi sauver Bear Stearns et pas
Lehman ?" Le 17, il rappelle que malgré les propos rassurants de Christine Lagarde sur le peu de risques que courent les banques françaises, leurs titres ont quand même décroché en Bourse. "Pouquoi un tel décalage ? Tout simplement parce que les autorités françaises sont des adeptes des propos lénifiants. C'est le syndrome Tchernobyl. Souvenez-vous du nuage qui devait s'arrêter aux frontières de l'Hexagone..." |
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Et de renvoyer dans les dents
de la ministre de l'économie ses propos du mois d'août, contredits depuis par
la réalité : "Il faut raison garder, ce n'est pas un krach. Il s'agit
d'une correction brutale des marchés qui trouve son épicentre dans un
sous-marché immobilier aux Etats-Unis, celui des subprimes, des prêts
hypothécaires agressifs aux ménages à revenus aléatoires. Il y a eu là-bas de
gros excès en la matière. Nous assistons aujourd'hui à un ajustement. Les
petits porteurs doivent garder tête froide."
Déjà en avril, Cori avait pointé que le sauvetage par la Réserve
fédérale de la cinquième banque d'affaire américains Bear Stearns, Ben Bernanke, le président de la Fed, avait avoué de facto qu'en cas de crise
grave, "les règles de la libre concurrence ne s'appliquent plus pour
les banques" et que tous les agissements des banques étaient donc
absous : "Elles ont ainsi pu faire n'importe quoi, pendant des années.
Prendre des risques démesurés pour que ses patrons se gavent de stock-options.
Elles survivront, de toute façon".
La
crise, niveau AVANCÉ
L'ARTICLE DE JACQUES SAPIR SUR UN BLOG DE L'EHESS
Les graphiques, les chiffres et les longs textes un peu austères
ne vous font pas peur ? Bienvenue au niveau avancé de notre guide de la crise
dans les médias.
| Et nous vous choyons ! La preuve : @rrêt sur images a
dégotté un texte de dix pages absolument éclairant sur les mécanismes, les
représentations et les conséquences de la crise financière que nous sommes en
train de vivre. Il a été publié sur un blog de l'EHESS, "Actualités de la recherche en histoire
visuelle", fondé par le chercheur André Gunthert. L'auteur de cette pépite discrète est Jacques Sapir, directeur d'études à l'EHESS, spécialiste de l'économie de la Russie (et invité à débattre, dans notre prochaine émission, avec l'ancien président du Lyonnais Jean Peyrelevade). Le niveau est élevé et le texte, dense, à peine égayé de citations de Hamlet. Mais la description de la "folle journée" des autorités américaines pour sauver Lehman Brothers et les questionnements sur les conséquences de la faillite de la banque sont lumineux. |
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Cerise sur le gâteau, Sapir consacre une large part de son
analyse à décrypter la façon dont la crise va perturber les représentations
traditionnelles du monde de la finance dans le discours des politiques et des
médias.
Il souligne par exemple que le "travail d'excuse et
d'auto-justification" a démarré pour François Fillon ou John McCain, tous
deux pressés de dénoncer le "dévoiement de la finance", alors
qu'il faudrait plutôt pointer, selon lui, "la crise d'un modèle de
développement, celui du néo-libéralisme américain qui prétend développer une
économie capitaliste en comprimant toujours plus les salaires".
LE BLOG D'ECONOCLASTE
La devise du blog prévient d'entrée : "L'économie pour les nuls et les autres".
Surtout les autres ? Alexandre Delaigue et Stéphane Ménia, les deux profs (éco,
gestion) qui tiennent ces pages, sont animés par l'envie de faire circuler leur
savoir. Mais ils s'adressent la plupart du temps à des lecteurs possédant de
solides notions d'économie.

Concernant la crise, ils ont surtout opté pour une très
utile politique d'aiguillage vers les contenus qu'ils estiment intéressants. Un exemple parmi beaucoup d'autres : le 30 septembre ils
pointaient vers un post de Tyler Cowen, économiste et blogueur, qui "résume la
situation de façon admirablement concise".
Le "meilleur" scénario pour la crise mondiale ("quelques banques moyennes
européennes tombent", "l'économie américaine est en récession pendant
deux ans et le chômage ne monte pas au dessus de 8-9%"), et le
"pire" ("les marchés de crédit se paralysent au cours de la semaine à
venir, beaucoup d'entreprises ne peuvent pas payer les salaires, plus personne
ne peut obtenir de prêt immobilier, la bulle chinoise explose à son tour")
résumés en moins de 20 lignes... effectivement, l'exercice est de haute volée !
Et parfois, l'analyse est là. Le 25, Ménia avait commis un billet saignant suite au discours de Toulon de Nicolas Sarkozy. Il expliquait que la lutte contre
les parachutes dorés (éternelle promesse de Sarkozy, comme nous vous le rappelions ici) n'avait pas grand
chose à voir avec la résolution de la crise.
Dans le même esprit, signalons ce billet du blog Optimum, malheureusement un peu isolé dans un océan d'autres thèmes. Antoine B. y revient sur un des nœuds de la crise, la
titrisation : "Il s'agit simplement de se défaire d'une créance en la
transférant à une tierce personne, sous la forme d'un titre négociable sur les
marchés financiers."
