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Nice : une policière municipale dénonce l'Intérieur. Cazeneuve porte plainte

Par le - 15h05 - suivi

La polémique sur le dispositif policier déployé le 14 juillet à Nice ne désenfle pas, plus d’une semaine après l’attaque au camion qui a fait 84 morts sur la promenade des Anglais. Après les accusations sérieuses portées par Libération contre le ministère de l'Intérieur accusant l’Etat de "failles" et de "mensonges" sur la présence policière le soir de l’attentat (lire notre enquête), c’est la responsable de la vidéosurveillance de Nice qui monte au créneau dans une interview au Journal du Dimanche (JDD), affirmant avoir subi des pressions du ministère de l'Intérieur lui donnant ordre de rendre compte de faits qu'elle n'a pas vus. Ce dimanche, le ministre riposte en annonçant sa décision de plainte pour diffamation.

Dans une interview au JDD de ce dimanche, Sandra Bertin, cheffe du centre de supervision urbain (CSU) de Nice et secrétaire générale du syndicat autonome de la fonction publique territoriale (SAFPT) livre son témoignage sur l'attaque du 14 juillet à Nice et affirme avoir subi des pressions de la part du ministère de l'Intérieur. A son poste, aux manettes du centre de supervision, devant les écrans de vidéosurveillance le soir du drame, la policière raconte comment elle a assisté en direct à la tuerie. "Je me rappellerai toute ma vie de cette heure-là : 22h33. J’étais devant les écrans du CSU avec les équipes. Nous recevons alors des policiers municipaux positionnés sur la Promenade le signalement d’un camion fou. Nous récupérons tout de suite son image à l’écran et nous demandons son interception. Le camion était lancé à 90 km/h, sans phares, sans qu’on l’entende à cause du bruit. Il contourne le barrage de la police municipale. Les équipes n’ont pas pu l’arrêter."


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L'interview de la cheffe du centre de supervision urbain (CSU) de Nice dans le JDD de ce dimanche

Un témoignage qui semble corroborer les informations de Libération (lire notre enquête). A savoir que contrairement à ce qu’avaient affirmé ou laissé entendre dans un premier temps le ministère et la préfecture, le premier point d’entrée de la zone piétonne où le poids lourd a pénétré sur la promenade des Anglais n’était pas tenu ce soir-là par la police nationale mais par un barrage de la police municipale.

"Harcelée par un représentant du ministère

Bertin explique avoir reçu, au lendemain de l’attentat, la visite d’un "représentant" du cabinet du ministère de l’Intérieur, lequel l'a mise en communication avec la place Beauvau. A l’autre bout du fil ? "Une personne pressée" qui lui demande de faire un compte-rendu signalant les points de présence de la police municipale "et de bien préciser que l’on voyait aussi la police nationale sur deux points dans le dispositif de sécurité." Or, si dans l’interview, Bertin évoque la présence et l’intervention de policiers nationaux, plus loin sur la promenade (avec lesquels elle était en liaison radio) elle constate ne pas avoir vu la police nationale à ce premier point d’entrée, sur ces écrans. "La police nationale était peut-être là, mais elle ne m’est pas apparue sur les vidéos.", explique-t-elle au JDD. Elle explique donc au ministère qu’elle ne compte écrire que ce qu’elle a vu. "Cette personne m’a alors demandé d’envoyer par email une version modifiable du rapport, pour "ne pas tout retaper", affirme celle qui dénonce des pressions : "J’ai été harcelée pendant une heure, on m’a ordonné de taper des positions spécifiques de la police nationale que je n’ai pas vues à l’écran." A tel point, explique-t-elle, qu’elle aurait dû "physiquement renvoyer" du centre de supervision urbain le représentant du ministère. "J’ai finalement envoyé par e-mail une version PDF non modifiable et une autre modifiable."

Effacement des vidéos

Dans l’interview, Bertin réagit également, à la demande qu’elle a reçue, quelques jours plus tard, de la sous-direction anti-terroriste d’effacer complètement les enregistrements de vidéosurveillance du 14 juillet sur la promenade des Anglais. Le 20 juillet, une réquisition judiciaire des magistrats chargés de l’enquête avait réitéré cette demande. La raison invoquée ? Eviter les fuites et la diffusion d’images de l’attentat par les médias. Ce qui était arrivé après le 13 novembre, avec la fuite de séquences vidéo de caméras de surveillance issues de restaurants visés par les attentats. Réaction de la responsable du CSU ? "On nous a demandé pour les besoins de l’enquête, d’extraire huit jours de bande sur 180 caméras. Et maintenant il faudrait en effacer certaines pour empêcher leur diffusion au public… Le CSU existe pourtant depuis six ans et il n’y a jamais eu la moindre fuite d’images de notre part."

Ce témoignage n'a rien d'anodin à l'heure où la ville de Nice et son ancien maire Christian Estrosi mènent un bras de fer avec le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve. La municipalité les Républicains et Estrosi, premier adjoint et président de la métropole, dénoncent depuis une semaine "les mensonges de l’Etat" au sujet des effectifs de police nationale déployés. La municipalité de Nice refuse, quant à elle d’effacer les images de vidéosurveillance du 14 juillet. La ville entend d’ailleurs, demander au procureur de la République de Nice une mise sous séquestre des vidéos "afin de ne pas hypothéquer les éventuelles autres procédures qui pourraient voir le jour au-delà de l’enquête antiterroriste en cours."

Cazeneuve porte plainte

De son côté, le ministère de l’Intérieur réagit ce dimanche au propos de la responsable du CSU. Dans un communiqué, il annonce qu’il va porter plainte pour diffamation. "Contrairement à ce que Madame Bertin affirme, ce n’est donc en aucun cas le cabinet du ministre de l’Intérieur qui a envoyé un commissaire au CSU ou qui aurait eu des échanges avec elle", assure Bernard Cazeneuve, qui ajoute qu'"il serait très utile que MmeSandra Bertin soit auditionnée par les enquêteurs et puisse leur produire les identités et les fonctions des personnes qu’elle met cause, les mails qu’elle évoque et leur contenu." Quelques jours plus tôt, le 21 juillet, Cazeneuve avait annoncé l'ouverture d'une enquête interne, confiée à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN). Ses conclusions doivent être dévoilées dans la semaine.

L'occasion de (re)lire notre enquête : "Nice : Libé accuse Cazeneuve d'avoir menti sur le rôle de la police nationale"


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