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Le problème Ockrent
La compagne du ministre des affaires étrangères peut-elle diriger l'audiovisuel extérieur ? Ménages, mélange des genres, impunité : derrière l'éternel sourire, de France 3 à France Monde, le problème Ockrent perdure.
Publié le 17/01/2008  Alimenté le 17/09/2008
enquête le 17/09/2008 par Sophie Gindensperger

La rédaction de France 24 brutalement décapitée

L'un des journalistes licenciés avait publié un pamphlet anti-Kouchner en...1993



Le couple Kouchner-Ockrent vient-il de décapiter la rédaction de France 24 ?

Grégoire Deniau, directeur de la rédaction de la chaîne, et Bertrand Coq, rédacteur en chef, ont tous deux été mis à pied avant licenciement le 17 septembre.

Selon la direction, les deux événements n'auraient aucun rapport. Mais au sein de la rédaction, on s'interroge: et si Coq payait un livre anti-Kouchner, publié en 1993 ?

logo-france24-grand

"La panique", c'est ainsi que des journalistes de France 24 résument ce qui se passe dans leur chaîne. Mardi 16 septembre au soir, un rédacteur en chef, Bertrand Coq, a été remercié par la direction de la chaîne. Mercredi matin, c'était au tour de Grégoire Deniau, directeur de la rédaction, d'être mis à pied.

Pourquoi cette hécatombe ? Sollicités par la rédaction, les dirigeants Alain de Pouzilhac et Gérard Saint-Paul sont venus s'expliquer, mercredi en début d'après-midi.

Il est reproché à Deniau d'avoir menti après un couac au sein de la chaîne. Le 11 septembre dernier, le journaliste Sylvain Attal avait décidé d'organiser un débat sur la remise en cause de la version officielle des attentats du 11 septembre 2001. Le directeur de l'information, Gérard Saint-Paul, aurait laissé entendre qu'il n'en voulait pas, sans pour autant l'interdire formellement, selon notre source.

Le débat sur le 11 septembre a finalement bien eu lieu, en présence non pas du sulfureux Thierry Meyssan (comme évoqué dans un premier temps), mais d'AtMOH, l'animateur du site "reopen 9/11", principal relais en France des thèses conspirationnistes.

Des extraits de l'émission ont été mis en ligne, ce qui permet de saisir la teneur du débat. L'idée de Sylvain Attal était plutôt, explique-t-il, de comprendre pourquoi les théories conspirationnistes ont tellement de succès.

En voici l'introduction picto

 



Selon Pouzilhac, suite à des plaintes de téléspectateurs, des comptes auraient été demandés à Deniau. Celui-ci se serait défendu, assurant d'abord avoir demandé aux journalistes en charge de l'émission de changer d'angle, puis déclarant avoir interdit le débat. Une version ensuite démentie par l'équipe chargée du débat : aucun doute, pour eux, Deniau leur avait donné son feu vert.

Un rédacteur en chef qui ment pour se couvrir : la "faute professionnelle" aurait signé l'arrêt de mort de Deniau. Cette version laisse pourtant sceptiques plusieurs membres de la rédaction, qui voient en Deniau un chef loyal qui a toujours soutenu ses troupes.

Autre raison invoquée, de façon non-officielle : le directeur de la rédaction avait posé une semaine de vacances juste au moment de la crise entre la Russie et la Géorgie. C'est donc par téléphone uniquement qu'il a piloté ses troupes. Qu'il ne soit pas rentré de vacances aurait gêné ses chefs.

Bertrand Coq



Mais dans cette affaire, ce qui étonne, c'est la simultanéité des deux limogeages. Car Coq et Deniau, tous deux lauréats du prix Albert Londres, étaient très liés. "Il sont très potes, ils se soutiennent à mort", explique un journaliste. Or, c'est une toute autre raison qui est invoquée dans le cas de Coq, rapporte un journaliste qui a assisté à la réunion. Il aurait eu des remarques déplacées envers des membres (féminins) de la rédaction. C'était, selon la direction, la dixième fois qu'un problème était signalé.

picto Bertrand Coq, (à l'époque grand reporter à TF1) photo issue de cette galerie Picasa

 

Des journalistes ont confirmé qu'il pouvait se montrer rude envers ses subalternes.

