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Partenariats : Mediapart attaque Marianne. Dommage collatéral à Libé

Par le - 13h13 - lu

Chute des ventes, comptes exangues malgré la perfusion de deniers publics... Marianne va mal. Mais le naufrage de l'hebdo, aujourd'hui en cessation de paiement, dépasse de loin le simple bilan comptable, selon une enquête de Mediapart sur "La face cachée" de l'hedomadaire. Une enquête qui se penche sur les dérives éthiques au sein de l'hebdo sous la direction de l'actionnaire Yves de Chaisemartin. Entre censure et pressions de la direction pour imposer des partenariats commerciaux et du publireportage, le journaliste Laurent Mauduit décrit un hebdo à la dérive, prêt à tout pour renflouer ses caisses, au grand dam de la rédaction.

"La face cachée de Marianne", c’est le titre d’une enquête de Laurent Mauduit publiée mardi 31 janvier sur Mediapart. Le journaliste y dresse un état des lieux sinistre d’un magazine en cessation de paiement depuis fin 2016. Il y ausculte "le naufrage" d’un hebdo qui a vu ces dernières années ses ventes dégringoler (234 000 numéros vendus en 2012 contre 143 000 fin 2016) et ses pertes financières atteindre des records, malgré la perfusion de deniers publics dont le titre a bénéficié. Pour autant, note Mauduit, "on aurait tort de penser que le naufrage n’est qu’économique (…) il est aussi éthique et moral."


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En cause ? Le cap pris par le journal sous la direction d’Yves de Chaisemartin, entré au capital de Marianne en 2005 et devenu l’actionnaire majoritaire du titre. Et surtout, Mediapart se penche sur "les manquements graves aux règles de déontologie" sous la direction de Chaisemartin, non sans soulever l’indignation de la rédaction. À commencer par les partenariats douteux passés entre l’hebdo et certaines personnalités.

BHL et la publicité gratuite

Mauduit raconte la stupeur qui a saisi la rédaction après la parution du numéro de juin 2016 dont la couverture était en partie consacrée au dernier film de Bernard Henry Lévy, Peshmerga. En plus de la Une, pas moins de 5 pages dithyrambiques consacrées au sujet, dont un édito écrit par un certain Alexis Lacroix. Qui est-il ? "Chargé à l’époque des pages «Idées» du magazine (…) le journaliste travaille aussi pour la revue La Règle du jeu de Bernard-Henri Lévy", note Mediapart. Mais au-delà du conflit d’intérêt, l’épisode BHL marque la rédaction pour une autre raison. En effet, les représentants de la rédaction de Marianne, très remontés, ne tardent pas à en apprendre davantage.

nouveau media

Mediapart publie des extraits de procès-verbaux du comité d’entreprise du 16 juin 2016 dans lequel le directeur général de l’hebdo dévoile en effet l’existence d’un partenariat passé avec Lévy : "BHL a pris les dos de kiosques pour vingt et quelque mille euros, ainsi que l’avant-première où on a invité nos lecteurs." Avant la parution de l’article, BHL a joint Mediapart en assurant n’avoir apporté aucun financement à Marianne. Mais Mediapart, qui publie le démenti de BHL, maintient : selon ses informations, "BHL a lui-même financé pour un peu plus de 20 000 euros des affiches pour les dos de kiosques, affiches que le magazine ne confectionnait plus depuis de longs mois pour des raisons d'économie budgétaire." Une publicité gratuite, en somme, pour le magazine qui permet à BHL d’assurer par ailleurs sa promo.

une rédaction sous pression commerciale

L’enquête de Mediapart, qui s’appuie notamment sur les témoignages de plusieurs journalistes de l’hebdo et sur les procès verbaux issus de plusieurs comités d’entreprise du magazine, met en lumière les inquiétudes grandissantes de la rédaction. Et le bras de fer constant face une direction qui intensifie la pression pour recourir au publireportage et aux partenariats commerciaux comme moyen de renflouer les caisses. "Cette semaine, j’ai rencontré une banque qui m’a clairement dit qu’au regard des papiers parus dans Marianne à l’encontre des banques, elle n’avait pas du tout envie de nous aider", reproche à sa rédaction le directeur général de l’hebdo en comité d’entreprise le 30 juin 2016, avant d’ajouter: "Dans nos recherches de partenariat pour les conférences en ligne, nous avons été voir Veolia et Air France. Qui nous a clairement reproché d’être de parti pris."

Mise en cause, la rédaction de Libé déplore de ne pas avoir été contactée par Mediapart

En s’appuyant sur le procès verbal tiré du comité d’entreprise du 16 juin 2016, Laurent Mauduit retranscrit dans son enquête les propos tenus par le directeur général de l’hebdo, Frederick Cassegrain à cette occasion. Celui-ci aurait évoqué devant les représentants de la rédaction la perspective d’un partenariat publicitaire avec la ville de Cherbourg, en échange de deux pages dans Marianne. Les journalistes s’inquiètent alors de voir l’hebdo céder aux sirènes de la pub déguisée. "On ne peut pas faire de pub déguisée (…)On ne peut pas, d’une main, demander à nos lecteurs de soutenir notre indépendance et de l’autre faire des publireportages" s’indigne lors de la réunion le journaliste Bruno Rieth.C’est alors que, selon les propos rapportés par Mauduit, le directeur général de Marianne aurait avancé l’exemple d’un supposé partenariat passé entre Libération et DCNS. Le groupe français d’industrie naval militaire DCNS, aurait "payé" Libé pour qu’il lui consacre un article sur mesure. "Eh bien, le papier est très élogieux. En plus, c’est une belle boîte", semble alors se réjouir Cassegrain, cité par Mediapart.
Les propos de Cassegrain rapportés par Mauduit ont fait bondir la société des journalistes de Libé. Dans un communiqué, elle déplore que le journaliste de Mediapart n’ait pas pris la peine de contacter la rédaction de Libération pour vérifier l’affirmation. "Ces derniers jettent, sans la moindre preuve, le discrédit sur le travail des journalistes de Libération". La SJPL est formelle: "vérification faite, jamais Libération n’a conclu de partenariat ou de contrat publicitaire avec DCNS" Et les journalistes de Libé d’ajouter: "Le groupe naval n’a fait l’objet d’aucun traitement promotionnel. Jamais non plus cette question d’un partenariat avec DCNS n’a été évoquée où débattue par la rédaction de Libération."
Dans une mise à jour de son article, Mauduit a ajouté : "Soit dit en passant, la Société des rédacteurs de Libé (SJPL) conteste le moindre partenariat avec DCNS."


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