L'auteur assure que la titrisation en soi n'est pas un problème. Le souci
vient du fait que les risques causés par les prêts immobiliers consentis ont étés sous-estimés par les banques, et que les autorités financières n'ont pas réussi à leur faire croire qu'elles les laisseraient tomber en cas de crise...
LES ANALYSES DE BERTILLE BAYART DU FIGARO
Le Figaro accorde peu d'articles à ses lecteurs pour
reprendre du début les mécanismes débouchant sur la crise financière que nous
vivons aujourd'hui. En revanche, ses pages Economie posent de bonnes questions
sur certains points précis de l'actualité.
Ainsi, le 24 septembre, le quotidien a passé au crible le plan de sauvetage des banques américaines se demandant si les 700 milliards demandés par Bush et Paulson (et refusés par la Chambre des représentants le 29 septembre) suffiraient à enrayer la crise et si le modèle devait être suivi en Europe. Nous avons aussi noté un très intéressant article décrivant "comment meurent les banques". L'auteur, Bertille Bayart, rédactrice en chef adjointe du Figaro, raconte comment des institutions ayant pignon sur rue ont pu s'effondrer en quelques jours... Où on apprend tout bêtement que pour les seigneurs de la finance internationale, le "cash" est toujours le nerf de la guerre. |
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Le quotidien ayant la bonne idée de conserver ses archives gratuitement
sur son site, nous avons aussi déniché une analyse très bien sentie de Bayart remontant à février 2008.
A l'époque, elle pariait que les pire était loin d'être
derrière nous : "Au mois d'août dernier, quand la crise du subprime a
explosé à la face du secteur financier, beaucoup de banquiers s'endormaient
chaque soir en formant le rêve d'être déjà à 2008, quand tout cela serait fini.
Doux rêve... et doux rêveurs! Six mois plus tard, le secteur financier
continue de vivre un cauchemar quotidien dont plus personne ne se risque à
dater la fin ni à chiffrer la facture. Pour les décideurs politiques et
économiques, la tâche paraît si immense que l'on ne sait pas par où
commencer."
"LA" PAGE DU MONDE
Et Le Monde ? Peu d'articles marquants sur l'analyse
de la crise, nous semble-t-il. Nous avons tout de même relevé un bel ensemble
dans son édition du 19 septembre.
Une chronique y ironise d'abord à merveille sur
l'utilisation politicienne du plan de sauvetage de Paulson dont se
rendraient coupables les républicains, certains démocrates et... Nicolas Sarkozy.
"M. Sarkozy a aussi demandé que les responsables de la crise soient sanctionnés. Pourquoi pas, en effet ?, écrit l'auteur, Pierre-Antoine Delhommais. Et pourquoi ne pas créer un tribunal international pour juger les criminels des marchés ? Un Guantanamo des subprimes ? Il faudra prévoir grand. (...) On pourrait enfin juger tous les ministres des finances français de l'économie qui depuis vingt ans ont, tous, sans exception, oeuvré à la libéralisation et à la dérégulation, dans le pays, des marchés financiers. M. Sarkozy est du nombre." Le même jour, une longue analyse (reproduite ici) tentait de tirer les "premières leçons" de la crise, pendant qu'un article très synthétique décrivait la "tempête boursière" en cours. |
La
crise, niveau expert
LE SITE VOX
Pour terminer notre tour d'horizon de l'info économique en
ligne, dirigeons-nous vers les blogs anglophones spécialisés. On y discute,
entre experts (économistes ou journalistes spécialisés) des derniers
développements de la politique monétaire américaine ou du comportement des marchés
face aux annonces politiques.
Le niveau est ardu, mais on y trouve les
dernières tendances de la "communauté" des économistes, souvent plus
rapidement que dans la presse.
C'est d'ailleurs ce qu'affirme le professeur d'économie
internationale (à Genève) Richard Baldwin sur le blog de l'hebdomadaire
britannique The Economist (retrouvé grâce à Econoclaste).
Baldwin souligne que les commentaires sur la crise se sont
développés bien plus rapidement sur internet que dans les pages Opinion des
journaux, peu réactives, embouteillées par les nombreuses demandes de
participation. Il pointe au moins trois exemples où le Financial Times,
leader incontesté de la presse quotidienne économique, a publié en retard des
contributions déjà parues sur internet.
| Où étaient paru toutes ces analyses ? Sur le site
britannique Vox, qui
rassemble un nombre impressionnant d'analyses, de commentaires et de questionnements sur la crise financière et ses conséquences, la plupart du temps rédigés par
des professeurs d'université ou des dirigeants de centre d'études sur
l'économie. Vox est édité par le CEPR, le Centre indépendant de recherche en politique économique. Basé à Londres, il fédère plusieurs centaines de chercheurs en économie, d'horizons et de points de vue politiques assez variés. Le site est aride, le ton pas franchement à la rigolade et les questions soulevées nécessitent presque toujours de bonnes connaissance en la matière, mais d'article en article, le lecteur curieux peut se retrouver pris dans les filets de Vox pendant des heures. |
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Et retrouvez ici la deuxième édition des Krachs d'or, où nous avions suivi les conseils et les coups de coeur des @sinautes.
le 18/10/2008
le 11/10/2008
le 02/10/2008











