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Brexit / regrets : "remords de l'acheteur" au Sun

Par le - 19h55 - suivi

Et encore un "Brexit regretter" ! Quatre jours après les résultats du référendum britannique, les quelques lignes parues en page intérieure de The Sun et signées de l’éditorialiste Kelvin MacKenzie ne sont pas passées inaperçues. Après avoir harangué les lecteurs dans les colonnes du tabloïd sur les bienfaits du Brexit, MacKenzie ne semble plus si sûr. "Quand j’ai donné ma voix au camp du Leave, j’ai ressenti un élan comme si pour la première fois de ma vie, mon vote comptait. Quatre jours plus tard, je ne ressens plus tout à fait la même chose. J’ai le remords de l’acheteur. Un sentiment de «fais attention à ce que tu souhaites». Pour être franc, j’ai peur de ce que l’avenir nous réserve. Suis-je le seul ? Je serais intéressé d'avoir vos avis à ce sujet", écrit-il dans ce billet en forme d'appel à témoignages.


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The Sun, 27 juin 2016

MacKenzie, assailli de remords? A quelques jours du vote, le 17 juin, il signait une tribune martelant "les 10 raisons pour lesquelles il faut voter Leave au référendum".


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The Sun, 17 juin 2016

MacKenzie voyait alors dans le Brexit l’opportunité inespérée d'"un retour à la démocratie". L’occasion notamment d’en finir avec "la politique insensée de la porte ouverte" qui a laissé "cinq millions de migrants entrer dans le pays depuis une décennie". Autres bienfaits du Brexit alors avancés par MacKenzie: la possibilité de ne plus renflouer les Etats membres en cas de faillite, de renvoyer "d’où ils viennent" les criminels étrangers ("qui nous coûtent 640 millions de livres par an"), ou encore de cesser de subventionner "les agriculteurs français inefficaces, les tricheries des viticulteurs italiens ou encore les chevriers bulgares."

Du Guardian à The Independent, la presse britannique pro-Remain ne s’est pas privée d’ironiser sur la volte-face de l’éditorialiste.


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The Independent, 27 juin, "Kelvin Mackenzie admet avoir des "remords d'acheteur" après avoir voté pour le Brexit"

"Et donc maintenant MacKenzie n'aime pas le Brexit" s'étonne le Guardian qui ne manque pas de relayer plusieurs tweets incisifs tel celui de cet internaute : "Quelqu’un devrait dire à Kelvin MacKenzie qu’il n’est pas possible d’avoir un remords d’acheteur lorsque vous faites partie des vendeurs."


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Sans surprise, le blog du Monde Big Browser, qui scrute à la loupe les "regretters" britanniques, y voit une attitude qui "reflète l’état d’esprit d’une partie de l’électorat, dont les certitudes et les envies se sont évaporées quand ce qu’ils voulaient, mais ne pensaient qui arriveraient, arriva."

Dans la droite ligne du Sun

Reste que MacKenzie est habitué aux coups d’éclat médiatiques dans la droite ligne du tabloïd conservateur. Et pour cause, il en a été le rédacteur en chef de 1981 à 1994. On lui doit d'ailleurs certaines des Unes les plus polémiques du quotidien. Parmi lesquelles, celle du 4 mai 1982 titré "Gotcha" ("On vous a eus") en référence au torpillage par la marine britannique d’un croiseur argentin, en pleine guerre des Malouines. Sous la direction de MacKenzie, le Sun avait dans un premier temps affirmé que le navire avait uniquement été touché et non pas coulé. Ce n’est que dans une édition ultérieure que le journal avait évoqué les pertes humaines en ajoutant à sa Une la formule "1200 argentins sont-ils morts noyés?".

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The Sun, 4 mai 1982

Mais la Une du Sun "époque MacKenzie" que tous les Britanniques ont encore en tête c'est surtout celle qui suivit le drame du stade d’Hillsborough du 15 avril 1989. Alors que 96 supporters du club de football de Liverpool avaient trouvé la mort lors d’un mouvement de foule dans l’enceinte du stade, le Sun avait accusé (à tort) des fans d'avoir fait les poches des morts, ou d’avoir uriné sur les policiers.


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The Sun, 19 avril 1989

Sa Une "The Truth" avait alors soulevé une polémique. Quelques années plus tard, en 1993, MacKenzie avait évoqué une grosse erreur, avant de revenir sur ce mea culpa en 2006, affirmant que c’est Rupert Murdoch, le patron du groupe de presse propriétaire le Sun, qui l'avait obligé à s'excuser.

La presse française fait-elle de l'autosuggestion en sur-médiatisant les "Brexit-regretters" ? Lire le billet de Daniel Schneidermann, Ce résultat n'est pas un résultat.


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