Ardèche : quand le préfet boycotte Radio France
"Si vous voulez venir à la réunion, il faudra forcer ma porte..." Le document sonore n'est pas banal. L'histoire qui
oppose le préfet de l'Ardèche à la station locale de Radio France, non plus.
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Samedi 13 septembre, dans ses journaux du matin, France Bleu
France Drôme-Ardèche diffusait une interview de Claude Valleix, préfet de l'Ardèche. |
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Cette annonce publique est le dernier acte d'une crise d'une rare violence entre France Bleu et la préfecture, qui a atteint son apogée jeudi 11 dans l'après-midi.
Peu de temps après les inondations qui ont frappé la région au début du mois, le préfet, Claude Valleix, organisait une conférence de presse sur les dégâts des derniers orages et sur l'alerte orange en cours dans le département. Une vingtaine de journalistes sont conviés à Privas (Ardèche), mais pas ceux de France Bleu. Un journaliste, accompagné de son rédacteur en chef Joël Cuoq, s'y rend tout de même.
A l'entrée, il leur est signifié que leur présence "n'est
pas souhaitée". Cuoq demande alors au préfet de venir lui dire lui-même
qu'il est privé de conférence de presse... et l'enregistre. "Si vous
voulez venir à la réunion, il faut forcer ma porte, je ne vous ai pas invité",
lance Valleix. Comme il l'a indiqué ensuite à l'AFP, Cuoq répond au préfet
qu'en tant que membre du conseil départemental de sécurité et responsable d'une
radio de service public, il devrait avoir accès à une conférence de presse dont
l'objet est une alerte météo, qui doit être répercutée à la population. Sans
résultat.
Finalement, Pascal Terrasse, président PS du conseil général
de l'Ardèche, qui assiste à la réunion, intervient auprès du préfet pour faire
entrer le rédacteur en chef de France Bleu, mais sans le journaliste qui
l'accompagne. Selon plusieurs témoins, en ouverture de réunion, le préfet déclare
alors : "Il y a de bons et de mauvais journalistes, ceux qui mentent et
ceux qui disent la vérité". Cuoq quitte la salle, accompagné par
quelques confrères.
Le lendemain, vendredi 12, la radio diffuse un reportage
racontant le clash. Témoignage du Cuoq, interview de Terrasse, critique des
méthodes du préfet...
... la charge est musclée ![]() |
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Interrogé par @si, Joël Cuoq explique s'être décidé à rendre l'incident public "parce que nous sortions d'une
situation de catastrophe naturelle, risquions d'y retourner et que c'est justement
dans ces circonstances que nos radios locales de service public ont un rôle
capital".
Le quotidien régional Le Dauphiné Libéré évoque lui
aussi brièvement l'incident et dénonce "cette atteinte à la liberté de la presse".

A l'origine, une famille de sans-papiers
Comment en est-on arrivé là ? Les tensions entre la préfecture et la station remontent à plus d'un an, selon des journalistes de la station interrogés par @si.
Lors d'un congrès de maires du département en mai 2007, le
préfet semble avoir été agacé par une question de la radio sur une famille de
sans-papiers de Tournon, question qu'il a jugé déplacée. Cette famille bénéficiait à l'époque du soutien du Réseau Education sans frontières (RESF), mais aussi d'élus locaux.
Par ailleurs, le préfet semble être un habitué des escarmouches avec RESF, puisqu'en septembre 2008, l'association s'indignait de son comportement dans une autre affaire de famille de sans-papiers à Tournon. Le préfet a refusé de fournir un visa au
père, alors qu'un employeur lui assurait un emploi.
"Le dossier de régularisation de la famille Klandanjcic (3 enfants) a été rejeté début otobre. Famille parfaitement intégrée depuis de longs mois dans la vie locale de Tournon (enfants scolarisés, activités associatives humanitaires, recherche et promesse d'emploi) cette famille a reçu le soutien unanime du Conseil Municipal de Tournon le 5 juillet 2007 pour ses démarches de régularisation, écrit l'association. Le Préfet de l'Ardèche, non seulement rejette cette demande, mais rappelle à l'ordre le Maire et son conseil municipal: les opérations de parrainage d'étrangers en situation irrégulière n'entrent pas dans les compétences municipales."
Interrogés par @si, plusieurs journalistes locaux confirment que le préfet a mal pris la question du journaliste de France Bleu lors du congrès de maires en 2007. Signe des tensions, aucun n'a voulu témoigner en-dehors de l'anonymat.
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Après avoir été en poste à St-Pierre-et-Miquelon, puis de Haute-Marne, Claude Valleix, 63 ans, a été nommé préfet de l'Ardèche en février 2007. |
"Il est très dur dans ses relations avec la presse, il considère qu'il a un message à faire passer et n'apprécie pas trop qu'on lui pose nos propres questions. Il ne cache pas qu'il a ses têtes parmi les journalistes", explique l'un d'entre eux. "Il est coutumier des remarques négatives pendant qu'on l'interviewe et a déjà appelé des rédactions pour se plaindre quand il estime que son image est déformée ou ternie", assure un autre. Qui précise : "Dans notre coin, l'association RESF est très active, tous les journalistes couvrent régulièrement tous leur activité. La guerre entre Valleix et France Bleu s'explique aussi par un conflit de personnes : ils ne s'aiment pas, avec Cuoq."
Le rédacteur en chef de France Bleu Drôme-Ardèche souligne pour sa part qu'"il ne s'agissait pas d'un différend sur un point de détail, mais le bout d'une histoire compliquée longue de plus d'un an".
S'en suit donc une série
d'incidents, la radio s'estimant purement et simplement boycottée par la
préfecture pendant plusieurs mois. "Nous n'avions plus accès aux
membres des services locaux de l'Etat, comme la Direction Départementale des
Affaires Sanitaires et Sociales quand il fallait pourtant parler de mesures
sanitaires importantes prises en Ardèche", a par exemple expliqué un membre de la rédaction à 20 minutes.
La préfecture n'a pas répondu à nos questions, mais le
préfet a reconnu auprès de l'AFP "avoir un différend avec France Bleu
quant à l'objectivité avec laquelle ils traitent les informations relatives à
l'action de l'Etat dans le département".
L'affaire semble toutefois classée. "La situation est
désormais normalisée, et nous nous en réjouissons", assure Cuoq. Vendredi
après-midi, le préfet a reçu deux membres de la direction de Radio France, qui
ont fait le déplacement "pour tout mettre sur la table et remettre les
relations à plat".
C'est chose faite avec l'interview de samedi matin. "Nous l'avons déjà invité pour répondre à nos auditeurs dans les prochaines semaines", glisse le rédacteur en chef. Dans les couloirs de la station, on se dit satisfaits :"C'est pour la régler que nous avons rendu cette affaire publique. Notre intérêt n'était absolument pas d'entamer un bras de fer pendant des mois avec une institution aussi importante. Cela aurait été intenable."
le 29/01/2009
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