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Guerres oubliées des caméras, mais pas du web
Les Touraregs au Niger, les Ouïgours en Chine, les Kurdes au Kurdistan, mènent de longs combats, ignorés des médias internationaux. Certains découvrent l'arme d'Internet, des sites et des blogs.
Publié le 04/08/2008  Alimenté le 14/05/2009
observatoire le 21/07/2008 par Dan Israel

Ouïghours : l'autre Tibet, oublié des JT

Faute de Dalaï-Lama, les musulmans du Xinjiang sont invisibles à la télé

Les autorités chinoises ont annoncé, lundi 6 juillet, la mort d'au moins 140 personnes lors d'émeutes ethniques opposant, dans la province du Xinjiang, représentants de la minorité ouïghoure et représentants de l'ethnie han (majoritaire en Chine). Si ce chiffre est avéré, il s'agirait, d'après l'AFP, des émeutes les plus meurtrières en Chine depuis des décennies.

Pour mieux comprendre ce conflit et sa couverture médiatique, nous vous proposons de relire cet observatoire, paru sur notre site en juillet 2008, et qui analyse  pourquoi la situation des musulmans du Xinjiang est méconnue de la plupart des médias français.


Une région montagneuse aux confins de la Chine; un peuple essayant de conserver ses traditions, sa langue et sa religion face aux Hans; l'ethnie chinoise majoritaire toujours plus présente; un contrôle sévère exercé par Pékin et l'armée...

Le tableau vous semble familier ? Détrompez-vous. Il ne dépeint pas la situation des Tibétains, mais celle d'un peuple aux préoccupations similaires, mais bien moins médiatisées : les Ouïghours.

Peuplant le Xinjiang, tout à l'ouest de la Chine, aux frontières du Pakistan et de l'Afghanistan, les Ouïghours parlent le turc et sont musulmans. Leur province fait officiellement partie de la République populaire de Chine depuis soixante ans.

Dimanche 20 juillet, dans le cadre de ses reportages "pré-JO", France 2 leur a consacré une longue enquête (environ cinq minutes), résumant bien l'ambiance dans le Xinjiang.

Présentation des Ouïghours, extraits picto



Toutes les ambiguïtés de la politique chinoise face à ses minorités sont résumées dans ce reportage, dont la plupart des commentaires pourraient s'appliquer aux Tibétains.

Notable différence, tout de même: les Ouïghours ne se revendiquent pas de la non-violence prônée par le Dalaï-Lama. Un mouvement indépendantiste et islamiste ouïghour, le Mouvement islamique du Turkestan oriental, a été classé organisation terroriste par les Nations unies en 2002 et des experts du terrorisme international affirment qu'il est "proche" de la mouvance al-Qaeda.


Ce mouvement est un coupable tout désigné pour Pékin, qui annonce régulièrement avoir démantelé des groupes terroristes, comme le relatait par exemple le figaro.fr le 10 juillet. Groupes terroristes accusés bien entendu de menacer l'organisation des Jeux olympiques.

C'est d'ailleurs dans son émission dédiée aux Jeux que Canal + a relayé la plus récente de ses annonces officielles...

picto ... sans commentaire particulier.


Mais contrairement aux journalistes de Canal, la plupart des observateurs relativisent ou questionnent les annonces triomphantes de Pékin concernant les Ouïghours.

Ainsi, lors du passage de la flamme olympique au Xinjiang en juin, l'AFP a pris soin de rappeler que "de nombreux musulmans de la région réfutent l'accusation" de terrorisme, "estimant que le gouvernement central s'en sert pour justifier ses politiques visant à les opprimer et à faire disparaître leur culture".

En avril, le figaro.fr, toujours, écrivait que "la menace terroriste islamiste agitée par la Chine, semble exagérée, estiment des analystes et défenseurs des droits de l'Homme, qui voient dans cette révélation un moyen pour Pékin de mettre en avant son contrôle sans faille sur les JO". Et précisait que "le Mouvement islamique du Turkestan oriental, présenté comme une menace récurrente par Pékin, aurait certes eu jusqu'à un millier de combattants mais a souffert de lourdes pertes dans le conflit afghan après le 11 septembre 2001".

Même son de cloche pour Libération, qui indique régulièrement, par exemple en mars, que pour les organisations de défense des droits de l'homme, Pékin "exagère la menace terroriste, pour accentuer la répression contre les autonomistes musulmans, dont le dernier fait d'armes sanglant connu remonte à 1997. Des bombes placées dans des bus avaient fait neuf morts et 74 blessés dans cette région".
Dans cet article, Amnesty International affirme que "tout ce qui est l'expression de l'identité ouïgour équivaut pour les Chinois à du séparatisme et à de la violence terroriste".

