Bettencourt, les "miettes", et l'indicible
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Bettencourt, les "miettes", et l'indicible

On perd parfois de vue l'essentiel. Pourquoi tout le gouvernement, au risque de sombrer dans l'indignité

, s'aggripe-t-il ainsi , sur ordre d'en haut, à Woerth en perdition ? Par masochisme ? Par aveuglement ? Non. Parce que Woerth, c'est la réforme des retraites. Et cette réforme, si elle va jusqu'au bout, c'est tout ce qui restera du sarkozysme. Accessoirement, de cette réforme, dépend le maintien de la note AAA de la France. Ou du moins le gouvernement le croit-il, peut-être à tort, selon cet article de Slate.fr, où l'on apprend que toutes les gesticulations françaises sur la rigueur n'ont peut-être aucun fondement. Mais comme dit drôlement l'article : "quand tout le monde annonce des mesures, celui qui ne fait rien attire l'attention fort peu bienveillante des agences de notation et des marchés". Merci, Slate.fr, de confirmer ce que nous avons montré dans notre grande enquête : ce n'est que ça, cette injuste réforme des retraites , qui va priver de deux ans de repos nombre de salariés et ouvriers. De la simple gesticulation injustifiée.

On ne lit pas assez Slate.fr (en tout cas, pour ce qui me concerne). Par exemple, cet autre article, à propos de l'affaire Bettencourt. En gros, si le fisc ménage Liliane Bettencourt, la solidarité conjugale des Woerth n'y serait pour rien. Mais il y aurait une sorte de tradition nationale, gauche et droite confondues, d'indulgence envers l'héritière de L'Oréal, depuis que le couple Bettencourt aurait promis à Mitterrand de ne jamais vendre L'Oréal à Nestlé, ni à personne, du vivant de Liliane. Promesse scellée par les solidarités de l'Occupation et de la Résistance, où Mitterrand et le mari Bettencourt se rendirent des services mutuels. Dans ce contexte, l'île d'Arros, par exemple, ne serait qu'une "miette", passée inaperçue. Et quelques dizaines de millions oubliés en Suisse ? De grosses miettes aussi, et rien de plus.

Ainsi racontée, l'histoire ressemble à une saga d'été de France 2. L'article, il est vrai, est passablement confus, s'embrouille un peu dans les promesses, et glisse un peu vite sur les fantômes cagoulards qui rôdent depuis la guerre sur L'Oréal, lesquels fantômes ne vont pas manquer de resurgir dans les jours qui viennent (quand le couvercle est soulevé, il est soulevé). Et pourtant, ce dézoom historique est utile, pour ne pas se laisser hypnotiser par l'abrutissante actualité. Il n'est pas illogique que le gouvernement , son fisc, son parquet des Hauts de Seine, accordent une attention particulière à l'une des principales entreprises du CAC 40, Woerth ou pas Woerth. D'ailleurs, le pouvoir commence à le reconnaître. Peut-on glisser de cette "attention" à des indulgences particulières à son actionnaire octogénaire ? Est-ce légitime ?

On sent bien que Philippe Boggio, auteur de l'article de Slate.fr, pense que oui, sans oser cependant le dire tout haut. Boggio-Plenel : comme ça me rajeunit ! Au début des années 80, c'étaient les mêmes débats, qui nous traversaient, au service des informations générales du Monde. Ou plutôt, les mêmes non-débats. Car les sociaux-démocrates, les tièdes, les réalistes, n'osent jamais soutenir publiquement leur compréhension des inavouables compromis. Pour le gouvernement, la seule manière de sauver Woerth, serait de justifier la complaisance envers Bettencourt et ses "miettes" de l'océan indien, au nom de l'intérêt supérieur du pays. Mais c'est évidemment, pour toutes sortes de raisons, indicible.

PS : Pour ceux qui, par extraordinaire, ne l'auraient pas encore entendue : la première chronique de Didier Porte, "@ la Porte", est ici !

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