Américaines, japonaises, mais aussi européennes : une plongée dans l'univers des séries télé, actuelles et historiques, leurs codes, leurs recettes, leurs modes de consommation. Avec toutes nos émissions "@u prochain épisode"

Publié le 19/08/2013  Alimenté le 07/09/2017
Girls - casting
chronique du par

Apprendre à être une fille d'aujourd'hui grâce à Girls

Vivre avec les séries, épisode 2

L’autre soir, quand je suis rentrée chez moi, une jeune femme pleurait sur mon canapé. Appelons-la Sophie, c’est ma baby sitter. J’ai pris ce ton doux et ouvert qui sonne l’ouverture des confidences féminines, et j’ai demandé: "Sophie, qu’est-ce qui se passe?". Sophie: "J’ai un gros problème". Moi: "J’espère que c’est pas un problème de santé?" Sophie: "Non, c’est beaucoup plus grave que ça."Moi: "Sophie, expliquez-moi, car là je commence à m’inquiéter." Sophie: "J’arrive pas à choisir entre mon ex et mon actuel petit ami." Moi: "Ouf, vous m’avez fait peur. Vous savez, c’est un problème classique, on va le résoudre en deux coups de cuillères à pot. C’est simple: lequel des deux vous aimez le plus?" Elle (ouvrant de grands yeux): "Oh mais c’est pas du tout le problème!" Moi (ouvrant aussi de grands yeux, mais plus difficilement, car il se faisait tard): "Comment ça, c’est pas le problème?" Elle "J’en aime aucun des deux. Mais j’arrive pas à choisir." (elle se remet à pleurer). Moi: "De mon temps, on pleurait quand on n’arrivait pas à choisir entre deux choses qu’on aimait." Elle (vaguement méprisante) : "Oui, mais moi, je suis une fille d’aujourd’hui". Elle est partie, laissant sur le canapé un coussin humide de larmes et moi dans la perplexité. Alors, tandis qu’un début d’insomnie pointait son nez blafard, j’ai mis Girls.

Girls, pour ceux qui ne la connaissent pas encore, c’est une chronique autour de quatre filles qui vivent à New York: une belle brune à la beauté saine et typiquement américaine (dents carrées, sexualité à l’avenant), une belle blonde hippie et excentrique (tenues baba, sexualité à l’avenant), une petite brune ingrate et empêtrée (visage chevalin, sexualité à l’avenant). Elles se fâchent, se réconcilient, sont re-amies à la vie à la mort, puis se refâchent.

Au centre, Lena Dunham, la star de la série, l’actrice principale, la conceptrice et la réalisatrice. Elle a inventé un personnage totalement inédit. "Hannah", ce n’est ni le charme d’une voix, ni un bagout particulier, ni une beauté atypique, ni un génie d’actrice renversant, c’est avant tout un corps. Certains la décrivent comme une "petite grosse", c’est plutôt une petite fille empâtée, qui a trop d’estomac, des jambes pataudes, des organes asexués, et dont les seins sont des bourrelets naissants.

Si je parle de ce détail mammaire, c’est parce que Lena Dunham se met tout le temps nue dans la série. C’est "un personnage à poil".

Essayons de comprendre ce personnage. Jusqu’ici, quand une "fille moche" était l’héroïne d’une série, sa "mocheté" était l’enjeu principal, source de gags, vagues à l’âme, pleurs et rires. Ici, pas du tout, la laideur physique du personnage ne pose jamais problème. Sur le net, ce déshabillage intempestif est l’objet de toutes les moqueries: "corps trop moche", "exhibitionnisme pénible"...

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