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observatoire le 11/09/2008 par Justine Brabant

Koons à Versailles : une "polémique" peut en cacher une autre

Le chien-ballon, et le joli nonos à François Pinault

De l'art contemporain au château de Versailles ? Une manne pour les télés, assurées de récolter de belles images et une petite controverse sur l'opportunité de ce mélange des genres artistiques. Un autre débat concernant l'exposition aurait pu attirer l'attention des journalistes, mais n'a pas eu autant de succès : celui des intérêts financiers du tandem Pinault-Aillagon.

 

L'image est aussi belle qu'improbable : une décoiffante sculpture de chien gonflable, trônant au milieu des tapisseries royales. L'auteur de "Balloon Dog", Jeff Koons, est un artiste américain bien connu dans le milieu de l'art contemporain, dont les oeuvres se vendent jusqu'à des dizaines de millions d'euros pièce.

Son exposition dans le château et les jardins de Versailles fâche certains puristes. Une "polémique" qui a attiré l'attention des jités.

Cliquez sur l'objet du scandale picto

Voilà, à grands traits, la "polémique" Koons telle que présentée par les jités : un chien gonflable c'est bien, mais pas à Versailles monsieur (et devant un Fragonard en plus !).

Pourtant, l'exposition Koons ne pose pas que la question du statut de l'art contemporain. Un article du journal de Lutte Ouvrière daté du 12 septembre relève un détail d'un tout autre ordre : "Quel que soit l'éventuel génie artistique de Koons, il a au moins le talent d'avoir su monter dans le bon wagon, celui du milliardaire François Pinault."

balloon-dog-venise

L'homme d'affaires et collectionneur d'art possède en effet plusieurs pièces de Koons.

picto Balloon Dog trône d'ordinaire à l'entrée du Palazzo Grassi, le palais vénitien qui abrite la collection Pinault

Mais quel rapport avec l'exposition à Versailles ?

Il s'appelle Jean-Jacques Aillagon. L'ancien ministre de la culture, actuel directeur du château de Versailles, connaît bien Pinault. Il a été son salarié: conseiller au sein du groupe Artemis, et directeur du Palazzo Grassi.

Ainsi, l'exposition organisée par Aillagon peut s'analyser comme une forme de spéculation au profit de Pinault : "Pinault, en soutenant la cote de l'artiste, comme il le ferait d'une cote boursière, soutient à la fois son capital propre, puisqu'il possède nombre des œuvres en question, et ses affaires, puisqu'il est propriétaire de Christie's, une des deux sociétés qui se partagent le marché de l'art, estime Lutte Ouvrière. Plus les œuvres sont chères, plus elle s'échangent, plus Christie's s'épanouit. Son chiffre d'affaires est passé de deux milliards de dollars en 2002 à six milliards de dollars en 2007. (...) Aujourd'hui Aillagon, devenu directeur du château de Versailles, organise une exposition Koons, sponsorisée par Pinault, avec des œuvres prêtées par le milliardaire. (...) Gageons que la cote de Koons va encore grimper, pour le plus grand bénéfice de l'artiste et de son protecteur."

Fin août, Libération faisait déjà mention de ce "copinage" dans un article consacré à l'exposition : "Certains détracteurs n’ont pas manqué de noter, léger « détail », que François Pinault, qui nomma Aillagon à la tête de sa Fondation quand il fut débarqué du ministère de la Culture par Jacques Chirac, est le principal collectionneur de Jeff Koons. Les monumentaux Chien-ballon et Cœur sont plantés à l’ouverture de son vénitien Palazzo Grassi. Du coup un nuage de marketing semble flotter au-dessus de l’exposition Koons à Versailles, qui ne servirait qu’à renforcer la cote marchande de l’artiste."

Dans une interview donnée au Figaro, Aillagon reconnaît d'ailleurs que Pinault avait cette exposition en tête : "À la conférence de presse de la présentation de la Pointe de la Douane, on a demandé par boutade à François Pinault: «Maintenant que M.Aillagon est à Versailles, fera-t-il venir Jeff Koons à Versailles?» Et François Pinault de répondre: «Pourquoi pas, si M.Aillagon le souhaite."

Mais de tout cela, les télespectateurs ne sauront rien.

 

Mots-clés : Aillagon, conflit d'intérêt, Koons, Pinault, spéculation, Versailles



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Commentaires
Koons à Versailles : une "polémique" peut en cacher une autre
Cette exposition ne sert-elle qu'à renforcer la cote marchande de "l'artiste" ? On peut considérer inversement que la cote de...
Par Variation
le 11/09/2008
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