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Russie contre Géorgie, guerre des propagandes
Images contre images, conseillers contre conseillers, propagande contre propagande.
Publié le 16/08/2008  Alimenté le 22/08/2008
observatoire le 20/08/2008 par la rédaction

Géorgie : Minc contre BHL

C'est une controverse inédite (et inattendue) sur la scène médiatico-intellectuelle parisienne, que vient de faire éclater le conflit géorgien. D'un côté, Bernard-Henri Lévy défend la Géorgie agressée par la Russie de Poutine. En face, Alain Minc défend l'accord Sarkozy, qui fait bon marché de l'intégrité territoriale géorgienne.

Après l'affaire Val/Siné, la cartographie de la polémique française est-elle en train de se redessiner ?

A l'heure où la Russie promet de se retirer de Géorgie, conformément à l'accord négocié sous la houlette de Nicolas Sarkozy, Le Monde publie dans son édition du 20 août un long reportage de Bernard-Henri Lévy, qui s'est déplacé dans la Géorgie occupée par les forces militaires russes.

Sur une double page, le philosophe (et membre du conseil de surveillance de Libération) se livre en fait à un plaidoyer en faveur de Mikheïl Saakachvili, le président géorgien, qu'il présente comme abandonné par l'Occident face à la Russie de Medvedev et Poutine.

Géorgie - BHL dans le Monde

Le philosophe-reporter donne largement la parole à Saakachvili, mais ne livre jamais le point de vue russe. Et même s'il le sous-entend, il n'écrit jamais explicitement que c'est bien la Géorgie qui a déclenché les hostilités en envoyant son armée remettre de l'ordre dans la province séparatiste d'Ossétie du Sud. Cette offensive faisait suite à des années de tension dans la région, résumées par exemple ici par Associated Press. Selon les Ossètes, les attaques géorgiennes auraient fait plus de 1400 morts, ce que dément la Géorgie.Et c'est cette offensive militaire qui a déclenché l'intervention russe, officiellement censée défendre le territoire séparatiste face à l'armée géorgienne qui cherchait à en reprendre le contrôle.

Sous la plume de BHL, Saakachvili se justifie longuement, affirmant que lorsqu'il a lu la première fois que son pays préparait la guerre, il était "en Italie, en train de faire une cure d'amaigrissement et sur le point de partir pour Pékin".
Le président rejette la faute sur les Russes, qui auraient alimenté "les agences de presse de ce baratin" tout en massant leurs chars à la frontière. Et "au cent cinquantième char positionné face à vos villes, vous êtes obligé d'admettre que la guerre a commencé et, malgré la disproportion des forces, vous n'avez plus le choix..."

Mais BHL ne se contente pas de faire parler Saakachvili. Il dépeint un homme jeune, dynamique, intelligent... et ami de la France : "Il est jeune. Très jeune. D'une jeunesse qu'accuse encore l'impatience des gestes, la fièvre du regard, des éclats de rire brusques ou encore cette façon d'enfiler les canettes de Red Bull comme si c'était du Coca-Cola. (...) Il est francophile et francophone. Féru de philosophie. Démocrate. Européen. Libéral au double sens, américain et européen, du mot." Pas de doute, c'est un "grand résistant".

Les Russes ne sont pas traités à la même enseigne, loin de là. Les deux premiers soldats que l'on croise dans l'article sont un officier qui "a l'air d'avoir trop bu" et un autre "bouffi d'importance et de vodka". L'armée russe traine derrière elle des "bandes ossètes et cosaques" qui ont, "dans leur sillage, pillé, violé, assassiné".
Lorsqu'il décrit les villes géorgiennes occupées, l'auteur choisit encore ses mots avec soin. Gori ? Elle "n'appartient pas à cette Ossétie que les Russes prétendent être venus «libérer». C'est une ville géorgienne. Or ils l'ont brûlée. Pillée. Réduite à l'état de ville fantôme. Vidée." Shrinvali ? Des "cadavres géorgiens" y "seraient livrés aux porcs et aux chiens". Kaspi ? Les Russes y ont"atteint les centres vitaux d'une économie dont dépendent, indirectement, celles de la région et du pays. Terrorisme ciblé."

Terrorisme, le terme qui fait trembler l'Occident au début du 21ème siècle. Ailleurs dans son texte, BHL avait déjà souligné qu'un soldat russe lui avait affirmé que son pays armait le Hamas et le Hezbollah au Moyen-Orient...

