Chez Alain

Alain Korkos a animé pendant plusieurs années le blog "La boîte à images". Sa manie irrépressible : explorer les résonances, dans le fonds imaginaire que partagent beaucoup d'entre nous, des images d'aujourd'hui. Rythme de la chronique : chaque samedi. Sa chronique reprendra le 7 février 2017.

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chronique du par

Les magnolias de Khan Cheikhoun

Jeudi matin, 6 avril 2017. Vous êtes en train de plancher sur votre chronique hebdomadaire où il est question d'un adolescent mort de manière extrêmement brutale, sujet difficile, pénible, sujet que vous avez tenté d'ignorer pendant plusieurs jours mais qui vous sautait aux yeux à chaque fois que vous baissiez la garde, sujet qui vous a choisi en quelque sorte, que vous êtes contraint de regarder en face parce que continuer de l'éviter vous ferait trop honte, vous vous en voudriez pendant un bon petit paquet de temps alors vous vous y attelez, vous rédigez un vague plan qui très vite se transforme en bouts de phrases voire en phrases complètes et ça y est, sans vraiment vous en rendre compte vous vous retrouvez à deux cents bornes au sud de Memphis (Tennessee) en plein été dans une épicerie située au bout de nulle part quand soudain ding ! un email vous arrive et c'est le patron de ces lieux qui vous adresse un lien vers la une du Libé du jour - que vous n'aviez pas encore vue - et paf ! vous vous la prenez en pleine face et ça fait très mal.

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Oublié, le corps sans vie défiguré de cet adolescent qui vous hantait (vous en parlerez dans une chronique ultérieure), place aux cadavres de huit enfants parfois à demi nus ou ne portant qu'un slip, huit cadavres empilés, huit Enfants d'Assad, image insoutenable rappelant celles de charniers bien connus quoique relégués aux oubliettes par certains qui pensent que tout ça c'est du passé, qu'il faut regarder droit devant…

… alors c'est ça, oui, regardons droit devant sans nous attarder sur ces corps posés en vrac, ces fragiles poitrines translucides telles celles des Pietà de marbre blanc ou des petits musiciens de porcelaine rococo…


… regardons d'un air détaché ces cadavres aux yeux grands ouverts dont certains semblent figés dans une espèce d'extase trompeuse, saisis par ce «puissant neurotoxique mortel, de la famille des organophosphorés, inventé en 1938 en Allemagne en tant qu'insecticide » qu'on appelle gaz sarin et qui provoque convulsions musculaires, stimulation des sécrétions buccales, paralysie complète et asphyxie entraînant la mort, oui, arrêtons-nous rien qu'un instant sur ces Enfants d'Assad déjà promis à l'oubli puisque ce ne sont pas les premiers, ce gaz avait anéanti mille quatre cents personnes en 2013, qui s'en souvient mais ce n'est pas notre problème nous en avons d'autres avec ces élections qui approchent et puis allez tout n'est pas noir, oh les beaux jours ! voilà le printemps, alors oui contemplons les impressionnantes coupelles des...

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