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Silence, Sarkozy sauve la presse !
Le pouvoir et les groupes de presse organisent des Etats généraux...sans les journalistes, ni les lecteurs. Sous les grands débats, des affaires...de gros sous.
Publié le 29/10/2008  Alimenté le 15/01/2010
observatoire le 26/09/2008 par Sophie Gindensperger

Internet selon Giazzi (UMP) : "erreurs, militantisme, commentaires mal informés..."

Sarkozy remodèle la presse : toujours le brouillard



Une conseillère de Sarkozy semblant prendre la défense du Syndicat du Livre (CGT) contre le patron de Libé, Laurent Joffrin ; un rapport d'une secrétaire nationale de l'UMP, Danièle Giazzi...

C'est elle picto

 

...qui souhaite favoriser la constitution de méga-groupes de presse, et mieux distinguer les sites d'information "journalistiques" des autres : avant les états généraux de la presse, dont Nicolas Sarkozy donnera le coup d'envoi le 2 octobre, le "big bang" des médias se prépare encore dans le brouillard.

Danièle Giazzi


A ma droite, Emmanuelle Mignon, conseillère de Nicolas Sarkozy, chargée de préparer les états généraux de la presse. A ma gauche, Laurent Joffrin, patron de Libé. Ou l'inverse. Vendredi 19 septembre, l'avenir de la presse était au centre d'un débat lors du forum organisé par le quotidien à Grenoble.

Moins de lecteurs, moins de publicité, une dépendance aux aides publiques, des quotidiens trop chers, l'émergence d'internet en sus: sur le constat, les deux sont tombés d'accord.

Satisfait de la tenue prochaine de ces états généraux, ce n'est pas au chef de l'Etat que Joffrin a décoché ses flèches, mais au syndicat du Livre, dont une grève a empêché, le 16 septembre dernier, plusieurs quotidiens nationaux dont Libé d'être en kiosque. "Nous nous battons avec une main dans le dos. Les conditions d'impression et de distribution sont mauvaises. Une trop grosse partie des revenus va à ceux qui transportent les journaux. Si Libération avait les conditions d'impression et de distribution des autres journaux européens, nous serions bénéficiaires ou au moins à l'équilibre", a déclaré Joffrin.



La cause de cette grève est le plan "Défi 2010" que tente de mettre en place la direction des Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne (NMPP), principale société chargée de la distribution de la presse en France. Il prévoit la fermeture de centres de traitement de la presse mais aussi le départ de 350 personnes.

"La distribution est coûteuse mais elle a aussi des avantages. Ainsi, les journaux ont accès à tous les kiosques. Il ne faut pas commencer à dire que l'on va jeter ceci et cela", a répondu, prudente, Emmanuelle Mignon.

Emmanuelle Mignon picto

Emmanuelle Mignon

Pourtant, lors d'un entretien au Monde du 17 juillet dernier, on pouvait lire entre les lignes la volonté du Président de s'attaquer à la diffusion des journaux : "Nous avons les journaux les moins bien diffusés du monde. Si ce n'est pas un problème, dites-le-moi !", avait-il alors déclaré.

Si sa volonté de revenir sur les lois anticoncentration, pour favoriser "l'émergence de groupes de communication forts" est claire, le reste est encore flou. A Grenoble, Mignon a précisé les contours de ces "états généraux" : ils devraient être organisés sur le modèle du "Grenelle de l'environnement", plusieurs groupes de travail seraient ainsi chargés de faire des propositions. "Je préfère ce système du type "Grenelle de l'environnement" plutôt qu'un système dans lequel on fait des auditions pour aboutir à un rapport, sûrement de bonne qualité, mais qui n'engage pas ceux qui ont participé à ce dispositif".

Mignon taclait sans doute ainsi le rapport de Danièle Giazzi sur "les médias et le numérique", transmis le 17 septembre dernier au président de la République. Commandé avant que ne germe l'idée de mise en place de ces états généraux, ce rapport de la secrétaire nationale de l'UMP chargée des entreprises tombait à pic. @si vous en parlait la semaine dernière.

Il prône une libéralisation du secteur afin de "permettre la constitution de champions de taille mondiale" , comme le souhaite Sarkozy. Pour cela, il propose notamment d'autoriser un groupe de médias à posséder une chaîne de télévision, une radio et un quotidien de dimension nationale. Idem côté distribution : afin de "faciliter l'accès aux contenus par tous les canaux de diffusion", il s'agirait de libéraliser la réglementation des points de vente.