Et face aux terroristes, les "réfugiés" : "un paysan blessé au front, encore hébété de terreur" ; une "vieille dame" et une "femme enceinte", blessées mais "tirées de l'enfer" ; un "chef mécanicien, grièvement blessé à la hanche" qui conduit la réparation d'une voie de chemin de fer "depuis sa chambre".


Cette forte charge avait été préparée moins d'une semaine plus tôt par la tribune que BHL avait cosigné le 14 août dans Libération avec son vieux camarade André Glucksmann, connu pour son engagement en faveur de l'indépendance de la Tchétchénie.

Titré "Sos Géorgie ? Sos Europe !", ce texte dénonçait "les olympiades de l'horreur au Caucase". Pour les signataires, l'intervention russe en Ossétie du Sud était "probablement" le "tournant le plus décisif de l'histoire européenne depuis la chute du mur de Berlin".


Et les deux philosophe n'y allaient pas par quatre chemins : "Qu'attendent l'Union européenne et les Etats-Unis pour bloquer l'invasion de la Géorgie, leur amie? Verra-t-on Mikhaïl Saakachvili, leader pro-occidental, démocratiquement élu, viré, exilé, remplacé par un fantoche, ou pendre au bout d'une corde? (...) Il faut sauver, ici, une démocratie menacée de mort."

Le texte affirmait que "les spin doctors du Kremlin ont révisé les classiques de la propagande totalitaire : plus mon mensonge est gros, mieux je cogne" et assénait que "l'autocratie poutinienne" n'est "pas un partenaire fiable" : "De quel droit cette Russie là, agressive et de mauvaise foi, est-elle encore membre du G8 ?"


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Cette prise de position de Lévy et Glucksmann avait rapidement déclenché une riposte de la part d'Alain Minc, ancien président du conseil de surveillance du Monde et proche de Nicolas Sarkozy. Le 18 août, avec une tribune clamant "Géorgie : Sos Raison", Minc prenait la défense de l'accord négocié par Sarkozy au nom de l'Union européenne.



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"Arrêtons de rêver : le monde n'est pas angélique. La Russie n'a jamais été une démocratie mais toujours un empire, écrivait-il. Face à cet empire, l'Occident est obligé de mener une stratégie subtile, fût-elle moralement insatisfaisante : transiger le moins possible sur les droits de l'homme, faire participer la Russie à la gouvernance mondiale sans se leurrer sur ses intentions, gérer une relation mêlant indissolublement la confiance et la prudence, le dialogue et la méfiance."

Et Minc d'applaudir l'accord des deux mains : "C'est un miracle que, dans cette affaire géorgienne, la France ait pu bâtir un compromis entre des Etats qui ont connu le joug soviétique, une Allemagne tiraillée elle-même entre l'atlantisme d'Angela Merkel et l'héritage de l'Ostpolitik des sociodémocrates, une Italie historiquement prorusse par mercantilisme, et un Royaume-Uni comme toujours inflexible sur les principes et empirique dans le quotidien."


En premier lieu, l'essayiste pointait le parti-pris de BHL et Glucksmann, qui affirmaient : "Qui a tiré, cette semaine, le premier ? La question est obsolète. Les Géorgiens se sont retirés d'Ossétie du Sud, territoire que la loi internationale place, rappelons-le tout de même, sous leur juridiction."

Minc, lui, ne semblait guère disposé à "faire abstraction du faux pas du président Saakachvili". On peut douter que le plaidoyer de BHL, publié dans Le Monde un jour plus tard, l'ait convaincu.

BHL Tintin

Mise à jour, 21 août:

Pour se détendre, on peut lire aussi le pastiche de la prose béachélienne rédigé par Zineb Dryef sur Rue 89: exclusif, choses vues dans la Syldavie en guerre.

Merci aux @sinautes qui nous ont signalé ce texte.

 

Mots-clés : BHL, Géorgie, Minc, Russie, Saakachvili



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Commentaires
Géorgie : BHL en a dit plus qu'il n'en a vu
Ah, j'en ai vu certains attendre que les amis de BHL viennent le défendre : Eh bien, c'est parti en voici un : Daniel Riot...
Par sleepless
le 24/08/2008
Géorgie : BHL en a dit plus qu'il n'en a vu
" ... Quand on apprend que l’ami de « vingt ans » de Massoud ne l’a connu et rencontré que trois ans avant sa mort, et qu’il ...
Par Jane
le 23/08/2008
Géorgie : Minc contre BHL
Je trouve que vous allez un peu loin avec BHL. Ce monsieur est peu intéressant et très doloriste, mais il ne vaut pas tous ...
Par Yanne
le 20/08/2008
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