Internet selon Giazzi (UMP) : "erreurs, militantisme, commentaires mal informés..."
Sarkozy remodèle la presse : toujours le brouillard|
C'est elle
...qui souhaite favoriser la constitution de méga-groupes de presse, et mieux distinguer les sites d'information "journalistiques" des autres : avant les états généraux de la presse, dont Nicolas Sarkozy donnera le coup d'envoi le 2 octobre, le "big bang" des médias se prépare encore dans le brouillard. |
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A ma droite, Emmanuelle Mignon, conseillère de Nicolas Sarkozy, chargée de préparer les états généraux de la presse. A ma gauche, Laurent Joffrin, patron de Libé. Ou l'inverse. Vendredi 19 septembre,
l'avenir de la presse était au centre d'un débat lors du forum organisé par le
quotidien à Grenoble.
Moins de lecteurs, moins de
publicité, une dépendance aux aides publiques, des quotidiens trop chers,
l'émergence d'internet en sus: sur le constat, les deux sont tombés d'accord.
Satisfait de la tenue prochaine de ces états généraux, ce
n'est pas au chef de l'Etat que Joffrin a décoché ses flèches, mais au syndicat
du Livre, dont une grève a empêché, le 16 septembre dernier, plusieurs
quotidiens nationaux dont Libé d'être en kiosque. "Nous nous battons avec
une main dans le dos. Les conditions d'impression et de distribution sont
mauvaises. Une trop grosse partie des revenus va à ceux qui
transportent les journaux. Si Libération avait les conditions
d'impression et de distribution des autres journaux européens, nous serions
bénéficiaires ou au moins à l'équilibre", a déclaré Joffrin.
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Emmanuelle Mignon |
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Pourtant, lors d'un
entretien au Monde du 17 juillet dernier, on pouvait lire entre les lignes la
volonté du Président de s'attaquer à la diffusion des journaux : "Nous
avons les journaux les moins bien diffusés du monde. Si ce n'est pas un
problème, dites-le-moi !", avait-il alors déclaré.
Si sa volonté de revenir sur les lois anticoncentration,
pour favoriser "l'émergence de groupes de communication forts" est
claire, le reste est encore flou. A Grenoble, Mignon a
précisé les contours de ces "états généraux" : ils devraient être organisés
sur le modèle du "Grenelle de l'environnement", plusieurs groupes de
travail seraient ainsi chargés de faire des propositions. "Je préfère ce
système du type "Grenelle de l'environnement" plutôt qu'un système
dans lequel on fait des auditions pour aboutir à un rapport, sûrement de bonne
qualité, mais qui n'engage pas ceux qui ont participé à ce dispositif".
Mignon taclait sans doute ainsi le rapport de Danièle Giazzi sur
"les médias et le numérique", transmis le 17 septembre dernier au président
de la République. Commandé avant que ne germe l'idée de mise en place de
ces états généraux, ce rapport de la secrétaire nationale de l'UMP chargée des
entreprises tombait à pic. @si vous en parlait la semaine dernière.
Mais ces mesures, qui donnent au rapport une tonalité très
libérale, ne sont pas les seules préconisées. Certaines propositions sont passées relativement inaperçues : celles qui concernent spécifiquement les sites d'information.
"Internet représente de plus en plus, aux dires de
certains de nos interlocuteurs, le seul média au sens strict du terme, puisque
c'est le réseau qui désormais fait parvenir aux citoyens les informations et
les contenus développés par les professionnels ou par les utilisateurs",
écrit par exemple Giazzi, dans un élan d'enthousiasme. Un optimisme mesuré,
cependant : "Cette évolution s'appuie sur d'authentiques valeurs et
comporte de réels dangers, dont le moindre n'est pas le repli dans de petits
réseaux communautaires et sur une information taillée sur mesure en fonction de
ses propres centres d'intérêts, ce que le professeur Cass Sunstein appelle l'"information
Cocoon", ajoute-t-elle. Elle dresse enfin ce qui caractérise selon elle
l'internet : "Souffle libertaire, désir de participation, recul du respect
du droit d'auteur, abondance des commentaires mal informés, (...)" , avec le
risque, estime-t-elle, de "diluer l'information au milieu d'une somme d'opinions, de propos
militants parfois organisés, d'erreurs, d'inexactitudes ou d'aperçus partiels. "
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Sa réponse à ces "risques" : les journalistes professionnels, a-t-elle expliqué au site
20minutes.fr. "Cette migration numérique
doit être faite par des professionnels de l'information, des vrais
journalistes. Il ne faut pas que les journaux tombent dans la facilité en
prenant un webmaster à qui ils demanderont de remodeler un article issu du
papier pour qu'il soit visible sur un écran. Le vrai danger, c'est de
considérer ceux qui travaillent sur le Web comme des techniciens."
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Concrètement, cela donne la proposition suivante : attribuer prioritairement les aides à la presse, aux entreprises dont les rédactions web sont composées de journalistes titulaires de la carte de presse. Et par conséquent, imposer aux sites qui se revendiquent comme des sites d'information de mentionner, dans leurs mentions légales, le nombre de journalistes et le nombre de rédacteurs qui contribuent au site.
Cette distinction entre "bons" et "mauvais" sites par la carte de presse ressort peut-être d'une volonté (louable) d'aider le citoyen à s'orienter dans le maquis du Web. Mais est-ce à l'Etat, ou au législateur, de remplir cette tâche ? Elle ravira peut-être les sites rédigés par des journalistes (dont fait partie @si), mais elle soulèvera sans doute un tollé dans la blogosphère. Elle se distingue en tout cas d'une récente tribune du conseiller médias de Sarkozy, Franck Louvrier qui, sur fond de "Si tu reviens j'annule tout", et de "casse-toi pauvre con", s'en prenait aussi au sensationnalisme de certains sites de presse, pourtant rédigés par des journalistes professionnels. "Conscientes que le gâteau publicitaire de la presse s’est réduit, les rédactions ont entamé sur le web une course à l’audience sans précédent qui, dopée par la pression de l’actualité "en temps réel", fait primer le commentaire sur l’explication et le scoop sensationnel sur l’information vérifiée", écrivait-il.
Autre mesure allant
dans ce sens : éviter de donner ces mêmes aides à "certains titres de
divertissement qui ne peuvent pas être considérés comme contribuant au
pluralisme", afin de se recentrer sur
"la presse d'information politique et générale". Le rapport ne précise pas quels "titres de divertissement" sont visés.
Enfin, une dernière proposition laisse perplexe : fusionner le CSA avec l'Autorité de
régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP). En bref, que
le CSA ait aussi son mot à dire sur les contenus de la Toile, y compris sur le
respect de la pluralité... Une mission qui paraît difficile, la place
disponible pour chacun sur le Net étant infinie et non, comme à la télé, définie
par un temps d'antenne...
le 11/11/2009
le 11/11/2009
le 24/10/2008




Danièle Giazzi, qui n'a malheureusement pas trouvé dix minutes à consacrer à @si