Un message qui a trouvé toute sa place dans Paris Match, hebdomadaire du groupe Lagardère, que ces mesures arrangeraient bien : presqu'une page entière d'interview lui a été consacrée.

C'est dans celui du 25 septembre picto

Qu'elle "trouve plus sain que ce soit un patron qui possède déjà différents médias qui en acquière de nouveaux" a dû plaire au maître des lieux.


> Cliquez sur l'image pour un gros plan <


Mais ces mesures, qui donnent au rapport une tonalité très libérale, ne sont pas les seules préconisées. Certaines propositions sont passées relativement inaperçues : celles qui concernent spécifiquement les sites d'information
.

"Internet représente de plus en plus, aux dires de certains de nos interlocuteurs, le seul média au sens strict du terme, puisque c'est le réseau qui désormais fait parvenir aux citoyens les informations et les contenus développés par les professionnels ou par les utilisateurs", écrit par exemple Giazzi, dans un élan d'enthousiasme. Un optimisme mesuré, cependant : "Cette évolution s'appuie sur d'authentiques valeurs et comporte de réels dangers, dont le moindre n'est pas le repli dans de petits réseaux communautaires et sur une information taillée sur mesure en fonction de ses propres centres d'intérêts, ce que le professeur Cass Sunstein appelle l'"information Cocoon", ajoute-t-elle. Elle dresse enfin ce qui caractérise selon elle l'internet : "Souffle libertaire, désir de participation, recul du respect du droit d'auteur, abondance des commentaires mal informés, (...)" , avec le risque, estime-t-elle, de "diluer l'information au milieu d'une somme d'opinions, de propos militants parfois organisés, d'erreurs, d'inexactitudes ou d'aperçus partiels. "

Danièle Giazzi

Sa réponse à ces "risques" : les journalistes professionnels, a-t-elle expliqué au site 20minutes.fr. "Cette migration numérique doit être faite par des professionnels de l'information, des vrais journalistes. Il ne faut pas que les journaux tombent dans la facilité en prenant un webmaster à qui ils demanderont de remodeler un article issu du papier pour qu'il soit visible sur un écran. Le vrai danger, c'est de considérer ceux qui travaillent sur le Web comme des techniciens."

picto Danièle Giazzi, qui n'a malheureusement pas trouvé dix minutes à consacrer à @si

Concrètement, cela donne la proposition suivante : attribuer prioritairement les aides à la presse, aux entreprises dont les rédactions web sont composées de journalistes titulaires de la carte de presse. Et par conséquent, imposer aux sites qui se revendiquent comme des sites d'information de mentionner, dans leurs mentions légales, le nombre de journalistes et le nombre de rédacteurs qui contribuent au site.

Cette distinction entre "bons" et "mauvais" sites par la carte de presse ressort peut-être d'une volonté (louable) d'aider le citoyen à s'orienter dans le maquis du Web. Mais est-ce à l'Etat, ou au législateur, de remplir cette tâche ? Elle ravira peut-être les sites rédigés par des journalistes (dont fait partie @si), mais elle soulèvera sans doute un tollé dans la blogosphère. Elle se distingue en tout cas d'une récente tribune du conseiller médias de Sarkozy, Franck Louvrier qui, sur fond de "Si tu reviens j'annule tout", et de "casse-toi pauvre con", s'en prenait aussi au sensationnalisme de certains sites de presse, pourtant rédigés par des journalistes professionnels. "Conscientes que le gâteau publicitaire de la presse s’est réduit, les rédactions ont entamé sur le web une course à l’audience sans précédent qui, dopée par la pression de l’actualité "en temps réel", fait primer le commentaire sur l’explication et le scoop sensationnel sur l’information vérifiée", écrivait-il.

Autre mesure allant dans ce sens : éviter de donner ces mêmes aides à "certains titres de divertissement qui ne peuvent pas être considérés comme contribuant au pluralisme", afin de se recentrer sur "la presse d'information politique et générale". Le rapport ne précise pas quels "titres de divertissement" sont visés.

Enfin, une dernière proposition laisse perplexe : fusionner le CSA avec l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP). En bref, que le CSA ait aussi son mot à dire sur les contenus de la Toile, y compris sur le respect de la pluralité... Une mission qui paraît difficile, la place disponible pour chacun sur le Net étant infinie et non, comme à la télé, définie par un temps d'antenne...

Mots-clés : commentaires, erreur, Etats généraux de la Presse, Giazzi, Joffrin, Mignon, militantisme, presse



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