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Vite-Dit

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USA contre BNP : silence radio en France

Par le - 09h15 - le neuf-quinze

Mais où sont-ils ? Voici qu'en plein pont de l'Ascension, éclate un coup de tonnerre -les Etats-Unis réclameraient à BNP-Paribas, selon le Wall Street Journal, une amende de dix milliards de dollars pour violation de l'embargo sur Cuba, le Soudan et l'Iran- et pas un ministre sur...le pont, au radios du matin. Où est Montebourg, le défenseur de l'industrie française ? Où est Valls ? Où est Hollande ? Où est Marine Le Pen, triomphatrice des élections, porte-drapeau de la souveraineté nationale ? Silence radio. Seul Français à s'être exprimé sur l'affaire, le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, a timidement rappelé que la banque française avait respecté les réglementations française et européenne, ainsi que celle des Nations Unies. Parfait. OK, guy. Mais insuffisant : c'est aux règles américaines, qu'il fallait obéir (ce qui est apparemment reproché à BNP-Paribas est d'avoir commercé, en dollars, avec les pays sous embargo US).

 


Où sont donc les ministres français ? Aux abris. Pas un mot. Car non seulement le gendarme américain ne plaisante pas avec le dollar, mais il ne plaisante même pas avec les petits malins. Pour avoir joué à "même pas peur" lors de poursuites pour un autre motif (incitation à l'évasion fiscale), le Crédit Suisse a vu sa propre amende alourdie. Vous faites le malin ? Vous paierez plein pot. Et encore heureux si on ne balance pas au public les noms des délinquants ("name and shame"), comme l'en a menacé

le régulateur des services financiers de l'état de New York, Benjamin Lawsky picto

. Alors silence. 

Benjamin Lawsky 

   

Rétrospectivement, la discrétion de la presse française sur ces poursuites, qui s'étirent appparemment depuis des années, est ahurissante. Que font donc les innombrables journalistes embedded dans la banque française ? Que savaient-ils ? Tout juste apprenait-on, ces dernières semaines, que Sapin, en visite aux USA, avait appelé à la clémence -mais chut !- et que les dirigeants de la banque avaient fait à la mi-mai le voyage de Washington et de New York, pour tenter de négocier une amende qui ne se montait alors qu'à deux milliards (en février dernier, la banque annonçait royalement provisionner quelques 800 millions pour payer l'amende, somme alors jugée astronomique, et la semaine dernière encore, l'agence Bloomberg parlait de cinq milliards).

A première vue, l'affaire est un défi aux polémiques en noir et blanc : l'hyperpuissance américaine, contre la finance tricolore, la finance bien de chez nous, la finance qui croyait pouvoir ruser avec le gendarme. Ciel : dans cette sombre affaire, où sont les gentils, où sont les méchants ? Faut-il prendre le parti des procureurs américains ? Faut-il se ranger derrière la finance française (BNP, apparemment, redoute par dessus tout de perdre sa licence américaine, ce qui lui interdirait le trading aux US). RTL, qui ne perd pas le Nord, conseillait aux clients de la banque de surveiller leurs frais bancaires dans les prochains mois, des fois qu'elle souhaite répercuter l'amende sur ses clients, plutôt que sur ses actionnaires. Disons que dans l'immédiat, l'affaire nous rappelle que rien n'est simple. Elle nous rappelle aussi -quelle surprise !- qu'on peut imposer sa loi à la finance, à condition d'avoir un assez gros baton.


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