Ouïghours : l'autre Tibet, oublié des JT
Faute de Dalaï-Lama, les musulmans du Xinjiang sont invisibles à la téléLes autorités chinoises ont annoncé, lundi 6 juillet, la mort d'au moins 140 personnes lors d'émeutes ethniques opposant, dans la province du Xinjiang, représentants de la minorité ouïghoure et représentants de l'ethnie han (majoritaire en Chine). Si ce chiffre est avéré, il s'agirait, d'après l'AFP, des émeutes les plus meurtrières en Chine depuis des décennies.
Pour mieux comprendre ce conflit et sa couverture médiatique, nous vous proposons de relire cet observatoire, paru sur notre site en juillet 2008, et qui analyse pourquoi la situation des musulmans du Xinjiang est méconnue de la plupart des médias français.
Une région montagneuse aux confins de la Chine; un peuple
essayant de conserver ses traditions, sa langue et sa religion face aux Hans;
l'ethnie chinoise majoritaire toujours plus présente; un contrôle sévère exercé
par Pékin et l'armée...
Le tableau vous semble familier ? Détrompez-vous. Il ne
dépeint pas la situation des Tibétains, mais celle d'un peuple aux
préoccupations similaires, mais bien moins médiatisées : les Ouïghours.
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Peuplant le Xinjiang, tout à l'ouest de la Chine, aux
frontières du Pakistan et de l'Afghanistan, les Ouïghours parlent le turc et
sont musulmans. Leur province fait officiellement partie de la République
populaire de Chine depuis soixante ans. Présentation des Ouïghours, extraits |
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Toutes les ambiguïtés de la politique chinoise face à ses
minorités sont résumées dans ce reportage, dont la plupart des commentaires
pourraient s'appliquer aux Tibétains.
Notable différence, tout de même: les Ouïghours ne se
revendiquent pas de la non-violence prônée par le Dalaï-Lama. Un mouvement
indépendantiste et islamiste ouïghour, le Mouvement islamique du Turkestan
oriental, a été classé organisation terroriste par les Nations unies en 2002 et
des experts du terrorisme international affirment qu'il est "proche"
de la mouvance al-Qaeda.
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Mais contrairement aux journalistes de Canal, la plupart des observateurs
relativisent ou questionnent les annonces triomphantes de Pékin concernant les
Ouïghours.
Ainsi, lors du passage de la flamme olympique au Xinjiang en
juin, l'AFP a
pris soin de rappeler que "de nombreux musulmans de la région réfutent
l'accusation" de terrorisme, "estimant que le gouvernement central
s'en sert pour justifier ses politiques visant à les opprimer et à faire
disparaître leur culture".
En avril, le figaro.fr, toujours, écrivait que
"la menace terroriste islamiste agitée par la Chine, semble exagérée,
estiment des analystes et défenseurs des droits de l'Homme, qui voient dans
cette révélation un moyen pour Pékin de mettre en avant son contrôle sans
faille sur les JO". Et précisait que "le Mouvement islamique du
Turkestan oriental, présenté comme une menace récurrente par Pékin, aurait
certes eu jusqu'à un millier de combattants mais a souffert de lourdes pertes
dans le conflit afghan après le 11 septembre 2001".
Même son de cloche pour Libération, qui indique
régulièrement, par exemple en mars, que pour les organisations de défense des
droits de l'homme, Pékin "exagère la menace terroriste, pour accentuer
la répression contre les autonomistes musulmans, dont le dernier fait d'armes
sanglant connu remonte à 1997. Des bombes placées dans des bus avaient fait
neuf morts et 74 blessés dans cette région".
Dans cet article, Amnesty International affirme que "tout
ce qui est l'expression de l'identité ouïgour équivaut pour les Chinois à du
séparatisme et à de la violence terroriste".
En septembre 2005, le Monde relevait que selon Pékin,
"des militants armés de la minorité musulmane ouïgoure ont tué 160
personnes et en ont blessé 440 autres depuis dix ans au cours de quelque 260
«incidents»", tout en soulignant qu'il s'agissait avant tout de
"justifier la répression dans la région du Xinjiang".
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Autant de nuances qui ont peut-être échappé à TF1. En mai, la chaîne relayait les craintes d'Interpol et des autorités chinoises quant à la "menace terroriste" visant les sites olympiques. "Extrémisme", "islamisation", "attentats-suicides"... ... le commentaire ne lésine pas sur les mots qui
font peur |
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Le contraste avec le reportage de France 2 est saisissant. D'un côté,
on nous présente un peuple dominé par les Hans, et l'analogie avec
le Tibet est constante. De l'autre, on insiste sur une nébuleuse
menaçante et
prête à frapper, en reprenant en partie le discours du gouvernement
chinois.
Mais au-delà de ces divergences d'analyse, les deux chaînes
se rejoignent... par leur long silence commun sur le sort des Ouïghours.
Hormis les deux récents reportages, "commandés" par l'actu des Jeux, ce silence est assourdissant lorsqu'on le compare au traitement
médiatique réservé au Tibétains. Et l'explication n'est pas démographique :
alors que les Tibétains sont environ 5 millions, les Ouïghours sont... plus de 8
millions !
L'explication est peut-être très simple. Comme le souligne
la journaliste de France 2, "les Ouïghours n'ont ni Dalaï-Lama, ni
Richard Gere pour le faire savoir". La remarque s'applique avant tout
aux télés. En effet, la presse écrite se penche relativement fréquemment sur le
sort des Ouïgours. Et, détail savoureux, elle reprend régulièrement l'argument
de France 2.
Exemple ? Dès juillet 2001, Le
Nouvel Observateur notait que
"les Ouïghours n'ont pas de dalaï-lama pour populariser leur cause et
les garder de l'extrémisme". Un mois après, L'Express soulignait la même chose. Sept
ans plus tard, le 5 juin dernier, Libération écrit toujours qu'ils "n'ont
pas de drapeau, pas de moines chatoyants ni de dalaï-lama".
En 2001, L'Express
résumait déjà très clairement la situation : "Face à la colère qui monte, Pékin brandit le
gourdin. C'est au Xinjiang que la confrontation ethnique est la plus violente.
Depuis la chute de l'URSS et l'émergence des républiques cousines d'Asie
centrale, l'indépendance trotte dans les têtes. (...) Les
émeutes se soldent parfois par des centaines de morts, et des milliers
d'arrestations. Aveux arrachés sous la torture, procès sommaires, exécutions de
masse. Ce fut le cas en 1997, à Yining."
En 2008, rien n'a changé, selon Libération : "La
propagande du Parti communiste chinois agite la menace du séparatisme et du
terrorisme. Ici, dans ce début d'Asie centrale frontalier de Républiques
«suspectes», le «loup» est musulman et «proche d'Al Qaeda». Cela rend la cause
ouïgour moins sympathique en Occident. «On n'intéresse personne, dit Batur.
Sauf les Chinois. Eux, ils sont en guerre tous les jours.»"
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Après avoir fouillé nos archives, nous pouvons confirmer ce témoignage lapidaire. Les Ouïghours n'intéressent personne, du moins sur les trois premières chaînes nationales : outre les deux sujets précédemment cités, elles ont consacré un seul et unique reportage aux oubliés du Xinjiang. C'était le 29 octobre 2002, au 13 heures de France2
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le 26/01/2009
le 24/01/2009
le 21/07/2008