En septembre 2005, le Monde relevait que selon Pékin, "des militants armés de la minorité musulmane ouïgoure ont tué 160 personnes et en ont blessé 440 autres depuis dix ans au cours de quelque 260 «incidents»", tout en soulignant qu'il s'agissait avant tout de "justifier la répression dans la région du Xinjiang".

Autant de nuances qui ont peut-être échappé à TF1. En mai, la chaîne relayait les craintes d'Interpol et des autorités chinoises quant à la "menace terroriste" visant les sites olympiques.

"Extrémisme", "islamisation", "attentats-suicides"...

... le commentaire ne lésine pas sur les mots qui font peur picto


Le contraste avec le reportage de France 2 est saisissant. D'un côté, on nous présente un peuple dominé par les Hans, et l'analogie avec le Tibet est constante. De l'autre, on insiste sur une nébuleuse menaçante et prête à frapper, en reprenant en partie le discours du gouvernement chinois.


Mais au-delà de ces divergences d'analyse, les deux chaînes se rejoignent... par leur long silence commun sur le sort des Ouïghours.


Hormis les deux récents reportages, "commandés" par l'actu des Jeux, ce silence est assourdissant lorsqu'on le compare au traitement médiatique réservé au Tibétains. Et l'explication n'est pas démographique : alors que les Tibétains sont environ 5 millions, les Ouïghours sont... plus de 8 millions !

L'explication est peut-être très simple. Comme le souligne la journaliste de France 2, "les Ouïghours n'ont ni Dalaï-Lama, ni Richard Gere pour le faire savoir". La remarque s'applique avant tout aux télés. En effet, la presse écrite se penche relativement fréquemment sur le sort des Ouïgours. Et, détail savoureux, elle reprend régulièrement l'argument de France 2.

Exemple ? Dès juillet 2001, Le Nouvel Observateur notait que "les Ouïghours n'ont pas de dalaï-lama pour populariser leur cause et les garder de l'extrémisme". Un mois après, L'Express soulignait la même chose. Sept ans plus tard, le 5 juin dernier, Libération écrit toujours qu'ils "n'ont pas de drapeau, pas de moines chatoyants ni de dalaï-lama".

En 2001, L'Express résumait déjà très clairement la situation : "Face à la colère qui monte, Pékin brandit le gourdin. C'est au Xinjiang que la confrontation ethnique est la plus violente. Depuis la chute de l'URSS et l'émergence des républiques cousines d'Asie centrale, l'indépendance trotte dans les têtes. (...) Les émeutes se soldent parfois par des centaines de morts, et des milliers d'arrestations. Aveux arrachés sous la torture, procès sommaires, exécutions de masse. Ce fut le cas en 1997, à Yining."

En 2008, rien n'a changé, selon Libération : "La propagande du Parti communiste chinois agite la menace du séparatisme et du terrorisme. Ici, dans ce début d'Asie centrale frontalier de Républiques «suspectes», le «loup» est musulman et «proche d'Al Qaeda». Cela rend la cause ouïgour moins sympathique en Occident. «On n'intéresse personne, dit Batur. Sauf les Chinois. Eux, ils sont en guerre tous les jours.»"

Après avoir fouillé nos archives, nous pouvons confirmer ce témoignage lapidaire.

Les Ouïghours n'intéressent personne, du moins sur les trois premières chaînes nationales : outre les deux sujets précédemment cités, elles ont consacré un seul et unique reportage aux oubliés du Xinjiang.

C'était le 29 octobre 2002, au 13 heures de France2 picto

 

 

Mots-clés : Chine, JO, Ouïghours, Ouïgours



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Commentaires
La liberté sous contrôle des journalistes nigériens
En ces temps difficiles de réinscriptions, je voudrais enfoncer une porte ouverte... Peut importe le nombre de ...
Par _RobR_
le 26/01/2009
La liberté sous contrôle des journalistes nigériens
L'honneur du journaliste est d'aller là où les Etats , les gouvernements interdisent toute investigation , dans ces pays d' ...
Par Mona
le 24/01/2009
Ouïghours : l'autre Tibet, oublié des JT
Encore une fois, on ne peut que déplorer le traitement simpliste de TF1, la chaîne la plus regardée en France. C'est vraiment...
Par Laurent Jutier
le 21/07/2008
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