La concordance des deux licenciements serait donc dûe au hasard. Mais au sein de la rédaction, le doute persiste.

Car dans le cadre de la réforme de l'audiovisuel, France 24, tout comme RFI et TV5, rejoignent une holding présidée par Alain de Pouzilhac et dont la directrice générale déléguée n'est autre que Christine Ockrent, l'épouse du ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner.
Kouchner et Ockrent

 

Kouchner sur France 24 Or, on ne peut s'empêcher de penser à la crise qu'a piquée le ministre le 18 juillet dernier à l'antenne de la chaîne internationale. Vexé par un reportage retraçant sa carrière sans concession, Kouchner s'était énervé en direct. "Tout le monde s'imagine qu'Ockrent réfléchit à la nouvelle organisation de la chaîne, et certains ont peur de ne plus en faire partie, ils ont la pétoche", avait alors confié une source interne à la chaîne.

Coq de son coté a écrit en 1993 un livre peu amène pour l'actuel ministre des Affaires étrangères : Les tribulations de Bernard K. en Yougoslavie ou l'imposture humanitaire (Michel Floquet, Bertrand Coq, Editions Albin Michel,1993).

Comme bien d'autres, le journaliste du Point Emmanuel Berretta voit donc dans ces licenciements la main d' Ockrent. Il rappelle que Deniau, tout au long de sa carrière, n'a jamais cédé aux pressions du Quai d'Orsay. Lorsque le Quai recommandait de n'envoyer aucun journaliste en Irak en raison des risques d'enlèvement, lui n'en tenait aucun compte.

Dans la rédaction, on s'inquiète surtout de connaître les futurs remplaçants des deux licenciés. C'est provisoirement Gérard Saint-Paul, le directeur de l'information, qui prend la place de Deniau. Il doit prendre sa retraite en novembre.

Contactés par @si, Gérard Saint-Paul, Alain de Pouzilhac, et Sylvain Attal n'ont pas donné suite.


Mise à jour jeudi 18 septembre à 11h30 :

Ajout de la vidéo de France 24 et précisions sur la présence d'AtMOH et non pas de Thierry Meyssan dans le débat.


Mise à jour mercredi 24 septembre à 12h30 :

France 24 pourrait être poursuivie par la chaîne américaine NBC pour avoir diffusé sans autorisation des images des JO, révèlent le site Rue89 et Libération.

Pendant les JO, la chaîne a en effet diffusé des images sur son site Web, sur Youtube et sur ses antennes française et anglaise. Ce qui fait que l'on pouvait visionner le 100m, épreuve reine, sur le territoire américain, et ce avant même que celle-ci soit diffusée par NBC. La chaîne américaine avait en effet décidé de privilégier le basket de la NBA.

NBC pourrait donc demander des dommages et intérêts à France 24, demande qui pourrait mettre en péril l'existence même de la chaîne, si elle était acceptée.

Cette erreur de la chaîne serait, selon la direction, une des raisons du licenciement de Grégoire Deniau, ex-directeur de la rédaction limogé la semaine dernière. Contacté par Rue89, Grégoire Deniau affirme que "tous les membres du directoire de France 24 étaient au courant qu'on diffusait ces images. Imaginez-vous sérieusement que j'aie pris cette décision sans en référer au directoire ou au service juridique ? De plus, ce n'est pas moi qui ai appliqué cette décision, puisque je suis parti en vacances avant le début des JO."

 

Mots-clés : Deniau, France 24, Kouchner, Ockrent



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Commentaires
Ockrent, le dernier ménage ?
N'oublions pas que France Television sait tolerer les ménages de Mme Ocrkent les conduites anormales de JL Delarue les ...
Par jean-pierre favier
le 13/02/2008
Ockrent n'est pas (encore) sous la tutelle de Kouchner...
Parce que ce serait l'arrivée de Sarko qui aurait créé ce phénomène dans le journalisme???? Il me semble que Jean-Pierre ...
Par Talasrum
le 17/01/2008
Ockrent n'est pas (encore) sous la tutelle de Kouchner...
Travailler de moins en moins pour gagner de plus en plus. Voilà le problème, Talasrum. Ne t'inquiètes pas, ça fait longtemps...
Par Fan de canard
le 17/01/2008
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